
, correspondant en République démocratique du Congo – Le 7 juin, et dès maintenant par Internet, les Français expatriés peuvent élire leurs représentants. Ce scrutin méconnu donne une existence politique à la communauté française de l'étranger.
Jusqu'au 7 juin, des dizaines de candidats éparpillés de Buenos Aires à Toronto et d'Alger au Cap se disputent les votes du public, notamment par Internet, pour se partager 79 places. Il ne s'agit pas d'une nouvelle émission de télé-réalité internationale, mais de la très sérieuse et méconnue élection des conseillers à l'Assemblée des Français de l'étranger (AFE).
Le scrutin de cette année dira si le vote électronique permet de redresser la courbe déprimée de la participation aux élections à l'AFE. Il en va de la survie de cette institution sexagénaire : à partir de 2012, les Français expatriés pourront élire des députés lors des élections législatives. De l’aveu même de certains conseillers, cette participation directe à la représentation nationale pourrait signifier la fin de l’AFE.
Les conseillers de l’AFE élisent déjà des sénateurs. Leur élection a donc tout d’un scrutin politique, et l’on y retrouve un clivage gauche-droite tout hexagonal. L'Association démocratique des Français de l'étranger (ADFE) et l'Union des Français de l'étranger (UFE) y présentent des candidats qui, une fois élus, constituent des groupes sur le modèle parlementaire.
L'ADFE représente plutôt les électeurs socialistes et verts tandis que l'UFE, historiquement majoritaire, est plus proche de l'UMP.
"Des élus de proximité"
Toute politique qu’elle soit, l’élection à l’AFE présente la bizarrerie d’interdire toute propagande aux candidats : pas question donc de recevoir un tract du candidat UFE dans un restaurant fréquenté par les expatriés ou de trouver une affiche électorale de son concurrent ADFE à l’Alliance française. Certains candidats ont même refusé d’être identifiés dans cet article de peur de voir leur élection invalidée.
Entre deux élections, ces deux associations organisent l’entraide dans les communautés françaises du monde entier - de manière apolitique, affirment-elles toutes deux.
"Nous sommes des élus de proximité", résume Michelle Mwenetombwe, élue sortante de la circonscription des deux Congos, du Burundi et du Rwanda. "Nous travaillons sur tous les sujets qui concernent les Français à l'étranger : la sécurité, la scolarité, la sécurité sociale", ajoute-t-elle, attablée dans l'accueillante cafétéria en plein air du centre culturel français de Kinshasa.
Cette Guadeloupéenne de 61 ans est mariée à un Congolais depuis 32 ans, mère de trois enfants et comptable à l'école française de la capitale de République démocratique du Congo depuis 14 ans.
Les conseillers de l’AFE siègent dans des commissions consulaires qui gèrent des problèmes aussi cruciaux pour les familles expatriées que les bourses d'études ou la protection sociale.
Deux grand-messes annuels
Ces élus reçoivent environ 1 000 euros par mois pour frais de secrétariat ainsi que le remboursement de quelques déplacements dans les pays de leur circonscription et à Paris pour les sessions plénières de l'AFE.
Lors de ces deux grand-messes d'une semaine organisées chaque année, les conseillers de l'AFE se répartissent en commissions spécialisées et exercent une certaine influence sur le ministère des Affaires étrangères. "L’AFE a obtenu la mise en place d'une cellule de veille 24h/24 sur la sécurité au Quai d'Orsay", se félicite Michelle Mwenetombwe.
Plusieurs conseillers saluent d'autres avancées comme le paiement de retraites bloquées depuis des années à des Français ayant cotisé toute leur vie, notamment au Congo-Brazzaville.
Des progrès principalement accomplis pendant les vacances de ces élus non-professionnels. "Quand on se présente, on sait à quoi on s'engage", résume un candidat sortant qui a parcouru en une semaine deux pays voisins de son territoire d'expatriation à l'approche du scrutin. Officiellement, pas pour faire campagne, bien sûr. Mais quelques réunions amicales entre Français de l’étranger restent autorisées.