Le parti de Recep Tayyip Erdogan a regagné dimanche sa majorité perdue lors des législatives en juin. Un vote "en faveur de l'unité et de l'intégrité" du pays, selon le président turc. L’OSCE déplore le climat de "violence" lors de la campagne.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a gagné son pari. À la surprise générale, sa formation politique, le Parti de la justice et du développement (AKP), a remporté dimanche 1er novembre une victoire écrasante aux élections législatives anticipées et a retrouvé sa majorité absolue perdue en juin. L’AKP a recueilli 49,4 % des suffrages, raflant 316 des 550 sièges de députés.
Après être allé prier lundi matin dans une mosquée d'Istanbul, le président a appelé le monde entier à respecter l'issue du scrutin. Selon lui, les électeurs turcs ont voté pour "la stabilité" après l’échec des pourparlers de la coalition, qui avaient suivi les dernières législatives en juin dernier.
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"Notre peuple a clairement exprimé lors des élections du 1er novembre qu'il préférait le service et les projets à la polémique", avait également affirmé Recep Tayyip Erdogan un peu plus tôt dans un communiqué. Le Premier ministre et chef de file de l'AKP, Ahmet Davutoglu, s'est lui aussi félicité de ce qu'il a qualifié de "victoire pour notre démocratie". Et d'aussitôt appeler à un rassemblement en faveur d'une réforme de la Constitution.
Le président français François Hollande a appelé son homologue turc Recep Tayyip Erdogan au "rassemblement et à l'unité" du pays après la victoire écrasante de son parti aux législatives, lors d'un entretien téléphonique lundi 2 novembre, a indiqué à l'AFP l'entourage du chef de l'État français.
Lors de cet entretien effectué depuis Pékin par François Hollande, en marge d'une visite d'État en Chine, les deux dirigeants ont "examiné comment continuer à coopérer sur la question des réfugiés et la Syrie", a-t-on ajouté de même source.
Le président a également fait référence au conflit entre le pouvoir turc et les rebelles kurdes du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui a repris en juillet, mettant fin au fragile processus de paix engagé il y a trois ans. "Le résultat des élections a livré un important message pour le PKK. L'oppression et l'effusion de sang ne peuvent coexister avec la démocratie", a-t-il ainsi déclaré.
La campagne a été marquée par de nombreuses violences. Un attentat-suicide perpétré il y a trois semaines à Ankara par deux kamikazes proches du groupe État islamique (EI) a fait 102 morts et a ravivé la peur de la violence jihadiste venue de la Syrie voisine, en guerre. Face à ces attaques, Erdogan et Davutoglu se sont posés en sauveurs, sur le thème "l'AKP ou le chaos".
Les observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) ont également déploré le climat de "violence" de la campagne des élections législatives et reproché au gouvernement ses pressions sur la presse indépendante. "Les médias subissent d'importantes pressions dans ce pays. La liberté de la presse est une question qui suscite de profondes inquiétudes", a indiqué Ignacio Sanchez Amor, chef de la délégation de l'Assemblée parlementaire de l'OSCE.
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Vers un renforcement des pouvoirs du président turc ?
De leur côté, les rivaux de l'actuel chef de l'État avaient appelé avant le vote à sanctionner les dérives autoritaires. Le chef de file du HDP pro-kurde, Selahattin Demirtas, en recul par rapport à juin (13 % contre un peu plus de 10 % dimanche), a dénoncé une élection "injuste" disputée sous la menace jihadiste. "C'est une grande victoire tout de même", a-t-il ajouté. "Nous avons perdu un million de voix mais nous sommes restés debout face aux massacres [commis par le pouvoir] et au fascisme".
Kemal Kiliçdaroglu, son homologue de l'opposition laïque du Parti républicain du peuple (CHP), qui demeure la deuxième force politique du pays avec un peu plus de 25 % des suffrages, a également souligné le climat de violences. "Nous sommes respectueux des résultats des élections", a-t-il affirmé, "mais le pouvoir, tous les pouvoirs, doivent respecter la suprématie du droit [...]. Personne ne doit se considérer au-dessus des lois".
Cette victoire de l’AKP pourrait conduire à un renforcement des pouvoirs du président turc. Recep Tayyip Erdogan n’a toutefois pas les mains entièrement libres pour modifier la Constitution. "Ils les auraient eu s’il avait obtenu plus de 330 sièges au Parlement, ce qui lui aurait permis de modifier la Constitution sans passer par un référendum. Par contre, il a la majorité absolue. L’AKP peut donc appeler à un référendum populaire", souligne ainsi James André, l’envoyé spécial de France 24 à Ankara.
Le chef de l’État pourrait aussi décider de passer en force. "Tous les partis d’opposition sont clairement opposés à une augmentation des pouvoirs exécutifs du président. Au sein même de l’AKP, il y a des divisions sur cette question. Ce sera difficile de trouver un compromis pour pouvoir présenter la question aux électeurs, à moins que l’AKP ne tente d’y aller seul sans négocier avec ses partenaires au niveau du parlement", explique James André.
Malgré ces incertitudes sur le futur de la Turquie, la Bourse d'Istanbul a ouvert lundi matin sa séance en hausse de plus de 5 %.
Avec AFP et Reuters