
Le gouvernement publiera, ce lundi, le détail des déclarations de patrimoine de ses 37 ministres sur son site Internet. Une mesure censée rétablir la confiance auprès de l'opinion publique après le scandale de l'affaire Cahuzac.
Pas tous pourris ? Dans un souci de transparence à la suite du scandale Cahuzac, les 37 membres du gouvernement Ayrault dévoileront, ce lundi après-midi, leurs déclarations de patrimoine sur le portail du gouvernement "www.gouvernement.fr". Une mesure voulue par le président François Hollande à l’aube d’un projet de loi de moralisation de la vie publique qui sera présenté le 24 avril.
Avant même cette publication, certains ministres avaient pris les devants, la semaine dernière, à l'instar d'Arnaud Montebourg (Redressement productif), Marie-Arlette Carlotti (Lutte contre l'exclusion), ou des deux ministres écologistes Cécile Duflot (Logement) et Pascal Canfin (Développement).
Arnaud Montebourg a ainsi déclaré, dans Le Monde daté du 10 avril, être notamment "nu-propriétaire à 50 % d'une place de parking souterrain située avenue du Maréchal-Foch à Dijon, d'une valeur inconnue, qu'[il tient] en succession de [son] père". "J'ai une 407 Peugeot de 2007 et un fauteuil Charles Eames que j'ai acheté pour 28 000 francs", précise-t-il.
Sa collègue, Marie-Arlette Carlotti s’est déclaré propriétaire, entre autres, de deux appartements, l'un à Marseille, l'autre en Haute-Corse, ainsi que d'une maison dans l'Hérault, d'une valeur totale de 565 000 euros. Selon sa déclaration, Cécile Duflot dispose, quant à elle, d'une maison dans les Landes ainsi que de deux voitures, une Twingo et une 4L.
Cependant, ce grand déballage suscite la controverse jusque dans la majorité.
"Voyeurisme" ? "Course à la pauvreté" ?
La critique la plus remarquée est venue du président PS de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone. Selon ce dernier, "déclarer, contrôler, sanctionner, c'est de la transparence" alors que "rendre public, c'est du voyeurisme".
Les présidents des groupes PS à l'Assemblée et au Sénat, Bruno Le Roux et François Rebsamen, sont eux aussi opposés à toute "publication sauvage" des patrimoines, qui devraient être seulement déclarés à une Haute-autorité et dévoilés sous conditions.
Dans les rangs de l'opposition, la mesure ne fait pas non plus l'unanimité. Pour l'ex-ministre UMP, Luc Chatel, le chef de l'État risque de jeter "l'opprobre" sur la classe politique pour masquer le fait qu'il y avait un "voyou" au PS.
La présidente du Front national, Marine Le Pen, a, pour sa part, ironisé, dimanche, sur la "course à la pauvreté" qui tenterait certains politiques.
Car, au-delà des membres du gouvernement, d’autres politiques ont été contaminés par ce désir de montrer pâte blanche, tels François Fillon et Laurent Wauquiez. "Même si je ne suis pas enthousiaste à cette idée, la transparence sur le patrimoine des hommes politiques étant pratiquée dans 24 pays sur 27, il faudra bien y passer", a commenté dimanche François Fillon au Grand Rendez-Vous Europe1/i-Télé/Le Parisien.
Plus de six Français sur dix estiment nécessaire la publication du patrimoine des hommes politiques, même si sept sur dix seraient indifférents s'ils apprenaient qu'un ministre ou un député était très riche, selon un sondage IFOP dans le Journal du Dimanche.
Avec dépêches