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Le gouvernement allemand a officialisé la reprise du constructeur Opel, la marque phare en Europe du géant américain General Motors, par l'équipementier canadien Magna.

AFP - Le gouvernement allemand a finalement choisi samedi l'équipementier canadien Magna adossé à des capitaux russes pour reprendre le constructeur automobile Opel à l'américain en déroute General Motors et tenter de sauver des dizaines de milliers d'emplois.

"Une solution a été trouvée", a indiqué en pleine nuit Peer Steinbrück, le ministre allemand des Finances, à l'issue d'une réunion entamée vendredi dans la soirée à la chancellerie à Berlin.

Cette solution "s'appuie sur trois piliers", à la fois un accord entre GM et Magna, un accord sur un modèle de société fiduciaire pour gérer temporairement le constructeur et un crédit relais accordé par l'Etat allemand, a-t-il ajouté.

Les détails doivent être présentés samedi lors d'une conférence de presse à 08H00 GMT.

L'offre de Magna est soutenue financièrement par la banque semi-publique russe Sberbank et par un partenariat industriel avec le constructeur russe GAZ. Le constructeur italien Fiat et la holding RHJ International avaient aussi déposé une offre sur Opel.

Si GM est formellement le seul à choisir le repreneur pour ses activités européennes --hors la marque suédoise Saab--, l'avis du gouvernement allemand était décisif. Le plan de reprise repose en grande partie sur les milliards d'euros que Berlin va fournir.

En Allemagne, l'enjeu est crucial, à quatre mois des élections législatives. GM, hors Saab, emploie 50.000 personnes environ en Europe, dont 25.000 en Allemagne. Le gouvernement voulait donc à tout prix éviter une faillite d'Opel, de plus en plus menaçant avec la déroute de sa maison-mère.

Celle-ci a convoqué lundi à midi une conférence de presse à New York et pourrait annoncer son dépôt de bilan.

"Le point central est que nous avons un intérêt très fort à maintenir les emplois sur les quatre usines" d'Opel en Allemagne, a expliqué M. Steinbrück. Mais "vous pouvez être sûrs que nous n'avons pas pris cette décision facilement, car tous les participants étaient très conscients des risques", a-t-il ajouté.

A tel point que le ministre conservateur de l'Economie, Karl-Theodor zu Guttenberg, a redit samedi dans la nuit qu'il était partisan d'une faillite d'Opel, avant de se ranger au compromis final.

Concrètement, selon les plans négociés entre Berlin, GM et Magna, Opel va d'abord être géré par un administrateur extérieur --une société fiduciaire, alimentée par un crédit public d'1,5 milliard d'euros.

Ensuite, selon les plans initiaux de Magna, le canadien devrait prendre 20% de la nouvelle société, la banque russe Sberbank 35%. GM conserverait alors 35%, les salariés prendraient 10%. Et là encore, Berlin intervient: Magna lui aurait demandé des garanties de 4,5 milliards d'euros.

C'est la complexité de ce montage qui était au coeur des discussions de ces derniers jours. Dans la nuit de mercredi à jeudi, un premier sommet réunissant toutes les parties avait échoué, alors que GM avait demandé une aide financière supplémentaire de 300 millions d'euros.

L'idendité du futur repreneur en revanche n'est pas une surprise. Depuis une semaine déjà, Magna était le favori du gouvernement allemand, et semble-t-il aussi de GM.

Magna était aussi le préféré des syndicats allemands, qui estimaient que le risque de suppressions d'emplois était moins grand qu'avec Fiat. Jusque là, Magna a annoncé qu'il voulait supprimer 10.000 emplois en Europe, dont 2.500 en Allemagne.

Et il était seul en lice depuis l'éviction de la holding RHJ International dès jeudi, et le retrait de l'italien Fiat ce vendredi, réticent à prendre, selon ses termes, des "risques inconsidérés".

Avec le rachat d'Opel, Magna, groupe canadien fondé par un Autrichien, réalise son rêve de devenir un constructeur à part entière. Son idée: partir à la conquête des marchés émergents, au premier rang desquels la Russie.

Il était jusque là un équipementier classique et montait des voitures pour d'autres constructeurs comme BMW.