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Ce que l'on sait du drame ferroviaire survenu en Espagne
Témoignages de passagers, premiers soins aux blessés, identification des victimes décédées, causes du déraillement... Au lendemain de la collision entre deux trains à grande vitesse dans le sud de l'Espagne, la garde civile s'affaire à la recherche et l'identification des victimes, tandis que rien n'explique pour l'instant qu'un tel drame ait pu survenir.
Des pompiers et membres de la garde civile espagnole sur les lieux de la collision meurtrière entre deux trains, près d'Adamuz, en Andalousie, le 19 janvier 2026. © Susana Vera, Reuters

Le bilan est lourd, les causes encore inconnues. Deux trains à grande vitesse sont entrés en collision après le déraillement de l'un d'eux, dans la soirée du dimanche 18 janvier, près de la ville andalouse d'Adamuz, dans le sud de l'Espagne.

L'unité d'urgence de l'armée a été déployée sur le terrain pour venir en aide aux secours et un hôpital de campagne a été dressé non loin de l'accident dont le bilan humain – au moins 39 morts comptabilisés lundi matin – pourrait encore s'alourdir. France 24 fait le point sur ce que l'on sait de cette catastrophe ferroviaire.

Un déraillement et une violente collision

Une violente collision a eu lieu dimanche à 19 h 45 (18 h 45 GMT) près d'Adamuz, à environ 200 km au nord de Malaga, entre un train Iryo (un opérateur de transport ferroviaire privé) à destination de Madrid, qui a déraillé et s'est déporté sur la voie parallèle, et un autre train de la Renfe, la compagnie nationale espagnole – mais exploitée sous le nom commercial Alvia –, circulant dans l'autre sens et en direction, lui, de Huelva (sud).

Les deux derniers wagons du train Iryo ont déraillé et percuté les deux premiers wagons de l'autre train, les projetant "hors des rails", tant la violence du choc était forte, selon les information du ministre espagnol des Transports, Oscar Puente, qui précise que ces voitures ont dévalé un talus d'environ quatre mètres.

Plus de 500 personnes voyageaient à bord des deux trains impliqués dans l'accident : 317 sur le train Iryo Malaga-Madrid et 187 sur le train Alvia Madrid-Huelva. Le train Iryo avait subi sa dernière inspection quatre jours auparavant.

Maria José Gomez, qui voyageait dans la voiture 3 du train Alvia Madrid-Huelva, l'une de celles qui ont "le moins souffert", raconte au journal local Diario de Huelva que tout s'est passé soudainement. "Je discutais avec un collègue et nous avons senti de légères turbulences. Soudain, nous avons ressenti une secousse très violente. Le train avait déraillé."

Après l'impact, l'intérieur du wagon était envahi par la poussière, les cris et un chaos indescriptible, poursuit-elle. "Tout le monde hurlait ; on ne comprenait pas ce qui se passait. Les tables étaient arrachées, tout était sens dessus dessous."

"On se serait cru dans un film d'horreur", raconte à la chaîne espagnole La Sexta Lucas Meriako, un passager qui se trouvait à bord de la voiture numéro 5 du train Iryo. Selon lui, les passagers ont ressenti des secousses sur la voie qui se sont intensifiées après qu'un autre train les a dépassés. "Tout s'est mis à vibrer beaucoup plus fort, il y a eu un choc très violent à l'arrière et (on a eu) l'impression que tout le train allait se disloquer", poursuit-il, ajoutant que "de nombreuses personnes ont été blessées par des éclats de verre".

Ce que l'on sait du drame ferroviaire survenu en Espagne
Des membres de la garde civile espagnole, ainsi que d'autres membres des services d'urgence, travaillent à côté de l'un des trains impliqués dans l'accident, sur le site d'un déraillement mortel de deux trains à grande vitesse près d'Adamuz, en Espagne, le 19 janvier 2026. © Susana Vera, Reuters

Sur les réseaux sociaux, une passagère – qui se trouvait également dans la voiture 5 du train Iryo et précise que celui-ci a déraillé à partir de la voiture 6 – raconte que le train aurait commencé à effectuer des mouvements étranges "dix minutes après son départ".

