logo

Les femmes de soldats français montent au front en se dénudant

Pour protester contre le retard du versement des soldes de milliers de militaires, leurs épouses ont relancé la page Facebook "Un paquet de Gauloises en colère" créée il y a un an. Elles prennent la pose, à moitié nues, pour défendre leurs hommes.

"Quand la France a besoin de toi, tu y vas, mais quand elle ne te paie pas, on fait quoi ?" Les femmes de soldats français en ont plein le dos. Plein le dos que leur conjoint, militaires au sein de l’Armée de Terre, n’ait plus touché un centime depuis des mois. Plein le dos de Louvois, ce logiciel défectueux chargé de centraliser le système des paies interarmées, à l’origine de ces erreurs de comptabilité.

Elles ont donc décidé de prendre les devants. Exit la méthode douce des manifestations et des marches pacifiques "qui n’ont servi à rien" et place à la méthode choc : la nudité. En s'exposant à moitié nu, le dos recouvert d’un message, sur une page Facebook intitulée "Un paquet de Gauloises en colère", elles espèrent frapper un grand coup et alerter l’opinion publique sur leurs situations financières "désastreuses".

"Pour Noël, c’est eau et pain sec. Joyeux Noël papa, on t’aime" peut-on lire sur le dos de l’une d’elles. "Vivre dignement, est-ce trop demander à l’État ? Qu’on te paye ton dû régulièrement", peut-on déchiffrer sur une photo.

Lancé il y a un an, mais sans grand succès, le mouvement "Un paquet de Gauloises en colère" connaît aujourd'hui une nouvelle vie. "À cette époque, peu de militaires étaient touchés par le dysfonctionnement de Louvois. Mais, depuis le mois d'octobre 2012, les victimes du logiciel se sont multipliés, la page a pris de l’ampleur, beaucoup d’ampleur", confie Virginie, une photographe, femme de militaire, contactée par FRANCE 24 et qui a contribué à l’élaboration de la page.

En quelques mois, les membres se sont en effet multipliés. Au 13 novembre, la page comptait plus de 17 000 adhérents. Parmi eux, de simples soutiens, mais surtout - et sans surprise - de nombreuses concubines, exaspérées par la situation. "Certaines n’ont pas les moyens de régler leurs factures ou leur loyer. J’ai même donné des vêtements de bébé à une femme parce qu’elle n’a pas les moyens d’en acheter !", confie Virginie.

Détail cocasse, l’idée de faire poser ces femmes dénudées et de dos est partie d’un homme. Un ancien militaire qui s’est inspiré d’une campagne américaine similaire dans laquelle des femmes de GI posent nues contre les blessures de guerre de leurs conjoints. "On s’est dit, ‘nous aussi on peut faire la même chose’", explique Virginie.

La page, victime de son succès, n’est pas vraiment du goût des autorités. Se mettre à nu, c’est aussi se mettre à dos les autorités. "On a subi des pressions de là-haut, on nous a demandé de retirer la page parce qu’elle portait atteinte à l’image de l’armée", continue la jeune photographe. "Mais nous ne comptons pas céder à leurs intimidations. Nous, les femmes de militaires, nous ne sommes pas tenues au devoir de réserve. Nous avons le droit de manifester notre colère, le droit de ne pas être anonyme", ajoute-t-elle. C’est d’ailleurs pour cette raison que Virginie n’a pas posé sur Facebook. "J’assume mes paroles, je ne veux pas me cacher. Je ne montre pas mon dos, quand j’ai quelque chose à dire, je préfère regarder mon interlocuteur droit dans les yeux."