
Les États-Unis sont désormais certains que les forces de Bachar al-Assad ont utilisé des armes chimiques en Syrie. La "ligne rouge" franchie, la Maison Blanche a donc décidé de fournir une assistance militaire directe à l’opposition syrienne.
Vendredi, le secrétaire général de l'Otan, Anders Fogh Rasmussen, a estimé qu'il était urgent que le gouvernement syrien accorde un accès aux inspecteurs de l'ONU pour qu'ils enquêtent sur toutes les informations faisant état d'utilisation d'armes chimiques.
Rasmussen a également salué la "déclaration claire des États-Unis" mais n'a pas évoqué de possible réponse spécifique de l'Otan, qui a déployé des batteries de missiles antimissiles en Turquie. Par le passé, il a cependant répété que l'Alliance atlantique n'avait pas l'intention d'intervenir militairement dans la guerre civile en Syrie.
La "ligne rouge" a été franchie en Syrie. Après des mois d’enquête, l’administration Obama a acquis la certitude que les forces de Bachar al-Assad avaient utilisé – et utilisent toujours – des armes chimiques pour contrer les rebelles en Syrie. La Maison Blanche a annoncé jeudi qu’elle octroierait une "assistance militaire directe à l’opposition syrienne".
"Au terme d’un examen mûrement réfléchi, nos services de renseignement sont arrivés à la conclusion que le régime d’Assad avait utilisé contre les opposants des armes chimiques, y compris du gaz sarin, à petite échelle mais à de multiples reprises l’an dernier", a expliqué à la presse Ben Rhodes, conseiller du président américain à la sécurité nationale, précisant qu’entre 100 et 150 personnes avaient été victimes d’attaques à l’arme chimique, "un bilan probablement incomplet".
Les conclusions des enquêteurs américains ont été confirmées jeudi soir par Londres, qui a indiqué détenir de plus en plus de preuves de l’utilisation d’armes chimiques par les forces gouvernementales syriennes.
"Besoin d’armes sophistiquées"
"Obama avait dit que l’emploi d’armes chimiques changerait la donne et c’est le cas", a poursuivi le conseiller du président. Jusqu’à présent, la Maison Blanche apportait une aide non létale à l’insurrection. Mais ces derniers temps, les pressions américaines et étrangères en faveur d’un soutien militaire aux rebelles syriens se faisaient de plus en plus pressantes. D’autant que depuis quelques semaines, l’armée régulière syrienne, appuyée par des combattants chiites du Hezbollah libanais, multiplie les victoires contre les rebelles.
Aider l’insurrection à combattre Assad sans pour autant armer les milices d’Al-Qaïda qui œuvrent en Syrie est désormais le principal défi des Occidentaux. Des responsables européens et américains doivent rencontrer ce vendredi en Turquie Salim Idriss, le commandant en chef de l’Armée syrienne libre (ASL), principale force combattante rebelle sur le terrain. Ils estiment qu’un soutien à ces troupes serait le meilleur moyen de contrer l’influence croissante de groupes radicaux liés à Al-Qaïda.
Les insurgés, faiblement armés, assurent avoir besoin "de grandes quantités d’armes et de munitions, d’armes antiaériennes et d’armes sophistiquées". George Sabra, à la tête de la Coalition nationale syrienne (CNS), a exprimé le souhait de voir livrées des "armes antichars et antiaériennes" aux rebelles.
itUne zone d’exclusion aérienne en question
Selon le "Wall Street journal", l’armée américaine recommanderait en outre la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne le long de la frontière jordanienne, une zone sécurisée permettant aux réfugiés de s’abriter et aux rebelles de s’entraîner. La sécurité de la zone serait assurée par des avions américains stationnés en Jordanie.
Une recommandation appuyée par le républicain John McCain, mais pour l’heure, aucune décision n’a encore été prise par l’administration américaine sur ce point. L’influent sénateur a également plaidé en faveur de la livraison d’armes lourdes : "Il est temps d'agir de façon décisive, a-t-il déclaré jeudi. Nous avons besoin d'armes lourdes capables de s'en prendre aux chars, et nous avons besoin de missiles sol-air [...] La seule chose qui changera l'équation sur le champ de bataille est la destruction de la capacité aérienne [du régime Assad] et l'établissement d'une zone sûre" d'exclusion aérienne.
Depuis le début de la guerre civile en Syrie, en mars 2011, plus de 93 000 personnes ont perdu la vie, dont 6 500 enfants, a affirmé l’ONU, dans un dernier rapport soulignant une intensification des combats et une forte augmentation du nombre de morts enregistrés chaque mois dans le pays.