
Pour la première fois depuis la Coupe du monde 1974, aucun arbitre français ne sera présent au Mondial au Brésil. Un véritable camouflet pour l’arbitrage français et la FFF, qui payent le prix fort de dix années de luttes intestines.
"C’est une grosse déception ! Les 25 000 arbitres français de football sont tristes aujourd’hui car ils ont besoin de s’identifier à quelqu’un, d’une locomotive", confie à FRANCE 24 l’ancien arbitre international Bruno Derrien.
Il faut dire que le coup est rude. Aucun arbitre français n'a été retenu pour la coupe du Monde au Brésil, selon la liste dévoilée mercredi par la Fifa. Cela fait quarante ans que l'arbitrage français n'avait pas connu pareille désillusion.
Présélectionné dans une liste de 52 arbitres en septembre 2012, Stéphane Lannoy (44 ans), le numéro un français, n'a finalement pas été retenu. "On n’a pas su assurer la relève", explique Bruno Derrien. "Stéphane Lannoy avait réussi un bon Euro-2012, où il avait dirigé une demi-finale, mais c’est notre seul arbitre en Ligue des champions alors que l’Italie en a trois, tout comme l’Espagne et l’Italie. Il y avait donc des signes avant-coureurs." Notamment l’absence de Stéphane Lannoy lors des huit rencontres des barrages européens pour le Mondial-2014. Autant de matches confiés à des arbitres choisis parmi les 19 Européens présélectionnés pour la coupe du Monde.
La Fifa a retenu 25 trios d'arbitres et 8 duos de soutien. Pour la zone Europe, il y a 9 trios (Allemagne, Turquie, Suède, Pays-Bas, Serbie, Portugal, Italie, Espagne, Angleterre) et un duo de soutien (Norvège). "La sélection des officiels pour le Brésil s'est faite essentiellement sur la base de leur personnalité et de la qualité de leur compréhension du football en termes de lecture du jeu et de reconnaissance des approches tactiques des équipes dans chaque match", précise l’instance du football mondial.
"Cela vient solder une période noire de l’arbitrage français"
"Les grands pays de football sont tous représentés", remarque Bruno Derrien. "L’Italie a un arbitre, l’Angleterre a un arbitre, l’Allemagne a un arbitre, l’Espagne également et nous non ! Cela vient j’espère, solder une période noire de l’arbitrage français." L’absence de Français au Brésil est la conséquence de la politique arbitrale hexagonale, décriée pour ses errements passés. "Il y avait des problèmes de clans, de désignation et également de coaching des arbitres. On ne faisait pas travailler les arbitres sur la personnalité des joueurs, sur l'humain mais le travail était axé sur le physique. On faisait courir les arbitres, mais il n’y a pas que ça", explique à FRANCE 24 Bruno Derrien.
Cette situation a d'ailleurs conduit la Fédération française de football (FFF) à se séparer en juillet dernier du responsable de la direction technique de l'arbitrage, Marc Batta, en poste depuis 2004, qui cristallisait depuis plusieurs années l'essentiel des critiques et des rancœurs contre l'arbitrage tricolore. Pascal Garibian, alors président de la commission de discipline de la Ligue de football professionnel (LFP), a été nommé pour lui succéder.
"Il faut maintenant tourner la page de ces années difficiles de l’arbitrage. Une nouvelle équipe a pris les commandes et il faut la laisser travailler", souhaite Bruno Derrien. "L’objectif maintenant, c’est de préparer l’avenir et former l’arbitre susceptible d’être présent à la Coupe du monde 2018 en Russie."