
Mokhtar Belmokhtar a "supervisé" lui-même les attaques perpétrées jeudi au Niger, a affirmé le porte-parole de son mouvement, les signataires par le sang. Si son implication est avérée, elle mettrait un terme aux spéculations concernant sa mort.
Mokthar Belmokhtar était donné pour mort depuis plus de deux mois par les autorités tchadiennes. Photo à l'appui, N'Djamena avait annoncé, en mars dernier, qu'il avait été tué dans le massif des Ifoghas, dans le nord du Mali. Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a toujours démenti cette information. Finalement, le djihadiste algérien Mokhtar Belmokhtar dit le "Borgne" refait parler de lui en étant présenté comme le cerveau du double attentat perpétré, jeudi 23 mai, au Niger et qui a fait une vingtaine de morts.
Les forces spéciales françaises ont mené l'assaut vendredi matin à Agadez, dans le nord du Niger, contre des terroristes qui s'étaient retranchés jeudi avec des otages dans une base militaire.
Selon un premier bilan donné par Jean-Yves Le Drian, le ministre français de la Défense, deux des djihadistes sont morts au cours de l'opération.
"C'est Belmokhtar qui a supervisé lui-même les plans d'opération des attaques" qui ont "visé les forces d'élite françaises assurant la sécurité des installations de la firme nucléaire (Areva) et une base militaire nigérienne", a déclaré jeudi le porte-parole de son groupe, les signataires par le sang, cité par l'agence mauritanienne en ligne Alakhbar. Cette figure redoutée de la nébuleuse islamiste n'a cependant fait aucune déclaration suite à ces attaques.
Selon El-Hassen Ould Khlil, alias "Jouleibib", "plus d'une dizaine de combattants ont participé à ces attaques", menées conjointement selon lui avec le groupe djihadiste Mouvement pour l'unicité et le djihad en Afrique de l'Ouest (Mujao) qui avait auparavant revendiqué les attentats. Il a également précisé que l'opération avait été nommée du nom d'Abou Zeid, un des dirigeants d'Aqmi, tué fin février dans le massif des Ifoghas par l'armée française qui intervient depuis le 11 janvier au Mali aux côtés d'armées africaines contre les groupes djihadistes.
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Électron libre
Mokhtar Belmokhtar, un Algérien de 40 ans, marié à une notable touareg du Mali, sévit depuis une quinzaine d’années au Sahel. En 1991, à l’âge de 19 ans, il part en Afghanistan pour suivre une formation de moudjahidin auprès d’Al-Qaïda. C’est à cette époque qu’il perd un œil après avoir reçu un éclat d’obus, ce qui lui vaut l’un de ses innombrables surnoms : "Laouer" ("le borgne").
À son retour en Algérie en 1993, il prend part à la guerre civile aux côtés des islamistes en rejoignant le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) qui deviendra en 2007 Al-Qaïda au Maghreb islamique. Responsable de plusieurs assassinats de douaniers et de gardes-frontières, il est condamné à mort par la justice algérienne en 2008 pour meurtre puis en 2012 pour actes de terrorisme. Demeurant l’un des rares vétérans de l’Afghanistan à ne pas avoir été tué pendant la guerre civile algérienne, il gagne le respect d’Al-Qaïda qui le place, par la suite, à la tête de "l’émirat du Sahara", zone d’opération d’Aqmi dans le sud de l’Afrique du Nord.
Trafics de cigarettes, de drogues, d’armes, de migrants… Mokhtar Belmokhtar, surnommé localement "Mister Malboro", s’illustre également dans la contrebande depuis 1995. Une activité particulièrement lucrative qui lui permet de rester indépendant tout en étant utile à Al-Qaïda qu’il fournit en véhicules et en armement. Cette manne financière, il l'utilise également pour convaincre les Touareg, établis dans des zones pauvres, de se rallier à sa cause, bien qu’ils ne soient pas forcément salafistes.
Spécialiste des enlèvements d'Occidentaux
Associé au GSPC d'Abderazak el-Para, il participe en 2003 à la prise d'otages de 17 motards allemands et autrichiens dans le sud du Sahara. D’après la télévision allemande, les touristes ont été libérés à l'époque contre une rançon de 5 millions d'euros. Mokhtar Belmokhtar décide alors de s’installer au Mali, passant de la contrebande au très juteux business des rapts. On lui attribue notamment la prise d’otages de quatre Français en Mauritanie en 2011, ainsi que celui des deux jeunes Français Antoine de Léocour et Vincent Delory. Enlevés au Niger en janvier 2011, ils furent exécutés lors d’une tentative de libération menée par les forces spéciales de l’armée française.
En décembre 2012, Mokhtar Belmokhtar annonce sa rupture avec Aqmi dans une vidéo. Il crée alors sa propre brigade, Al-Mouthalimin ("les signataires par le sang"), et opère principalement dans le nord du Mali et en Mauritanie. Ayant gagné en autonomie vis-à-vis du commandement d’Aqmi, il fait ensuite cavalier seul pour la plupart de ses opérations. Son coup de maître qui finit d’achever sa réputation et en fait un spécialiste de l’enlèvement d’Occidentaux : la prise d'otages de 41 ressortissants étrangers sur le site gazier d’In Amenas, dans le sud-est de l’Algérie. Au total, 38 personnes furent tuées lors de l’assaut donné par l’armée algérienne. Reste à confirmer s'il est bien également responsable de la double attaque au Niger.