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Quelques jours avant le scrutin organisé par le Conseil français du culte musulman (CFCM) pour désigner ses délégués régionaux, le 8 juin, l'une des principales organisations a annoncé, jeudi, son retrait de l'élection.

Nouveau coup dur pour le Conseil français du culte musulman (CFCM). Les responsables de l’organisation cultuelle sont à nouveau dans la tourmente. Quelques jours avant le vote du samedi 8 juin, qui doit permettre d’élire les délégués régionaux du CFCM, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF), l'une des trois principales fédérations de mosquées de France, proche des Frères musulmans, a annoncé son retrait du scrutin.

L’origine de la discorde remonte aux accords conclus en février par toutes les fédérations musulmanes. Pour éviter qu’une campagne électorale ne vienne diviser les musulmans et apporter de la concurrence entre les différentes fédérations de musulmans de France, les délégués des régions devaient être désignés au préalable, au terme de négociations, indépendamment de leur représentativité numérique sur le territoire. Chaque fédération devait alors pouvoir prendre la tête d’une région sans que soit pris en compte le nombre d’adhérents dont elle dispose. Les élections devenaient alors purement une validation administrative.

"Logique comptable"

Mais cet accord n’a pas été respecté, selon l’UOIF. Cette dernière, l'une des trois

Les trois principales fédérations musulmanes de France

- L’UOIF, a été créée en Meurthe-et-Moselle en mars 1983. Elle ne reçoit officiellement aucune aide financière étatique mais une part de son financement (12 %) provient de donateurs du Moyen-Orient.

- La Grande Mosquée de Paris, (GMP) est une fédération proche des Algériens. Elle a été créee à l'initiative de la Société des Habous et Lieux Saints de l’Islam.

- Le Rassemblement des musulmans de France, (RMF) est un mouvement proche des Marocains. Créé le 13 janvier 2006, le RMF entend "contribuer à faire émerger un islam modéré, tolérant et respectueux des lois de la République, un islam du juste milieu".
 

grandes fédérations, qui ne compte dans ses rangs que 300 délégués nationaux votants sur les 3460 existants, n’a pas obtenu le tiers des régions qu’elle réclamait lors des discussions préalables. Pour ses représentants, la fédération a toutefois une réelle importance sur le terrain même si le nombre de ses adhérents n’est pas important. "Nous déplorons le climat actuel du CFCM qui verse une nouvelle fois dans une logique comptable sans tenir compte de la diversité, ni de l’alternance", tempête Fouad Alaoui, l’actuel président de l’UOIF.

Malgré les critiques qui pèsent sur la tenue du scrutin, le président sortant du CFCM, Mohammed Moussaoui, issu des rangs du Représentant de l'islam marocain (RFM) n’a pas souhaité pour autant renoncer à cette élection. "L’absence de l’UIOF au scrutin est préjudiciable car le but de la CFCM est de travailler en toute collégialité", déplore son chef. "Mais on ne se retire pas d’une élection à quelques jours de son échéance parce que l’on n’obtient pas suffisamment d’élus. Le CFCM ne peut pas être l’otage d’une fédération", poursuit-il dans un entretien accordé à FRANCE 24.

Le CFCM discrédité ?

Le boycott va-t-il discréditer le CFCM ? Le retrait de l’UOIF a lui seul ne peut pas à ce point peser dans la balance, à en croire Mohammed Moussaoui. "Nous avons connu des cas similaires par le passé. De 2008 à 2013, la Mosquée de Paris ne faisait plus partie du CFCM, cela ne l’a jamais empêchée de fonctionner correctement", explique l’actuel président de l’organisation cultuelle.

Il n’empêche que l’UOIF n’est pas la seule à faire défection. Des grandes mosquées, comme celles de Saint-Étienne, d'Évry, de Lyon ou encore de Picardie, ont également annoncé leur intention de bouder le scrutin. Toutes dénoncent la non-application de la réforme du CFCM qui les condamne à ne jamais pouvoir faire partie des instances dirigeantes car elles ne pèsent pas assez lourd en nombre d’adhérents.

Le taux de participation du scrutin s’annonce, par ailleurs, particulièrement faible. Seules un peu plus de 30 % des mosquées (contre 80 % en 2003) auraient déclaré leur intention d’y participer, selon les premiers comptages réalisés par les commissions électorales régionales. Un désintérêt qui s’explique autant par l'absence d'enjeu du scrutin, - décidé d’avance - que par les divergences exprimées par les opposants au CFCM.

Divergences politiques

Des dissensions plus profondes d’ordre politique existent. "Nous n’avons pas forcément le même regard sur la place de l’islam en France", indique le président de l’UOIF. Et d’ajouter : "la véritable question est de savoir si nous voulons un islam indépendant ou un islam politique, lié aux intérêts des États". L'UOIF défend la première option car elle ne dépend d'aucun pays.

Au vu des nombreuses divergences, le CFCM sait qu’il doit pourtant se rassembler, comme le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, l’a d’ailleurs demandé à maintes reprises, pour avancer sur de nombreuses questions comme la viande halal, par exemple.