
Le 19e congrès du Parti communiste chinois s’ouvre à Pékin ce mercredi. L’occasion pour Xi Jinping d'asseoir un peu plus son pouvoir et de soigner son image de leader le plus puissant… depuis Mao Zedong.
C’est le jour Xi. Le neuvième président de la Chine, Xi Jinping, s’apprête à être reconduit à son poste pour cinq ans lors du très attendu 19e congrès du Parti communiste chinois (PCC), qui débute mercredi 18 octobre.
Il ne fait guère de doute que les 2 200 délégués communistes réunis à Pékin pour une semaine de célébrations politiques du régime vont opter pour la continuité. Il n’y a, de toute façon, pas d’alternative. Les regards sont en fait déjà tournés vers 2022. Traditionnellement, lors du début de son second mandat, le chef du parti monte sur la scène du congrès avec son dauphin à ses côtés. C’est ce que Hu Jintao avait fait avec Xi Jinping.
"Chef suprême à la Mao"
Cependant, nombreux sont ceux qui s’attendent à ce que l’actuel numéro un du PCC apparaisse seul. Ce serait le signe qu’il compte enchaîner pour un troisième mandat… ce qui est anticonstitutionnel. "Xi Jinping devrait alors faire réviser la Constitution au printemps prochain", précise Jean-Pierre Cabestan, spécialiste de la Chine et directeur du département d’études internationales à l’Université baptiste de Hong Kong, contacté par France 24.
Mais l’enjeu de ce congrès ne se résume pas à savoir combien de temps Xi Jinping veut se maintenir. Le dirigeant chinois cherche à profiter de l’occasion pour “devenir un chef suprême à l’image de Mao Zedong”, affirme l’expert français.
Ce serait une sacrée performance pour celui qui, en 2012, a accédé au pouvoir un peu par accident. Les factions rivales au PCC n’arrivaient pas à se mettre d’accord et ont trouvé qu’il ferait un bon candidat de compromis. À l’époque, il était surtout connu pour être marié à Peng Liyuan, une célèbre chanteuse de variété patriotique chinoise.
Cinq ans plus tard, Xi Jinping a fait un grand ménage à la tête de l’État. Il a réduit son Premier ministre Li Keqiang à un rôle de faire-valoir de luxe, et fait disparaître les principales poches de résistance idéologique, comme l’a démontré le procès du “prince rouge”, Bo Xilai, condamné en 2013 pour corruption.
Plus qu’incontesté
“C’est devenu le règne de la pensée unique sous Xi Jinping”, note Jean-Pierre Cabestan. Le régime n’a jamais toléré des voix trop discordantes, mais Hu Jintao s'accommodait, par exemple, de l’existence de factions politiques. L’actuel numéro un du PCC s’est, quant à lui, montré particulièrement compétent pour faire marcher tout l’appareil d’État au pas. “Il a par exemple remis en cause le principe de la direction collective du parti posé par Deng Xiaoping [numéro un du PCC entre 1978 et 1992] avec un bureau politique qui ne se réunit plus que rarement”, souligne l’expert français.
Mais Xi Jinping veut être encore plus qu’incontesté. Et il compte sur le 19e congrès pour y parvenir. Pour ce faire, il a d’abord besoin d’hommes. Près de la moitié du comité central du PCC (205 membres) doit être renouvelée à l’occasion de cette grand-messe politique. “Il veut placer des alliés partout dans le pays, ce qui lui permettra d’avoir les coudées franches non seulement à Pékin, mais aussi dans les principales villes de province”, explique Jean-Pierre Cabestan.
Sainte-Trinité des dirigeants chinois
Une armée de fidèles ne fera, cependant, pas de lui l’égal de Mao Zedong. Pour cela, Xi Jinping a un autre programme : il veut que les délégués acceptent d’inscrire ses idées dans les statuts du parti. Seuls Mao Zedong et Deng Xiaoping ont obtenu ce privilège jusqu’à présent. Xi Jinping poserait ainsi le principe d’une sorte de sainte-trinité des dirigeants historiques chinois, et d’une filiation idéologique directe entre lui et les deux autres grandes figures du régime. “L’idée qui circule de plus en plus dans les milieux académiques chinois est qu’il y aurait eu une première ère, celle de la révolution avec Mao Zedong, puis la deuxième ère, celle des réformes de Deng Xiaoping et Xi Jinping incarnerait la troisième ère, celle de la consolidation du régime”, résume le sinologue français.
Dans sa volonté d’être traité en égal de Mao Zedong, Xi Jinping a aussi ouvert la porte à un culte de sa personnalité qui pourrait bien être renforcé lors du 19e congrès. Il a déjà été hissé au rang de “héros de la Chine” et laisse la propagande d’État le surnommer “oncle Xi”. Pourtant, Deng Xiaoping avait fait inscrire l’interdiction du culte de la personnalité dans les statuts du PCC en 1982 pour éviter toute dérive du pouvoir similaire à celle de la fin de l’ère de Mao. Si Xi Jinping continue sur cette pente mégalo, il sera peut-être obligé de revenir sur cette règle de son illustre aîné.
Le 19e congrès devrait donc être celui de la consécration pour l’un des dirigeants chinois les plus puissants depuis 1949. Mais la Chine de Xi Jinping n’est pas celle de Mao Zedong. Pour Jean-Pierre Cabestan “c’est tout le paradoxe de la Chine d’aujourd’hui ; avec un régime qui n’a jamais été aussi concentré et fort, et une société qui s’émancipe de plus en plus du pouvoir central”.