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Un poilu raconte son quotidien lors de la guerre 14-18 sur... Facebook

Le Musée de la Grande Guerre de Meaux a lancé une initiative originale pour faire connaître la vie des "poilus" de 14-18. Un faux compte Facebook a été créé, où Léon Vivien raconte son quotidien de jeune soldat en texte et en photos.

Comme tous les utilisateurs de Facebook, Léon Vivien a une photo de profil. Un cliché en noir et blanc, où cet instituteur porte fièrement une cravate et une moustache taillée de près. Chaque jour, il poste des photos, parle de ses musiques préférées et répond aux commentaires de ses amis. Un jeune homme presque ordinaire, si ce n’est qu'il est né le 10 septembre 1885.

Rendre l'histoire vivante

L’illusion est presque parfaite, mais ce compte a été créé de toute pièce le 11 avril par le Musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux. Léon Vivien est un personnage fictif qui se trouve plongé dans la guerre de 14-18. Son premier "post" daté du 28 juin 1914 est d’ailleurs consacré à l’attentat de Sarajevo, le déclencheur de la Grande Guerre. "L’archiduc François Ferdinand assassiné !", écrit-il dans son statut.

En racontant la vie de ce jeune soldat, "Facebook 1914" apporte au public une nouvelle approche de la Première Guerre mondiale. "On utilise un média d’aujourd’hui pour parler d’événements qui se sont déroulés, il y a 100 ans. C’est un moyen de rendre l’histoire vivante", explique à FRANCE 24 Michel Rouger, le directeur du musée. "On essaye aussi de trouver un nouveau public, plus jeune. Pour une fois, on autorise les élèves à aller sur Facebook à l’école !"

La guerre en direct

Jour après jour, comme si le réseau social avait existé en 1914, ce Parisien décrit son quotidien, ses inquiétudes ("Bon sang, les Allemands seraient tout près de Paris. En à peine un mois ! Comment est-ce possible ?"), sa mobilisation ("Apte au service armé. Cette fois, le médecin ne m'a pas trouvé trop chétif"), jusqu’à ses premiers instants sur le front ("Aujourd'hui on a vu notre premier Allemand, ou plutôt ce qu'il en restait : un calot gris sur une croix noire"). Il poste aussi des affiches ou des journaux de l’époque, annonce la mort de Jean Jaurès ou encore montre les objets de son paquetage.

Pour coller parfaitement à la réalité, chaque mot ou anecdote a été contrôlé par l’historien Jean-Pierre Verney. "L’agence de publicité DDB qui a écrit l’histoire de Léon me l’a ensuite envoyée pour vérifier que tout correspond bien à la chronologie historique. J’ai aussi fait des observations sur le vocabulaire. En 1914 par exemple lors de la déclaration de guerre, on n’utilisait pas le terme 'Boche' pour désigner les Allemands mais plutôt Prussiens. Boche n’est apparu que vers la fin de l’année 1914", souligne ce spécialiste reconnu de la Grande Guerre.

 Un lien avec le monde actuel

Sur cette page Facebook, la femme et les amis de Léon Vivien commentent également ses dernières nouvelles. "Ne vas pas te faire tuer sottement ! Il y a un petit dans mon ventre qui aura besoin de son père !", s’inquiète son épouse Madeleine qui est enceinte. "Il y a tellement de gars tombés devant l’ennemi qu’il faut bien y aller", constate avec philosophie l’un de ses cousins.

Les internautes du XXIe siècle sont eux aussi invités à réagir directement. À chaque nouveau "post", Léon reçoit des dizaines de messages d’encouragement ou des questions sur son quotidien. "Je suis bluffé par la manière dont les gens se sont appropriés l’histoire. Il y a un vrai respect de cette mémoire. Il y a aussi un lien avec le monde actuel. C’est ce qu’on essaye d’expliquer aux scolaires. Le monde dans lequel nous vivons découle aussi de la Grande Guerre et de ses conséquences", constate Michel Rouger.

L’histoire à la mode

Depuis le lancement de ce site, le jeune poilu a déjà comptabilisé plus de 30 000 amis. Un engouement qui n’étonne pas l’historien Jean-Pierre Verney : "Je vois un intérêt de plus en plus important autour de 14-18. Il y a eu ces dernières années la disparition des derniers poilus et il y aura bientôt les commémorations du centenaire. Il y a aussi une passion pour la généalogie. Beaucoup de gens cherchent des informations sur leurs ancêtres. C’est quelque chose d’intime qui touche à la famille".

Malgré son succès, ce projet a une durée de vie limitée. Le dernier post est prévu pour la fin du mois de mai. "On ne pouvait pas faire cela sur quatre ans, ce n'était pas réaliste. On aurait lassé les gens à un moment donné", justifie le directeur du musée, qui n'a rien laissé filtrer sur le destin du jeune soldat.