
L'opposition au Honduras a déclenché vendredi un mouvement "permanent" pour protester contre la fraude supposée à l'élection présidentielle. Une mobilisation à travers laquelle l'ancien président destitué Zelaya espère prendre sa revanche politique.
Près de trois semaines après la présidentielle, l'imbroglio politique se poursuit au Honduras. L'opposition continue de dénoncer une fraude électorale dans le décompte des voix ayant placé en tête le président sortant conservateur, Juan Orlando Hernandez, au détriment de Salvador Nasralla, candidat de la gauche. La coalition de ce dernier, l'Alliance d'opposition à la dictature, a décrété une mobilisation "permanente et nationale" à compter du vendredi 15 décembre et ce jusqu'à ce que le Tribunal électoral déclare leur candidat vainqueur.
La candidature de Juan Orlando Hernandez à sa réelection avait provoqué une levée de boucliers, car contraire à la Constitution. La polémique a enflé lorsque les premiers résultats partiels du Tribunal suprême électoral ont donné cinq points d'avance à Salvador Nasralla, un animateur de télévision novice en politique, avant que la tendance ne s'inverse, sur fond de pannes informatiques suspectes.
Les deux candidats ont revendiqué la victoire et leurs partisans ont manifesté ces derniers jours, plongeant le pays dans la confusion. La coalition de gauche exige un recomptage total des votes et a déposé la semaine passée un recours en annulation de l'élection.
"Nous sommes prêts à la mobilisation générale et permanente dans toutes les régions du pays pour mettre définitivement fin à ce régime illégitime et à cette fraude honteuse", a déclaré mardi 12 décembre l'ancien président hondurien Manuel Zelaya, au côté de Salvador Nasralla dont il coordonne la coalition électorale.
Las movilizaciones de @SalvadorAlianza, en las arterias terrestres están confirmadas para este viernes 15 /12/ a partir de las 6 am .
Manuel Zelaya R. (@manuelzr) 14 décembre 2017L'ombre du coup d'État de 2009
"Nous ne les laisserons pas nous voler cette élection", affirme, combatif, Manuel Zelaya, dans une interview accordée à la BBC le 5 décembre. Pour cet entrepreneur de 65 ans qui a été au pouvoir de 2005 jusqu’au coup d’État de 2009, la crise que traverse le Honduras est l'occasion de reprendre voix.
"Zelaya cherche à repeser dans le jeu politique hondurien. Il n'a jamais digéré son débarquement en 2009, lorsqu'il avait voulu organiser sa réélection au mépris de la Constitution qui le lui interdisait", explique Gilles Bataillon, directeur d'études à l'EHESS et spécialiste de l'Amérique centrale. "Aujourd'hui, il veut sa revanche."
Revenant sur l'épisode de son renversement par l'armée dans l'interview à la BBC, Manuel Zelaya estime que les États-Unis ont été derrière son éviction : "Dire que le coup d'État a pour justification mon souhait de réélection n'est que de la propagande. Ce sont les États-Unis qui l'ont planifié avec l'aide des élites honduriennes et des militaires. Ils craignaient l'avancée du chavisme dans la région."
Une opinion partagée par Gilles Bataillon : "Il a aussi été débarqué parce qu'on l'a estimé trop proche de Chavez et cela gênait certains milieux honduriens pour faire leurs affaires", confirme le spécialiste de la région. "Les Américains n'ont cependant plus de politique d'ingérence active dans la région, comme à l'époque des années 1940 et 1950, mais ils peuvent se contenter de fermer les yeux."
Un retour planifié de longue date
Manuel Zelaya n'a jamais renoncé à la politique. À son retour d'exil au Costa Rica en 2011, il quitte le giron du parti libéral qu'il l'avait fait élire en 2006 pour créer le Frente amplio de Resistencia popular (Libre), bras politique du mouvement populaire ayant vu le jour pour le soutenir après le putsch de 2009.
La présidentielle de 2013 marque sa première tentative pour reconquérir le pouvoir. Cette année-là, son parti investit sa femme, Xiomara Castro, pour briguer la fonction suprême du pays. Elle échoue face à Juan Orlando Hernández. Manuel Zelaya, élu député, ne reconnaît pas les résultats annoncés par le Tribunal suprême électoral et appelle à manifester.
¡Honduras unida en defensa de la victoria de @SalvadorAlianza con el pueblo unido en Alianza! #SalvadorPresidente #NoALaDictadura pic.twitter.com/fjBjmstYcE
Alianza de Oposición (@EnAlianza) 10 décembre 2017Quatre ans plus tard, Manuel Zetaya tente une nouvelle manœuvre : le Libre s'allie au parti anticorruption de Salvador Nasralla, un ancien présentateur de télévision complètement novice en politique. "Cette alliance fut un véritable boom", s'extasie-t-il sur la BBC. "Nasralla a apporté de la joie et du dynamisme dans cette campagne. En six mois, nous avons brisé cent ans de bipartisme."
Le chercheur Gilles Bataillon y voit un choix stratégique : "Il s'est sans doute rendu compte qu'une candidature de lui ou de sa femme n'avaient plus aucune chance. Il a préféré présenter un front uni face au président sortant en s'alliant à Nasralla et à son parti qui étaient de plus en plus en vue", analyse l'universitaire. "Mais je ne pense pas que Nasralla ne soit qu'un homme de paille comme cela a pu être dit par ailleurs", suggère-t-il.
Au micro de la BBC Mundo, l'ancien président du Honduras se défend de penser au portefeuille qu'il pourrait récupérer si Nasralla était proclamé vainqueur. "Nous n'avons pas arrêté ce genre de détails. Notre accord était de principe", écarte-t-il. Cependant, il est difficile d'imaginer que le soutien de Manuel Zelaya ait été donné sans arrière-pensées…