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Inflation, emploi, surtaxes douanières : où en est l'économie américaine après un an de Trump ?
Un an après son retour aux affaires, le bilan économique de Donald Trump est contrasté : croissance dynamique, inflation relativement contenue malgré les mesures protectionnistes, chute brutale du marché de l'emploi... France 24 a interrogé des experts sur l'état de santé de la première économie mondiale.
Le président américain Donald Trump a promis de rendre à l'Amérique sa "grandeur" et de "réparer les dégâts" causés par l'administration Biden. © studio graphique France 24, AP

Investi 47e président des États-Unis le 20 janvier 2025, Donald Trump faisait un retour triomphal et revanchard à la Maison Blanche. Après avoir emporté le vote populaire face à la démocrate Kamala Harris, le milliardaire président jurait sur la bible de mettre fin au supposé déclin de l'Amérique, son inoxydable slogan de campagne (MAGA, "Make America Great Again")

"L'âge d'or de l'Amérique commence aujourd'hui", déclarait-il alors fièrement, promettant pêle-mêle de faire baisser les prix à la consommation, taxer les importations, relancer l'industrie manufacturière ou bien encore de "forer, forer, forer !" pour exporter "de l'énergie américaine dans le monde entier".

Un an après ces tonitruantes annonces, France 24 dresse un premier bilan des réformes économiques de Donald Trump.

Inflation et prix contenus 

À peine réinvesti, Donald Trump s'est attelé à son chantier économique prioritaire : imposer des surtaxes douanières massives aux partenaires commerciaux des États-Unis, accusés de "piller" le pays. En 2025, le sujet a tenu en haleine dirigeants, investisseurs et financiers, au gré des nombreuses annonces et revirements du locataire de la Maison Blanche. En avril, Donald Trump avait suspendu pour trois mois ses mesures après une chute brutale des marchés. Il a également décrété des exemptions dans plusieurs secteurs pour ne pas pénaliser le consommateur (certains produits d'alimentation ou informatiques, par exemple) et accepté des compromis, notamment face à la Chine.

Mais les surtaxes de base (de 10 % à 20 %) sont bien appliquées et n'ont jusqu'ici pas provoqué l'explosion des prix redoutée par de nombreux experts. L'inflation a atteint 2,7 % en 2025, soit une progression légèrement plus faible que l'année précédente (2,95 %).

"L'inflation globale reste plutôt mesurée, y compris pour les produits importés", souligne Christopher Dembik, conseiller en stratégie d'investissement au cabinet Pictet AM. "Les entreprises américaines, qui, dans leur ensemble, sont très solides, ont rogné un petit peu sur leurs marges, sans que ce soit problématique, pour éviter que la hausse des prix ne soit répercutée sur le consommateur américain", poursuit-il.

Des taxes douanières indolores ?

D'autres observateurs se montrent bien plus critiques, à l'image de Mark Zandi, économiste en chef chez Moody's Analytics. "L'inflation reste à un niveau inconfortablement élevé, bien au-dessus de l'objectif d'inflation de la Réserve fédérale (fixée à 2 %, NDLR) et ne montre aucun signe de ralentissement", a-t-il réagi sur le réseau social X.

"Les entreprises américaines avaient beaucoup stocké en anticipation des taxes douanières et il est possible que la répercussion de ces taxes sur les prix se fasse davantage sentir en 2026", souligne pour sa part l'économiste Alexandre Roulet.  

Le rapport de décembre sur l'inflation révèle notamment de grosses disparités concernant les prix de l'énergie. Alors que celui de l'essence a poursuivi son recul (– 3 %), du fait de l'excédent mondial de pétrole et de la production américaine toujours forte, les factures de gaz et d'électricité ont bondi (10,8 % et 6,7 %), à cause notamment des exportations américaines record de gaz naturel liquéfié (GNL) et de la forte demande en électricité liée aux data centers de l'intelligence artificielle. Cette hausse affecte la production de nourriture aux États-Unis, qui continue elle aussi de croître à un niveau relativement élevé (+ 3,1 %).

Donald Trump, qui avait promis de faire baisser les prix, considère néanmoins avoir remporté la bataille. "L'inflation a été vaincue", a-t-il récemment déclaré, lors d'une interview avec le média CBS.

Croissance inégalitaire

À son crédit, le président américain est parvenu à faire mentir les prédictions. De nombreux experts tablaient sur une inflation entre 3 %et 4 %, du fait des droits de douane.

Il en va de même pour la croissance américaine, qui a, elle, progressé plus vite que prévu, atteignant 4,3 % en 2025, portée par la consommation des ménages et les exportations.

"La croissance globale se porte très bien, mais on reste malgré tout sur une économie dite en 'K', avec une partie des Américains qui captent les produits de la croissance et une autre dont le niveau de vie est plutôt en déclin", tempère Christopher Dembik. "Trump n'a pas créé cette situation, mais il n'a pas non plus pris des mesures pour s'y attaquer."

Crise de l'emploi

Enfin, parmi les indicateurs économiques américains, un chiffre suscite une inquiétude particulière : celui de la création d'emplois, qui a atteint en 2025 son plus bas niveau depuis la pandémie de Covid-19.

Le taux de chômage à quant à lui atteint 4,6 %, au plus haut depuis quatre ans, favorisé notamment par les licenciements massifs ordonnés par Donald Trump dans la fonction publique (– 181 000 postes en 2025). 

Au total, 584 000 emplois ont été créés en 2025 aux États-Unis, soit près de quatre fois moins qu'en 2024 (2 millions), principalement dans les domaines de la santé, des loisirs et de la restauration.

Le secteur de la tech, pourtant l'un des plus rentables, affiche quant à lui un solde négatif. En 2025, plusieurs grandes entreprises ont procédé à des plans de licenciement, parfois massifs, comme Amazon, Intel, Microsoft ou bien encore Google, pour "réduire la bureaucratie" et gagner en "efficacité", avancent-elles. Mais surtout pour investir toujours plus dans l'intelligence artificielle (IA).

Un président imprévisible qui nuit au business ?

La frilosité des entreprises à embaucher pourrait également être liée à la gouvernance erratique de Donald Trump aux effets économiques incertains, qu'ils s'agissent des surtaxes douanières – désormais utilisées comme arme sur le dossier du Groenland –, ou bien encore de son bras de fer inédit avec le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, pour le forcer à accélérer la baisse des taux.

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Inflation, emploi, surtaxes douanières : où en est l'économie américaine après un an de Trump ?
La Semaine de l'Eco © FRANCE24
40:04

Le secteur manufacturier, que Donald Trump a promis de relancer, a lui aussi continué à se contracter en 2025, perdant plus de 60 000 emplois.

Les partisans du président américain rappellent volontiers qu'il n'est de retour à la Maison Blanche que depuis onze mois et appellent les Américains à faire preuve de patience.

Donald Trump, lui, martèle inlassablement le même message : nous vivons "le plus rapide et le plus fort redressement économique de l'histoire de notre pays", déclarait-il encore le 13 janvier, lors d'un meeting dans le Michigan.