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Les installations de production d'armes chimiques en Syrie ont été rendues inutilisables avant la date butoir du 1er novembre, mais la destruction de l'arsenal chimique, prévue à la mi-2014, devrait être moins aisée à accomplir, selon les experts.

"La Syrie a achevé de rendre inutilisables ses installations de production et d'assemblage d'armes chimiques". Ce n’est pas le régime syrien qui l’affirme, mais bel et bien l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), le prix Nobel de la paix 2013.

"Tous les stocks d'agents chimiques et d'armes chimiques ont été placés sous scellés, des scellés impossibles à briser", a précisé à l'AFP Christian Chartier, un porte-parole de l'organisation chargée de la destruction de l'arsenal toxique syrien.

Les inspecteurs ont visité 21 des 23 sites déclarés par Damas, et 39 des 41 installations sur ces sites. Les deux sites restants ont été évités "pour des raisons de sécurité", mais le régime de Bachar al-Assad "a fait savoir que ces sites avaient été abandonnés" et les inspections ont été clôturées, a précisé l'OIAC.
"La partie la plus facile et la moins risquée du processus"

La Syrie avait jusqu'à vendredi pour mener cette tâche. "Il n’y a rien de surprenant à ce que cette étape ait pu être exécutée dans le temps imparti, car il s’agissait de la partie la plus facile et la moins risquée du processus, d’autant plus que le régime syrien avait accepté de coopérer avec l’OIAC", explique à FRANCE 24 Olivier Lepick, spécialiste en armes chimiques et biologiques, chercheur à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

Et de poursuivre : "un site de remplissage et de production d’armes chimiques n’est pas plus différent qu’une usine d’embouteillage de boissons gazeuses, excepté qu’il est placé sous très haute sécurité. Pour les neutraliser, il suffit donc de rouler sur les installations et les machines du site avec un bulldozer".

Damas a soumis le 24 octobre son programme général de destruction, permettant d'établir les plans visant une "destruction systématique, intégrale et vérifiée" de l'ensemble de son arsenal chimique.

Un processus complexe

Ce programme doit être examiné par le conseil exécutif de l'OIAC qui doit se réunir le 5 novembre et qui utilisera ce document pour fixer d'ici au 15 novembre les différentes dates butoir pour la destruction définitive de l'arsenal de la Syrie, devenue officiellement État partie à la convention le 14 octobre. Théoriquement, selon l’accord russo-américain, cette opération devrait être terminée d'ici la mi-2014.
"Concernant cette étape, le processus est beaucoup plus sophistiqué, et j’ai des doutes quant au respect du calendrier, car j’estime qu’il sera très compliqué de détruire en si peu de temps l’arsenal chimique syrien", observe Olivier Lepick.

Pour le chercheur, détruire l’arsenal chimique syrien (soit 1 000 tonnes d'agents chimiques et 290 tonnes d'armes chimiques déclarés par Damas) nécessite d’une part de connaître l’état des munitions et d’autre part d'être à même de le faire dans des installations et des infrastructures spécifiques, inexistantes en Syrie et au Moyen-Orient. "Il existe deux techniques pour détruire des armes chimiques : l’incinération à haute température, et l'hydrolyse en mélangeant les agents chimiques à des adjuvants et de l’eau dans un réacteur chimique", précise Olivier Lepick.

S’il existe des installations mobiles, il est peu probable qu’ils puissent être transférés jusqu’en Syrie, un pays instable et ravagé par la guerre, pas plus qu’il n’est envisageable que l’OIAC construise ce genre d’installations dans le pays. "D’autant plus que ces installations mobiles ne sont pas adaptées pour détruire les 290 tonnes d’armes remplies d’agents chimiques, qui doivent être détruites dans des chambres de détonation", poursuit Olivier Lepick.

Avec dépêches