
Des femmes passent devant un slogan de propagande promouvant l'unité ethnique en chinois et en ouïghour à Yarkant dans la région du Xinjiang, le 18 juillet 2023. © Pedro Pardo, AFP archives
Vers une "unité ethnique" de la Chine ? Pékin a en tout cas approuvé une loi en ce sens, jeudi 12 mars, suscitant des critiques des défenseurs des droits humains qui estiment ce texte délétère pour les langues et les cultures minoritaires dans le pays.
La nouvelle loi, adoptée par l'Assemblée nationale populaire chinoise (ANP), formalise désormais des politiques visant à promouvoir le mandarin comme "langue commune nationale" dans l'éducation, les affaires officielles et les lieux publics.
La cohésion sociale est l'objectif clé de cette nouvelle loi qui va criminaliser la participation à des "activités terroristes, des activités séparatistes ethniques ou des activités d'extrémisme religieux".
La loi indique être une "mesure significative" pour "renforcer la cohésion" au sein du pays qui, selon elle, fait face à des changements sociaux sans précédent.
La Chine, où l'ethnie largement majoritaire est celle des Hans, reconnait à l'intérieur de ses frontières 55 minorités qui rassemblent plusieurs centaines de langues et dialectes. Le gouvernement chinois est accusé depuis des décennies de mener des politiques visant à assimiler de force ces minorités à la majorité Han.
"Couper les liens des enfants avec leur identité, leur histoire et leur culture"
Dans certaines régions comme le Tibet ou la Mongolie intérieure, où vivent d'importants groupes ethniques minoritaires, des politiques gouvernementales ont déjà ordonné que le mandarin soit utilisé comme langue d'enseignement.
Yalkun Uluyol, chercheur dédié à la Chine à l'ONG Human Rights Watch, décrit la nouvelle loi comme un "changement radical" par rapport à une politique de l'ère de l'ancien dirigeant Deng Xiaoping, qui garantissait aux minorités le droit d'utiliser leurs propres langues.
Les établissements d'enseignement devront désormais utiliser le mandarin comme principale langue d'enseignement. Les adolescents seront désormais tenus d'avoir "une maîtrise de base" du mandarin à l'issue de la scolarité obligatoire.
Aucune langue minoritaire n'est spécifiquement mentionnée dans la nouvelle loi, mais elle affectera probablement les locuteurs ouïghours, mongols et tibétains.
"Ce n'est pas un hasard si la loi vise les espaces où les enfants sont le plus susceptibles de rencontrer leur langue maternelle", a déclaré à l'AFP Erika Nguyen, de l'association de défense de la liberté d'expression PEN America. "L'intention est de couper les liens des enfants avec leur identité, leur histoire et leur culture."
"La maîtrise du chinois devient un filtre pour l'accès à l'emploi"
Un rapport récent de PEN et du Southern Mongolian Human Rights Information Center (SMHRIC) indiquait que plus de 80 % des sites web en langue mongole en Chine avaient été "censurés ou interdits".
Exiger la maîtrise du mandarin dans la vie publique pourrait également limiter les opportunités professionnelles des locuteurs mongols, a déclaré le directeur du SMHRIC, Enghebatu Togochog, dans un communiqué.
"Sur le plan économique, cela marginalise les Mongols, puisque la maîtrise du chinois devient un filtre pour l'accès à l'emploi et à la promotion", a expliqué Enghebatu Togochog.
La loi précise également que ses dispositions peuvent s'appliquer en dehors des frontières de la Chine.
Tout en appelant à un "renforcement des liens" avec les communautés chinoises d'outre-mer, elle avertit aussi que les personnes en dehors de la Chine qui "se livrent à des activités sapant l'unité ethnique" ou incitant au "séparatisme ethnique" seront tenues légalement responsables.
Avec AFP
