
Un attentat contre l'une des plus importantes banques du Liban a eu lieu dimanche à Beyrouth, sans faire de victime. Selon un dirigeant libanais, il s'agit d'une réaction à une loi américaine sanctionnant toute banque traitant avec le Hezbollah.
Un attentat a visé, dimanche 12 juin dans la soirée, la Banque du Liban et d'Outre-mer (Blom Bank), à Beyrouth, une des plus importantes du pays, près du quartier commerçant de Verdun, sans faire de victimes. Une première contre le secteur bancaire qui constitue le pilier de l'économie libanaise.
Un dirigeant libanais a lié cette attaque aux récentes tensions à propos d'une loi américaine sanctionnant toute banque traitant avec le Hezbollah, un groupe armé considéré comme "terroriste" par Washington.
Le ministre de l'Intérieur, Nouhad al-Machnouk, a affirmé à l'AFP que "la bombe avait été placée devant la façade arrière de la Blom Bank", ajoutant qu'il était "clair" que la banque était visée. La charge de la bombe était "de trois ou quatre kilos", a-t-il indiqué.
Toute la façade en verre de la banque a été soufflée et des débris recouvraient le sol, selon la correspondante de l'AFP, qui a vu plusieurs voitures endommagées. Un responsable de la Défense civile a affirmé qu'une personne avait été légèrement blessée.
"Rien à voir avec les précédents attentats"
Le Liban a connu une série d'assassinats et d'attentats imputés soit au régime syrien soit aux jihadistes combattant en Syrie voisine. Le dernier attentat au Liban remonte au 12 novembre 2015. Il avait fait 44 morts dans la banlieue sud de Beyrouth et avait été revendiqué par le groupe État islamique (EI). Mais c'est la première fois qu'une banque est visée.
"Cette explosion n'a rien à voir avec les précédents attentats" des dernières années, a affirmé le ministre Machnouk à la chaîne locale LBCI, soulignant que le style était "différent" et qu'il n'y avait "pas de victimes".
Interrogé par la presse, le directeur général de la Blom Bank, Saad al-Azhari, a nié avoir reçu des menaces.
"Un coup adressé à l'économie et au système bancaire"
Le dirigeant Walid Joumblatt a fait le lien entre cet attentat et la question des sanctions adoptées le 17 décembre par le Congrès américain concernant les banques finançant sciemment le Hezbollah.
"Nous sommes entrés dans un cycle d'attentats", a-t-il estimé auprès de la chaîne LBC, appelant à établir "une feuille de route entre le Hezbollah et les banques" pour calmer la situation. L'explosion de dimanche est "un coup adressé à l'économie et au système bancaire", a-t-il encore assuré au quotidien local An-Nahar.
"J'ai appelé à un dialogue calme au sujet des sanctions américaines [...], certains ne veulent pas dialoguer ... mais il faut préserver le système bancaire", a-t-il ajouté, sans formuler d'accusation.
Les banques sont considérées comme le secteur le plus solide et un facteur de stabilité au Liban, pays paralysé par une crise institutionnelle depuis deux ans.
La circulaire qui provoque l’ire du Hezbollah
Le texte de loi américain (Hezbollah International Financing Prevention Act of 2015) ordonnerait au président américain de prescrire des réglementations afin de sanctionner les institutions financières étrangères qui feraient des transactions avec le Hezbollah ou blanchiraient des fonds pour l'organisation.
Une circulaire de la Banque du Liban (Banque centrale) publiée le 3 mai demande aux banques et institutions financières "d'opérer en conformité avec la loi américaine". Cette circulaire avait provoqué l'ire du Hezbollah.
Le 13 mai, il accusait le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, de "se plier" aux demandes de Washington. Ceci "risque d'aggraver davantage la crise monétaire et pousser le pays à la faillite", avait averti le bloc parlementaire du Hezbollah.
Il avait appelé Riad Salamé à "réviser ses circulaires, afin qu'elles soient conformes à la souveraineté nationale" et le gouvernement à "prendre les mesures appropriées pour éviter leurs répercussions négatives".
Avec AFP