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David Cameron, qui a remporté une victoire sans appel aux élections britanniques du 7 mai, a réitéré sa promesse d'organiser d'ici à 2017 un référendum sur une éventuelle sortie de l'UE. Un scénario redouté par les dirigeants européens.

Le cauchemar de l’Europe est en train de se profiler. Celui qui martèle depuis deux ans qu’il offrira aux Britanniques un référendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’Europe vient d’être reconduit au 10 Downing Street. David Cameron a remporté, jeudi 7 mai, une victoire d’une ampleur inattendue aux élections législatives britanniques.

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Le leader des Tories (conservateurs) ne pourra pas échapper à sa promesse d’organiser la consultation populaire, d’ici 2017, année qui sera aussi celle des 60 ans du Traité de Rome. Le Royaume-Uni fera-t-il alors encore partie de l’Union européenne (UE) pour en célébrer son acte fondateur ? Ou cet anniversaire deviendra-t-il celui de l’année où les Britanniques ont tourné le dos à l’Union ?

Le message brouillé de Cameron

À deux ans de cette échéance, les signaux sont contradictoires. La victoire des conservateurs est, certes, un signal inquiétant pour les Européens, mais pas non plus dramatique. "Un gouvernement conservateur fort avec David Cameron est probablement le scénario où l’on est le plus susceptible de voir le ‘oui’ en faveur de l'Europe l'emporter", analyse Sara B. Hobolt, professeure à la chaire des institutions européennes de la London School of Economics (LSE).

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Car si David Cameron a lui-même allumé la mèche en proposant ce référendum, il ne soutient pas personnellement le "Brexit", contraction de "British" et "exit" (sortie des Britanniques, en Français). Après avoir résisté, le Premier ministre avait fini par céder en 2013 face à la popularité croissante du parti de l’indépendance des Royaume-Uni (Ukip) et aux pressions des eurosceptiques au sein de son propre parti.

"Une minorité de 87 députés conservateurs lui demandait d’organiser ce référendum depuis octobre 2011, mais il a refusé jusqu’en janvier 2013, lorsque la poussée du parti nationaliste Ukip dans les sondages et les élections locales lui a fait changer d’avis", explique à France 24 Sophie Loussouarn, professeur à la Sorbonne Nouvelle et auteure de "Cameron, un conservateur du XXIe siècle".

Les Britanniques mitigés

Depuis, le contexte a évolué. Si le meilleur allié britannique de Bruxelles, le travailliste Ed Miliband, a démissionné après avoir essuyé une lourde défaite, son pire ennemi, Ukip, a également perdu ses élections. Le parti europhobe malgré 13 % des votes, n'a remporté qu'un seul siège. "Au plancher en terme de sièges, les eurosceptiques de Ukip ne peuvent plus mettre la pression sur Cameron", explique Caroline de Camaret, spécialiste de l’Europe à France 24.

L’opinion a également viré. Lorsque David Cameron mettait le référendum sur la table en 2013, l'institut de sondage Populus estimait que 53 % des Britanniques étaient favorables à une sortie de l'UE, contre 47 %. Aujourd’hui, les avis sont plus partagés. Selon le dernier sondage de Populus, publié le 12 avril, 39 % des Britanniques voudraient désormais sortir de l’UE, contre 40 %.

La City – le milieu des affaires londonien - est notamment particulièrement hostile au "Brexit". Durant la campagne des législatives, Cameron a d’ailleurs fait le minimum pour rappeler qu’il avait proposé ce référendum, cherchant à tout prix à éviter de braquer ceux qui apportent aux conservateurs une bonne partie de son financement. Richard Branson, milliardaire et fondateur du groupe Virgin, Martin Sorrell, patron du groupe de communication WPP et John Allan, président des supermarchés Tesco, ont tous évoqué leur crainte sur la question.

Le scénario du pire pour l'UE 

Du point de vue de Bruxelles, la sortie de l’Europe serait l’un des pires scénarios. "Personne en Europe ne veut se séparer de la deuxième puissance économique de l’Union et de l’une de ses plus grandes puissances militaires. Certains proposent même de réfléchir à un statut d’exception pour le Royaume-Uni", rappelle Joana Hostein, correspondante de France 24 à Bruxelles. "Mais si tous veulent éviter un ‘Brexit’, ce n’est pas à n’importe quel prix", ajoute-t-elle.

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David Cameron a indiqué qu’il ferait campagne pour le maintien dans l’Union s’il obtenait de Bruxelles les changements qu’il exige, notamment en matière de contrôle de l’immigration intra-européenne et de protection des intérêts de la City. Mais en voulant réformer les règles sur la liberté de circulation et d’installation des immigrés européens, il a touché à un principe inscrit dans le marbre européen. La liberté de circulation n'est "pas négociable", rappelait dès le lendemain des élections la Commission européenne.

Les deux prochaines années vont donner lieu à d’âpres négociations entre Bruxelles et Londres. Et David Cameron pourrait, quant à lui, se retrouver pris au piège d’une consultation au résultat incontrôlable. "Le risque est toujours systémique avec un référendum", note Caroline de Camaret, rappelant les déboires de Jacques Chirac en 2005 avec le référendum sur la ratification du Traité européen.