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Affaire Carlton : DSK a dominé son procès

Depuis le début du procès de l'affaire Carlton, Dominique Strauss-Kahn fait preuve d'une grande maîtrise et dégage un sentiment de confiance qui n'a été que renforcé, mardi, par la relaxe requise à son encontre.

Si le jugement n'a pas encore été rendu dans l'affaire dite du Carlton, force est de constater que le suspense est déjà retombé - du moins en ce qui concerne le prévenu phare, Dominique Strauss-Kahn. Mardi 17 février, le procureur a plaidé la relaxe "pure et simple" de l'ancien directeur du FMI, dont aucun élément du dossier n'est venu étayer la culpabilité, a-t-il estimé. La veille, deux parties civiles avaient abandonné leurs poursuites contre lui.

Pour beaucoup, cette réquisition, fidèle au non-lieu déjà rendu à l'encontre de DSK par le parquet en 2013, n'est pas une surprise, au regard de la faiblesse du dossier présenté par l’accusation. "Il appartient au tribunal de ne condamner que sur des preuves et non sur des convictions", a lancé Frédéric Fèvre. Le procureur de la République de Lille a ainsi taclé les juges d’instruction à l'origine du renvoi en correctionnelle de l'ancien ministre socialiste. Ces derniers avaient cédé, selon certains, à une action politique, et, selon d'autres, à la pression de policiers acharnés, ayant dans le collimateur "Dodo la saumure".

Un mauvais procès, en somme, fait à un personnage charismatique à la maîtrise parfaite de la situation.

"Il n'a rien à faire là"

Car DSK est apparu, malgré tout, en position dominante tout au long de l’affaire. Face aux femmes, tout d'abord, qui "s'offraient" parfois à lui, selon ses mots. Commentant la "rudesse" dont il peut faire preuve lors des ébats sexuels, l'ancien présidentiable a indiqué lors de son audition : "Dans les relations sexuelles, il peut exister des rapports de force, de domination et de soumission".

Domination également dans ses relations dites "amicales", avec notamment son co-accusé Fabrice Paszkowski, tant DSK suscite l’admiration dans son entourage. "Il est évident qu'avoir quelqu'un comme lui dans son carnet d’adresses, c’est valorisant", a admis aux juges Fabrice Paszkowski, cet "ami intime" qui lui payait des prostituées sans le lui dire.

À la barre, le prévenu Jean-Christophe Lagarde, ancien chef de la sûreté départementale du Nord, a lui aussi reconnu avoir été flatté d’évoluer un temps aux côtés de cet homme au "niveau intellectuel si élevé". Lors des soirées libertines, où des prostituées étaient conviées, on annonçait la venue de ce "monsieur important" en disant : "Il arrive".

>> À lire sur France 24 : "Procès Carlton : le jour où DSK s’en est bien tiré"

Dans la salle d'audience, où certains journalistes au fait des failles du dossier estiment que DSK "n'a rien à faire là", on chuchote que la fascination des prévenus pour l'ancien ministre socialiste est sans borne. Le principal intéressé indique simplement pour sa part qu'à l'époque des faits qui lui sont reprochés, "beaucoup de gens voulaient (lui) faire plaisir".

Un justiciable comme les autres

Domination enfin, dans le tribunal de Lille, à l’entrée duquel les journalistes attendaient, eux aussi, qu'"il" arrive. Lors des débats, DSK a parfois imposé son rythme, allant jusqu'à moquer un avocat de la partie adverse. Son calme ainsi que la précision de ses réponses, malgré l'intimité de certaines questions, ont cruellement tranché avec la nervosité, la fébrilité et, parfois, le manque de dignité de ses co-prévenus, bien moins scrutés pourtant. Entouré de trois ténors du barreau, DSK a été qualifié comme "l'un des hommes les plus importants de ce monde" par le président de la cour.

Pourtant, le procureur a tenu à le rappeler, étant donné l’ampleur médiatique : il s'agit d’un justiciable comme un autre. "Un homme puissant serait nécessairement coupable ?", a-t-il interrogé. Le magistrat affirme en tout cas vouloir traiter DSK "comme n'importe quelle autre personne", affirmant que "sans ce prévenu, cette affaire aurait déjà été traitée depuis longtemps".

À l'écart de la salle d’audience, la substitut du procureur, Aline Clérot, lâche quant à elle, dans une interview accordée au "Figaro" : "Face à un DSK, on découvre qu'on peut être un peu démunie".