
Une femme en deuil pleure lors des funérailles de trois membres de la Défense civile libanaise tués lors d'une frappe aérienne israélienne, dans la ville de Tyr, dans le sud du Liban, le 30 avril 2026. © Mahmoud Zayyat, AFP
Près de deux semaines après le cessez-feu annoncé par l'administration Trump, le Liban est toujours dans une situation critique. Les bombardements israéliens, qui se poursuivent sans relâche, ont encore fait 17 morts jeudi 30 avril, tandis que l'État hébreu continue à ériger une zone tampon inhabitable dans le Sud, affirmant vouloir protéger son territoire des attaques du Hezbollah pro-iranien.
"Les violations israéliennes persistent dans le Sud malgré le cessez-le-feu, ainsi que la démolition et le rasage de maisons et de lieux de culte, alors que le nombre des victimes grimpe de jour en jour", a dénoncé le président Joseph Aoun dans un communiqué.
Depuis le 2 mars, les opérations israéliennes au Liban contre le Hezbollah ont fait 2 500 morts et 1,2 million de déplacés, selon un bilan officiel. Des réfugiés qui se retrouvent du jour au lendemain sans emploi, sans maison, ni perspective d'avenir.

"Ces Libanais déplacés se retrouvent à la rue ou chez de la famille pour ceux qui ont le plus de chance. Le gouvernement a aussi ouvert des écoles pour les accueillir. Ce sont des personnes qui n'ont plus de maison ou n'y ont plus accès. Ils ont besoin de tout : de vêtements, de nourriture, de soins de santé...", détaille sur France 24 Sami Fakhouri, porte-parole de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.
Interrogé sur la mort de trois secouristes libanais mercredi dans une frappe israélienne, il rappelle qu'il est "très compliqué de travailler pour les humanitaires, c'est le cas dans tous les pays en crise mais particulièrement au Liban où deux volontaires de la Croix-Rouge ont perdu la vie en faisant leur travail, sans compter plusieurs blessés".
Un milliard de dollars pour faire face à l'urgence
Selon une étude publiée mercredi par des organisations onusiennes et le ministère libanais de l'Agriculture, plus d'un million de Libanais sont menacés d'insécurité alimentaire aiguë.
"Cette détérioration est due au conflit, au déplacement de personnes et aux pressions économiques", ajoute le rapport, qui prévient que la situation risque de s'aggraver.
Nombreux sont ceux qui "remplacent la viande par des pâtes et des pommes de terre. Tout est devenu trop cher [...]. Certaines terres agricoles ont été abandonnées et les circuits d'approvisionnement sont perturbés", explique notre correspondant Serge Berberi, qui rapporte plusieurs témoignages de Libanais. "Une mère de famille me confiait que 100 dollars ne suffisent plus à remplir un Caddie. Malgré la trêve, la crise humanitaire continue de s'installer dans le quotidien."
Déjà durement éprouvé par le conflit de 2024 et plongé dans un marasme économique, le Liban fait face à une équation financière insoluble avec des recettes qui diminuent et des besoins qui augmentent. Selon Bloomberg, les autorités ont donc sollicité un prêt d'urgence compris entre 800 millions et un milliard de dollars pour venir en aide aux personnes les plus durement touchées par le conflit.
Car pour le moment, malgré les sollicitations effectuées auprès des institutions financières internationales et des pays amis, le compte n'y est pas. Comme l'explique RFI, le montant de l'aide internationale reste très inférieur aux 720 millions de dollars obtenus lors du précédent conflit avec Israël.
Pour parer au plus pressé, les autorités envisagent de revoir les priorités budgétaires. Des prêts déjà accordés pour des projets d'infrastructures pourraient être réorientés tandis que le gouvernement a freiné la hausse des salaires dans la fonction publique.
"Le sort des Libanais n'est pas entre leurs mains"
Sur le terrain, l'espoir d'une paix durable semble mince. Jeudi, Donald Trump a annoncé des négociations directes entre le Liban et Israël "d’ici deux semaines", fruit des réunions préparatoires qui se sont tenues à Washington entre les ambassadeurs israélien et libanais.
"Le Liban est à un tournant. Son peuple a l'occasion historique de reprendre en main son pays et de forger son avenir en tant que nation véritablement souveraine et indépendante", a fait valoir l'ambassade américaine à Beyrouth sur X, appelant à une rencontre directe Aoun-Netanyahu. "Le temps des hésitations est révolu", estime-t-elle.
Mais le gouvernement libanais a posé plusieurs conditions à ces discussions directes, notamment la cessation des attaques israéliennes ou encore le retrait israélien de tous les territoires occupés et l’abandon de la "zone tampon" dans le Sud, rappelle L'Orient-Le Jour.
Sur le terrain politique, le fossé se creuse entre le président libanais, décidé à mener ces négociations, et le Hezbollah, qui s'y oppose et entend poursuivre ses attaques contre Israël. Une fracture qui complique tout règlement durable de la crise libanaise.
"Ce pays, au moment où nous nous parlons, est au bord de la guerre civile. Le sujet, c'est : comment les autorités libanaises peuvent être accompagnées pour faire respecter la paix et pour que les Libanais puissent enfin vivre en paix", a estimé mardi sur BFMTV la ministre française des Armées, Catherine Vautrin.
"Le problème est que nous n'avons pas réussi jusqu'à présent à édifier un État digne de ce nom et à insulariser le Liban des guerres des grands axes régionaux", commente sur France 24 Karim-Émile Bitar, professeur à Sciences Po et à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth. "Il y a un tel déchaînement de folie et de violences à l'échelle internationale que nous pourrions être entraînés dans ce tourbillon. Ne minimisons pas le risque [de guerre civile, NDLR], mais continuons [...] à essayer de restaurer un État impartial et suffisamment solide pour résister à toutes les agressions, d'où qu'elles viennent."
