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Un sommet historique entre dirigeants chinois et taïwanais, une première depuis 1949

Pour la première fois depuis la fin de la guerre civile en 1949, les présidents taïwanais et chinois se rencontreront, samedi, à Singapour. Au cœur de ce sommet historique : les relations autour du détroit de Formose qui sépare les deux pays.

Les présidents chinois Xi Jinping et taïwanais Ma Ying-jeou vont se rencontrer, samedi 7 novembre, à Singapour. Il s’agit d’une première dans l’histoire des deux pays aux régimes politiques antagonistes, depuis la fin de la guerre civile en 1949, qui avait été marquée par la victoire des communistes en Chine continentale.

Cet entretien entre les deux dirigeants a été confirmée mercredi 4 novembre par Pékin, via l’agence de presse officielle Chine nouvelle. Celle-ci indique simplement que les deux parties vont "échanger leurs opinions sur la façon de promouvoir le développement de relations pacifiques entre les deux rives du détroit" de Formose.

De son côté la présidence taïwanaise a expliqué que l'objectif du voyage de Ma Ying-jeou à Singapour est "de consolider la paix de part et d'autre du détroit et de maintenir le statu quo". Aucun accord ne sera signé, aucune déclaration commune ne sera diffusée pendant ce déplacement, a-t-elle ajouté.

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Un sommet historique entre dirigeants chinois et taïwanais, une première depuis 1949

Des oppositions contre cette rencontre

Cette rencontre intervient dans une période sensible sur le plan politique à Taïwan, où auront lieu des élections présidentielle et législatives le 16 janvier. "Pour ces deux scrutins, le parti du président, le Kuomintang, est distancé dans les sondages par le principal parti d’opposition (le Parti démocrate progressiste, DPP). Des opposants, qui, aujourd’hui, s’inquiètent de ce rapprochement diplomatique avec Pékin", explique Pierre-Philippe Berson, le correspondant de France 24 en Chine.

Le DPP a d’ailleurs déploré le manque de transparence entourant ce sommet entre les deux pays et laissé entendre que le chef de l'État, qui ne pourra pas se représenter en janvier, pourrait chercher à favoriser le candidat de son parti. "Je pense que les gens un peu partout dans le pays ont été comme moi très surpris par cette annonce", a réagi Tsai Ing-wen, la candidate du DPP. "Une rencontre entre les dirigeants des deux côtés du détroit est un événement important, qui implique la dignité et les intérêts nationaux de Taïwan. Mais l’annoncer d’une façon aussi hâtive et chaotique est dommageable pour la démocratie taïwanaise."

Des partis de l'opposition taïwanaise, inquiets de ces discussions bilatérales, ont également appelé à manifester, mercredi, devant le Parlement. Cette défiance est aussi présente dans l'opinion publique. Nombre de Taïwanais voient cet accord d'un mauvais œil. "Ils craignent surtout pour leur économie et cela depuis 2010, l’année d’un accord de coopération économique entre Taïwan et la Chine. Les habitants ont peur pour l’industrie et l’agriculture de l’île qui pourraient être sérieusement concurrencées par le mastodonte économique chinois", précise Pierre-Philippe Berson.

Une province sécessionniste, selon Pékin

Du côté de la communauté internationale, les États-Unis ont salué prudemment l'annonce de la rencontre. "Nous sommes naturellement enclins à saluer les pas qui sont faits de part et d'autre du détroit de Taïwan (Formose) pour tenter de réduire les tensions et d'améliorer les relations", a déclaré le porte-parole de la Maison Blanche, Josh Earnest. "Mais nous devons voir sur quoi débouche réellement la rencontre".

Depuis la guerre civile, Pékin considère Taiwan comme une province sécessionniste qu'elle s'estime en droit de reprendre, par la force si nécessaire. Pour preuve, la Chine a récemment rejeté la candidature de Taïwan à la nouvelle Banque asiatique d'investissement, indiquant que ce pays, dont le nom officiel est République de Chine, pourrait être candidat dans un second temps, "sous une appellation appropriée".

Avec AFP et Reuters