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Sur ces mêmes réseaux se multiplient depuis dimanche soir des avis de recherche postés par des utilisateurs sans nouvelles d'un parent, de neveux ou d'une amie qui se trouvaient à bord de l'un des trains impliqués dans la collision.

Au moins 39 morts, un accès difficile aux victimes

Selon un bilan qui pourrait encore s'alourdir, au moins 39 personnes ont perdu la vie dans l'accident et l'on dénombre 152 blessés.

Parmi les 48 blessés toujours hospitalisés, 12 se trouvent dans différentes unités de soins intensifs de la ville de Cordoue. Cinq enfants figurent parmi les personnes admises, tous à l'hôpital Reina Sofia de Cordoue, dont un en soins intensifs, selon les services d'urgence andalous.

Le conducteur du train Alvia, âgé de 27 ans, figure parmi les victimes, rapporte El Pais.

Le directeur général des pompiers de Cordoue, Paco Carmona, a expliqué que ses équipes ont secouru des personnes souffrant de "coupures, contusions, fractures ouvertes" et qu'un "enchevêtrement de débris métalliques" a entravé l'accès aux victimes voyageant dans les wagons les plus touchés.

La solidarité des habitants d'Adamuz, au secours des victimes

Au milieu des débris métalliques, des cris et de l'incertitude, le journal local Cordoba relate comment une ville entière – Adamuz – s'est mobilisée avec ferveur, transformant la peur en solidarité, les maisons en abris et des voisins anonymes en secouristes improvisés.

"Au début, il n'y avait quasiment pas de personnel médical", raconte Raquel, témoin direct des premières heures.

L'un des habitants de la ville, Gonzalo, raconte au journal être monté dans le train avec un collègue pour porter secours aux victimes. Des images qui le hante. "On découvre des choses qu'on ne veut pas voir… Des victimes partout. C'est horrible. Vraiment terrible."

Alors, rapidement, la ville s'est mobilisée : certains prêtant leur voiture pour transporter les victimes, d'autres fournissant couvertures, vêtements chauds, bouteilles d'eau, trousses de premiers secours, paroles rassurantes... En attendant l'arrivée des renforts, Adamuz a géré l'urgence de ses propres mains.

Ce que l'on sait du drame ferroviaire survenu en Espagne
Les personnes touchées par la collision mortelle entre deux trains sont transférées et soignées à la Caseta Municipal de la ville d'Adamuz, près de Cordoue, le 18 janvier 2026. © Alex Gallegos, Reuters

Plus tard, la municipalité de Cordoue a ouvert un centre en partenariat avec la Croix-Rouge, afin d'offrir hébergement et soutien aux personnes soignées et sorties de l'hôpital à la suite de la catastrophe ferroviaire d'Adamuz. Le centre restera opérationnel jusqu'au retour des personnes concernées dans leurs lieux d'origine ou de destination, selon des sources municipales.

Des bureaux ouverts pour accélérer l'identification des victimes décédées

"Tous les survivants ont été évacués, mais il est très difficile de savoir s'il reste des corps", même si "c'est possible", a déclaré Alvaro Fernandez Heredia, le directeur de la compagnie ferroviaire Renfe, rejoignant ainsi les propos d'autres autorités, car "les deux premières voitures du train Renfe, un Alvia, sont complètement détruites" et l'accès est "très compliqué".

Des bureaux spéciaux ont été ouverts par la garde civile espagnole à Cordoue, Madrid, Séville, Malaga et à Huelva, afin de faciliter l'identification des victimes de la catastrophe ferroviaire. Cette initiative vise à centraliser le prélèvement d'échantillons d'ADN et à accélérer le processus d'identification des défunts.

Selon le commandement de la garde civile de Huelva, une équipe spécialisée est mobilisée pour coordonner le processus d'identification dans les plus brefs délais. Un appel a donc été lancé aux familles des personnes disparues ou portées disparues à bord de l'un des trains impliqués dans l'accident, les invitant à se présenter aux bureaux désignés.

