
Union pour la Méditerranée, Géorgie, crise financière puis économique... Durant six mois, le président de l’UE Nicolas Sarkozy fut sur tous les fronts. Mais que restera-t-il à son actif ? Et où en sont les dossiers les plus brûlants ?
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Le mérite le plus éclatant de la présidence française de l’Union européenne (UE), c’est sans doute d’avoir remis l’Europe au centre du débat, d’avoir rendu visible une Europe forte - normalement prévue par un traité de Lisbonne en panne.
Car tout avait assez mal démarré pour Nicolas Sarkozy, tout heureux d’endosser les habits européens au 1er juillet 2008. A quelques semaines des débuts, premier coup de semonce : le 12 juin, les Irlandais rejettent par référendum le traité, s’invitant avec force dans cette présidence française que l’on croyait dédiée à la lutte contre le changement climatique, l’immigration, la défense et autres "priorités vraiment prioritaires". Il n’en sera pas question - ou presque - durant la présidence française.
Premiers succès, premiers blocages
Elément-clé de l’agenda, et qui parvient à s’y maintenir, le "bébé" sarkozien de l’Union pour la Méditerranée (UPM) voit le jour sous les meilleurs auspices : le 13 juillet en compagnie de 43 chefs d’Etat et de gouvernement qui ont fait le déplacement jusqu’au Grand Palais à Paris ! Une photo de famille unique et un succès diplomatique. Mais dans les mois qui suivent, les difficultés du processus de Barcelone, les blocages du dialogue israélo-palestinien, rattrapent ce projet ambitieux que l’on croyait sur une rampe de lancement, parrainé par un président français tout feu tout flamme.
Mais, entre temps, d’autres feux couvent ailleurs. Et explosent au cœur de l’été. Avec la crise géorgienne, Nicolas Sarkozy se révèle - à lui-même et à ses homologues - comme un sapeur-pompier énergique. La guerre est stoppée, mais le diable campe derrière les détails du plan Medvedev-Sarkozy : l’intégrité territoriale de la Géorgie n’a pas été garantie de facto et in fine par l’UE, puisque Moscou reconnaît les républiques séparatistes d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud. La fonction "marche arrière" est introuvable.
La victoire de la realpolitik ?
La présidence française prend alors le parti d’aller de l’avant, envers et contre tous - ou du moins contre beaucoup tels les ex-pays de l’Est refroidis par l’expansionnisme russe ! Trois mois après avoir gelé les négociations sur un partenariat énergétique à long terme avec la Russie, Nicolas Sarkozy se fait l’avocat de leur réchauffement, rejoint par le camp des "grands" - Allemagne ou Italie - qui ont des intérêts et des marchés énergétiques avec la Russie : realpolitik nécessaire ou démission ? L’avenir le dira et leur donnera raison, parie l’Elysée.
Dernière invitée surprise d’une présidence explosive : la crise des "subprimes" aux Etats-Unis, qui vire partout dans le monde à la crise financière, avant de devenir une crise économique. Cette fois-ci, le pompier consulte outre-Manche, accepte de partager la vedette avec un certain mister Brown. Ce dernier effectue un "come-back" aussi inattendu que retentissant, et engrange un grand plan de sauvetage du système bancaire du Vieux Continent… qui pare au plus pressé (1,8 milliard d’euros de garanties).
Après que la pression ait été accentuée sur une chancelière allemande perçue comme rétive : la même méthode (du "trio infernal") est appliquée à l’identique pour le plan de relance européen (200 milliards d’euros)… avec un succès que l’on pourra mesurer au cours de l’année 2009, car le plan a été validé par les Vingt-Sept lors du Conseil européen des 11 et 12 décembre. Le très difficile "paquet climat", lui aussi adopté lors du dernier sommet européen de la présidence française et malgré la frilosité d’Etats-membres échaudés par la crise, serait certainement à mettre au crédit de Nicolas Sarkozy.
L’après-Sarkozy
Bref, la présidence française, on sait quand ça commence, on ne sait pas très bien comment cela finit - ni quand ! Le président de l’Eurogroupe, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, n’a pu s’empêcher de lâcher cette phrase admirative : "Vous vouliez un président de l’Union européenne unique et énergique, vous l’avez déjà." Oui, mais après ? On prête à Nicolas Sarkozy l’intention de "se survivre" à la tête de l’Union européenne et d’organiser des réunions informelles de l’Eurogroupe au niveau des chefs d’Etat dans le courant de l’année 2009, pour gérer la crise.
"Ce que j’ai fait pendant ces six mois, cela m’a passionné, je n’ai aucun regret, regardez tout ce qu’on peut faire en six mois ! On a changé les habitudes !", a déclaré Nicolas Sarkozy lors de sa conférence de presse finale du Conseil européen de décembre. Avant d’ajouter : "L’Europe mérite d’être aimée, d'être incarnée." A bon entendeur…
Sur le papier, en tout cas, les Tchèques - non membres de la zone euro - seront aux commandes de l’Union européenne pour six mois, dès le 1er janvier. Et ils héritent des problèmes non réglés, ou du moins partiellement réglés (traité de Lisbonne, la crise, les relations avec la Russie, etc.), mais aussi, et surtout, des attentes soulevées par leurs prédécesseurs.