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Pour la dernière fois, Carlos, jugé en appel pour quatre attentats meurtriers commis il y a trente ans, peut s'exprimer devant la cour d'assises spéciale. Le verdict est attendu dans la journée. Suivez les tweets de notre envoyée spéciale.

Le Vénézuélien Ilich Ramirez Sanchez a une dernière fois la parole mercredi avant que la cour d'assises spéciale, qui le juge en appel, se retire pour délibérer sur quatre attentats meurtriers commis en France il y a trente ans qui lui sont imputés.

Lors du procès de première instance, en décembre 2011, les juges avaient écouté l'accusé Carlos refaire son procès durant près de cinq heures avant de les laisser entamer leurs délibérations.

Ce long soliloque ne lui avait pas évité la condamnation à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie de 18 ans de sûreté, maximum encouru pour les faits à l'époque.

C'est à nouveau la peine qu'a réclamée le parquet général lundi, au terme d'un réquisitoire de huit heures contre Ilich Ramirez Sanchez, homme à "l'extrême dangerosité", même à 63 ans.

Devenu partisan de la lutte armée en embrassant la cause palestinienne dans les années 70, il a ensuite basculé dans la "guerre privée", le "racket", le "mercenariat", a fustigé l'accusation.

"1.500 morts dont 80 de mes mains"

Incarnation de cette guerre privée, selon les avocats généraux: quatre attentats commis en France en 1982 et 1983 dans le but allégué d'obtenir la libération de la compagne allemande de Carlos, Magdalena Kopp et du Suisse Bruno Breguet, arrêtés à Paris en février 1982 avec des armes et des explosifs.

Carlos qui a revendiqué à l'audience "1.500 morts dont 80 de (ses) mains" a nié toute implication dans ces quatre attentats qui ont fait 11 morts et près de 150 blessés, rue Marbeuf à Paris, dans un train Paris-Toulouse, un TGV Marseille-Paris et en gare Saint-Charles de Marseille.

Une peine de vingt ans de réclusion a également été requise contre l'Allemande Christa Fröhlich, 70 ans, poursuivie pour avoir aidé à la préparation d'un attentat. Absente, cette ancienne militante d'extrême-gauche avait été acquittée en première instance.

Colonne vertébrale de l'accusation, les archives des services secrets des ex-pays d'Europe de l'Est où Carlos avait ses bases dans les années 80 n'ont aucune valeur probante, plaide la défense.

Archives composées de seules coupures de presse chez les Roumains, de compte-rendus de surveillance non signés chez les Hongrois, de compilations des archives roumaines et hongroises chez les Allemands de l'Est, de "montages" et de "photocopies de photocopies" chez tous, dénonce-t-elle.

Les avocats attitrés de Carlos qui, à la demande de leur client, n'ont pas assisté l'ex-ennemi n°1 durant les six semaines de débats, ont assuré les plaidoiries.

Carlos leur avait interdit de le défendre dans ce procès, entamé le 13 mai, pour dénoncer l'attitude de son pays, le Venezuela, qui lui refuserait un soutien financier pour ses frais judiciaires.

Me Isabelle Coutant-Peyre, avec laquelle Carlos a contracté une union religieuse, sans valeur légale, et Me Francis Vuillemin, qui défend Carlos depuis quinze ans, ont fait leur retour devant la cour lundi pour les trois derniers jours d'audience.

"Vous êtes un frère d'armes pour l'histoire", lui a lancé Me Vuillemin en soulignant le "prisonnier à la dignité impressionnante" qu'il était également.

Carlos est incarcéré en France depuis son arrestation au Soudan par la police française en août 1994. Il purge déjà une peine de réclusion criminelle à perpétuité prononcée en 1997 pour le meurtre de trois hommes, dont deux policiers, à Paris en 1975.

La condamnation de Carlos à une peine de sûreté dans ce nouveau procès pourrait avoir un impact sur ses possibilités de demander une libération conditionnelle au titre de sa première condamnation.

Une instruction, toujours en cours à Paris, pourrait le ramener devant les assises comme organisateur présumé d'un attentat encore plus ancien: celui contre le Drugstore Saint-Germain, en septembre 1974, qui fit deux morts et trente-quatre blessés.

Avec AFP