Selon le gouvernement régional, le train Alvia en direction de Huelva a été le plus durement touché.

Le président du gouvernement régional andalou, Juanma Moreno, a averti lundi que le processus d'identification des victimes de l'accident sera "difficile et complexe" et ne pourra donc pas être mené rapidement.

Les causes de l'accident, encore inconnues

"Le temps nous le dira", a déclaré lundi le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, concernant les raisons du drame, qui ne sont pour l'instant pas connues. Il a promis une "transparence absolue" sur les causes de l'accident.

Ce que l'on sait du drame ferroviaire survenu en Espagne
Le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez, s'adresse à la presse après la catastrophe ferroviaire survenue en Andalousie, le 19 janvier 2026 à Adamuz, en Espagne. © Cristina Quicler, AFP

Il a également décrété trois jours de deuil national, à compter de minuit lundi et jusqu'à minuit jeudi.

"Je tiens à saluer la coopération institutionnelle du gouvernement régional et du conseil provincial, ainsi que celle de tous les habitants d'Adamuz et des communes voisines, qui ont œuvré dès le début avec la solidarité caractéristique du peuple andalou", a-t-il déclaré.

Le bureau de la procureure générale de l'État espagnol, Teresa Peramato, a de son côté annoncé qu'il "travaille déjà activement" dans le but de "clarifier les circonstances et les causes de ce regrettable accident qui a choqué la société espagnole", rapporte Huelva Informacion.

Pas de freinage d'urgence déclenché, une voie et des trains "en parfait état"

S'adressant à la radio Cadena SER, le président de la Renfe, Alvaro Fernandez Heredia, a déclaré qu'"il semble que l'intervalle de temps entre le croisement de deux trains en sens inverse ait été de 20 secondes". Un délai qui, selon lui, a empêché l'activation du système de sécurité des voies qui, normalement, "lorsqu'un obstacle se trouve sur la voie, bloque l'alésage, interrompant la circulation et déclenchant un freinage d'urgence".

Il s'agit d'un accident survenu dans des circonstances étranges et "le pire que nous puissions faire maintenant est de spéculer", a-t-il par ailleurs déclaré.

Alvaro Fernandez Heredia a demandé que la Commission d'enquête sur les accidents ferroviaires (Ciaf) puisse mener son enquête, soulignant qu'il s'agit d'un organisme indépendant auquel Iryo et Renfe "communiquent toutes les informations nécessaires".

"Des techniciens de la Ciaf étaient déjà déployés ici hier", a-t-il précisé, ajoutant qu'à son avis, il ne pourrait y avoir de "réponse définitive" concernant leur enquête "avant que plusieurs jours ne se soient écoulés".

Le fait que l'accident se soit produit sur une portion de voie rectiligne, où la vitesse est limitée à 250 km/h – alors que les trains circulaient respectivement à 205 et 210 km/h – suggère, selon Alvaro Hernandez Heredia, qu'il ne s'agissait pas d'un problème de vitesse excessive.

De plus, celui-ci a indiqué que la voie avait été réparée en mai 2025 et "devrait être en parfait état", tout en étant équipée d'un système de sécurité et de signalisation LZB (contrôle de vitesse linéaire), qui "prévient essentiellement les erreurs humaines".

Par conséquent, selon lui, "il doit s'agir d'une défaillance du matériel roulant ou de l'infrastructure".

Le réseau ferroviaire à grande vitesse espagnol est le plus grand d'Europe et le deuxième au monde après celui de la Chine, avec 3 622 km de voies, selon l'Adif, établissement public espagnol chargé de gérer le réseau ferroviaire.

En 2024, environ 10 millions de personnes ont emprunté la ligne à grande vitesse reliant Madrid à l'Andalousie, selon l'autorité espagnole de la concurrence (CNMC).

L'Espagne a ouvert le réseau ferroviaire à la concurrence privée en 2020 dans le but d'offrir des alternatives à bas prix aux trains Ave de Renfe.