
Alors que les relations diplomatiques se sont rapidement envenimées entre l'Arabie saoudite et l'Iran depuis l'exécution d'un leader chiite, les différends entre ces puissances du Moyen-Orient pourraient avoir des conséquences en Syrie et au Yémen.
Les relations se détériorent sérieusement entre l'Iran et l'Arabie saoudite. Depuis l'exécution, ce week-end, du chef religieux saoudien Nimr al-Nimr, critique virulent du royaume, de nombreux incidents ont éclaté en Iran et en Irak. Téhéran et Riyad se renvoient la balle, s’accusant mutuellement d’attiser les tensions.
"L'Arabie saoudite voit non seulement ses intérêts mais aussi son existence dans la poursuite des tensions et des affrontements, et essaie de régler ses problèmes intérieurs en les exportant vers l'extérieur", a déclaré Hossein Jaber Ansari, le porte-parole de la diplomatie iranienne.
Le royaume de Bahreïn a rompu ses relations diplomatiques avec l'Iran, moins de 24 heures après une décision similaire de l'Arabie saoudite. Bahreïn, dirigé par une dynastie sunnite qui entretient des liens étroits avec Riyad, a demandé à tous les diplomates iraniens de quitter le royaume "sous 48 heures".
De son côté, Riyad, qui a rompu ses relations diplomatiques avec Téhéran, dénonce des "ingérences négatives et agressives de l'Iran dans les affaires arabes qui entraînent souvent dégâts et destructions".
Si l’inimitié est notoire entre ces deux puissances du Moyen-Orient, l’escalade des tensions risque d'alimenter les guerres par procuration que Riyad et Téhéran se livrent sur plusieurs fronts, selon des experts. Notamment en Syrie et au Yémen, deux pays où musulmans sunnites et chiites s’affrontent.
L’audacieuse politique étrangère de l’Arabie saoudite
"L'Iran cherche à se positionner comme le défenseur des intérêts des chiites mondialement", explique Jane Kinninmont de l'institut Chatham House à Londres, citée par l’AFP, ajoutant que l'exécution du cheikh Nimr va "contribuer à la polarisation saoudo-iranienne".
D’aucuns notent d’ailleurs que l'Arabie saoudite mène une politique étrangère et militaire plus audacieuse et plus affirmée depuis l'avènement en janvier 2015 du roi Salmane et la montée en puissance de son jeune fils Mohammed, propulsé vice-prince héritier et ministre de la Défense.
it
Le royaume a en effet pris en mars la tête d'une coalition arabo-sunnite qui est partie combattre au Yémen des rebelles chiites, accusés de liens avec Téhéran, mais le conflit s'est enlisé et aucune issue n'est en vue. Le mois dernier, Riyad a organisé une réunion, sans précédent, des factions politiques et des groupes armés de l'opposition syrienne qui luttent contre le régime de Bachar al-Assad, soutenu par l'Iran chiite.
Quelques jours plus tard, le prince Mohammed ben Salmane a créé la surprise en annonçant la formation d'une "coalition antiterroriste" de 34 pays à majorité sunnite, visiblement pour faire taire les critiques selon lesquelles le monde musulman et l'un de ses chefs de file, l'Arabie saoudite, n'ont rien fait jusqu'ici contre les jihadistes.
Guerre au Yémen : la stratégie de l’épuisement ?
Les Saoudiens "jouent avec le feu, c'est évident", estime pour sa part François Heisbourg, conseiller à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) à Paris, interrogé par l’AFP. Depuis le début du conflit au Yémen, ils sont "dans la même fuite en avant". "S'ils jugent que la confrontation avec l'Iran est inévitable, autant la provoquer au moment où les Américains sont encore là et où l'Iran est encore dans une situation économique et militaire relativement peu flambante", relève-t-il.
>> À voir sur France 24 : "L'aide humanitaire ne parvient plus à Taez, troisième ville du Yémen"
L'exécution du cheikh Nimr est intervenue alors que des tentatives avaient été menées en décembre pour donner une chance à des règlements politiques en Syrie et au Yémen. Mais, selon Mahjoob al-Zweiri, professeur d'études moyen-orientales à l'Université du Qatar, la tension provoquée par l'exécution de samedi "pourrait pousser Téhéran à davantage de coordination avec Moscou pour compliquer encore plus la situation en Syrie".
D’après l’expert, les Iraniens pourraient aussi "prolonger le conflit au Yémen dans le but d'épuiser l'Arabie saoudite, confrontée à l'effondrement des prix du pétrole".
Avec AFP