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Trois jours après les frappes françaises en Syrie, le Premier ministre Edouard Philippe a expliqué, lundi, les motifs de cette intervention militaire devant le Parlement, comme le requiert la Constitution.

C’est un débat sans vote. Conformément à l’article 35 de la Constitution, le Premier ministre Édouard Philippe a pris la parole devant un hémicycle clairsemé, lundi 16 avril, pour informer le Parlement de la décision du président Emmanuel Macron de faire intervenir les forces françaises en Syrie.

"Notre ennemi n'est pas la Syrie, notre ennemi, c'est Daech (...) Mais notre politique restera vaine si une arme de terreur entretenait la barbarie et contredisait toutes les règles que se donnent les humains. Avec les armes chimiques, c'est la raison et la civilisation qui vacillent durablement", a affirmé Edouard Philippe.

"En mai 2017, le président de la République avait très précisément défini la ligne rouge : une attaque chimique avérée, attribuable aux forces armées syriennes, avec des conséquences létales, entraînerait une riposte immédiate (...) Nous avons envoyé un message ferme, un message clair et un message fort", a-t-il insisté en estimant que "le coût de l'inaction était plus grand encore".

"Cette intervention n'est pas le prélude à une guerre. Nous ne voulons pas renoncer à une solution politique", a assuré le Premier ministre mais "aucune solution politique ne sera trouvée tant que l'utilisation de l'arme chimique sera impunie".

Pas d'union sacrée

L'intervention française n'a pas suscité d'union sacrée, de nombreuses voix critiquant cette action menée sans mandat de l'ONU. Jean-Luc Mélenchon, Laurent Wauquiez et Marine Le Pen, ou encore l'ont ainsi dénoncée.

"Emmanuel Macron a violé le droit international [...]. Il a engagé la France dans la voie de la soumission, il a oublié  l’indépendance de notre pays et son rôle dans la recherche de la paix.  Il a effectué une frappe militaire en évoquant des preuves dont personne n'a vu le début d'un commencement. C'est inquiétant, surtout quand on connaît le précédent libyen et irakien", a déclaré Marine le Pen à France 24.

Frappes en Syrie : les explications d'Édouard Philippe à l'Assemblée nationale

Même critique du côté de LR, le chef de file des sénateurs de droite Bruno Retailleau jugeant que "l'intervention n'était pas légale". "Je crains les effets pervers de ce genre de frappes" qui peuvent "renforcer le régime et l'ennemi numéro un, le terrorisme islamiste", en donnant "l'image d'un Occident hostile au monde arabo-musulman", a-t-il ajouté. "On nous parle d'internationalisme quand il s'agit de trois nations qui ont décidé", fustige la députée LFI de Paris Danièle Obono, parlant d'une "démonstration symbolique de force".

Dans l'opposition, plusieurs voix approuvent les frappes. Le premier secrétaire du PS Olivier Faure est favorable à une intervention "limitée dans le temps, dans l'espace (et) sur ses cibles", y voyant un signal "utile" et appelant maintenant à "une offensive diplomatique". Pour le président de l'Assemblée François de Rugy (LREM), le débat doit permettre au gouvernement de s'exprimer et aux groupes parlementaires d'avancer leurs positions. Mais, a-t-il souligné, il permettra aussi "aux Français" de "voir qui est avec qui", qui parmi les parlementaires "fait preuve d'une grande mansuétude, pour ne pas dire une grande faiblesse, à l'égard de la Syrie de Bachar al-Assad mais aussi de la Russie".