
Un groupe d'hommes armés du mouvement des Taliban pakistanais (TTP) a ouvert le feu sur les étudiants d'une université de l'ouest du Pakistan, mercredi. Le bilan est de 21 morts.
Un an après l'attaque d'une école à Peshawar et la mort de 150 personnes, les Taliban pakistanais (TTP) ont ciblé, mercredi 20 janvier, l'université de Bacha Khan à Charsadda, dans le nord-ouest du Pakistan.
Quatre hommes, armés de fusils d'assaut et de grenades, ont profité de l'épais brouillard qui enveloppait l'établissement situé à une cinquantaine de kilomètres de Peshawar, pour escalader un mur d'enceinte et lancer leur assaut sur le campus en début de matinée. Des témoins ont fait état de tirs et de deux fortes explosions, tandis que des dizaines d'étudiants paniqués fuyaient en courant le lieu de l'attaque, selon des images diffusées par les télévisions locales.
"Nous avons soudainement entendu des tirs. Les terroristes sont allés directement à la résidence pour garçons. Je pense que c'était leur objectif", a déclaré à l'AFP Muhammad Daud, un étudiant en sociologie de 22 ans.
Alertées, les forces de l'ordre ont bouclé la zone, où ont été déployées les forces spéciales, l'armée et la police, avec blindés, ambulances et hélicoptères. Les opérations ont été déclarées terminées vers la mi-journée, avec un bilan de 21 morts, dont 17 étudiants, deux jardiniers, un professeur et un gardien, selon Pir Shahab, procureur en chef de Charsadda. Les quatre assaillants tués ne font pas partie du décompte.
Le porte-parole de l'armée pakistanaise, le général Asim Bajwa, a fait état de "quatre terroristes [...] tués". Deux des assaillants étaient des adolescents et les deux autres avaient une vingtaine d'années, a indiqué un haut responsable de sécurité, disant "espérer qu'ils seraient rapidement identifiés".
Un attentat revendiqué par les Taliban
Une faction talibane pakistanaise du Tehreek-e-Taliban Pakistani (TTP) a rapidement revendiqué l'assaut, avant d'être désavouée par la principale composante du mouvement. "Nos quatre kamikazes ont mené l'attaque contre l'université de Bacha Khan aujourd'hui", a déclaré par téléphone à l'AFP un de ses commandants, Umar Mansoor, soupçonné d'être également le cerveau de l'attaque contre une école de Peshawar en 2014.
Ce chef rebelle fait partie d'une faction du TTP répondant au nom de Hakimullah Mehsud, en référence à un commandant taliban tué par un drone américain en novembre 2013. "Cette attaque a été lancée en représailles à l'opération Zarb-e-Azb", vaste offensive antiterroriste actuellement menée par l'armée dans les zones tribales du nord-ouest frontalières de l'Afghanistan, a-t-il indiqué.
Mais un autre porte-parole du TTP, Muhammad Khurasani, a contredit cette affirmation et annoncé que les auteurs de cette attaque "non-islamique" seraient poursuivis et jugés au nom de la charia (loi islamique). "Le TTP condamne fortement l'attaque aujourd'hui et se dissocie totalement de cette attaque non-islamique", a-t-il tweeté.
Journée de deuil national jeudi
L'attentat a été condamné par le Premier ministre pakistanais, Nawaz Sharif, par son homologue indien Narendra Modi, ainsi que par la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini et l'ambassadeur américain au Pakistan, David Hale.
Une journée nationale de deuil aura lieu jeudi, a indiqué le gouvernement. Des manifestations spontanées d'émotion ont été signalées dans plusieurs villes du Pakistan : à Karachi (sud) ou à Quetta (sud-ouest).
En décembre 2014, un groupe d’insurgés taliban avait attaqué une école à Peshawar, au nord-ouest du Pakistan, faisant plus de 150 morts. Cette attaque, qui a traumatisé un pays déjà secoué par une décennie de violences, a déclenché une campagne contre l'extrémisme au Pakistan. L'armée y a intensifié son offensive dans les zones tribales où les islamistes armés opéraient auparavant en toute impunité.
Avec AFP et Reuters