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Google menace de retirer les journaux français de son moteur de recherche

Dans un courrier adressé au gouvernement français, Google menace de ne plus référencer les sites de presse hexagonaux si le projet de taxe visant à faire payer des droits d’auteur aux agrégateurs d’informations était adopté.

Après les “pigeons”, c’est un aigle royal américain qui s’en prend au gouvernement

Aurélie Filippetti, "Ce n'est pas avec des menaces qu'on traite avec un gouvernement"

Aurélie Filippetti, la ministre de la Culture et de la Communication, a déclaré jeudi à l'AFP que ce n'était "pas avec des menaces qu'on trait(ait) avec un gouvernement", en réaction à un courrier de Google à l'exécutif menaçant de ne plus référencer les médias français.

"Je suis un peu surprise par le ton de cette correspondance, qui s'apparente à une menace. Ce n'est pas avec des menaces qu'on traite avec un gouvernement démocratiquement élu", a déclaré la ministre à l'AFP.

"Aujourd'hui, des sites qui agrègent des contenus comme Google utilisent aussi la notoriété des éditeurs de presse, ainsi que ce qu'ils produisent. Il est donc légitime que les éditeurs de presse s'interrogent sur la manière dont il faut faire participer ceux qui diffusent leur contenu à leur financement", a-t-elle expliqué.
(AFP)

français. Jeudi 18 octobre, Google a menacé l’Hexagone de mesures de rétorsion en cas d’adoption de la fameuse "lex Google", une taxe visant à faire payer des droits d’auteur aux agrégateurs d’informations.

Dans une missive adressée à plusieurs ministères, et dont a eu connaissance l’AFP, le géant de l’Internet explique qu’il pourrait être contraint de ne plus référencer les contenus des médias français sur son moteur de recherche ainsi que sur Google Actualités.
Google en arriverait à une telle extrémité si le gouvernement décide d’adopter une taxe visant à forcer les moteurs de recherche à verser des droits - appelés droits voisins - en cas d'utilisation indirecte de leurs travaux. En clair, cette mesure, défendue par le Syndicat de la presse quotidienne (SPQ), obligerait le géant américain à payer les médias à chaque fois qu’un internaute cliquerait sur un lien renvoyant vers un article de presse français.
Une proposition qui a été reprise, mercredi, par la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, devant la commission des Affaires culturelles de l'Assemblée nationale. Pour le groupe américain, “l'ambition de ce texte est d'interdire le référencement non rémunéré. Une telle loi aboutirait à limiter l'accès à l'information, à réduire le nombre de sites français référencés sur Internet mais aussi à freiner l'innovation”.
Précédents belge et allemand
La France n’est pourtant pas le premier pays à envisager une telle mesure. En 2011, Google avait pendant plusieurs jours déréférencé les sites des journaux belges alors que ces derniers demandaient depuis plusieurs années d’être rémunérés en droits d’auteur pour des reprises dans Google Actualités.
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La réaction de Olivier Esper, Directeur des relations institutionnelles de Google France
Le cabinet de Fleur Pellerin recevra vendredi des représentants de Google France

La ministre déléguée à l'Economie numérique, Fleur Pellerin, n'a quant à elle pas arrêté sa décision. Ses conseillers rencontreront vendredi des représentants de Google France.

"Google ne peut accepter que l'instauration d'un droit voisin pour le référencement de sites de presse français mette en cause son existence même et serait en conséquence contraint de ne plus référencer les sites français", lit-on dans la lettre.(AFP)

Mais l’idée française s’inspire directement d’un projet de loi allemand adopté début septembre 2012 par le gouvernement et qui oblige tous les moteurs de recherche à rémunérer les médias en fonction des liens indexés sur le service Actualités. Bien qu’il n’ait toujours pas été approuvé le Parlement allemand, le projet suscite un vif débat outre-Rhin. Les détracteurs de la mesure craignent que la rémunération tirée des activités de Google ne renforce, au final, la dépendance des sites d’information au géant de l’Internet. Pour l’heure, l’intéressé n’a pas menacé de désindexer les sites d’information et s’est contenté d’arguer qu’une telle mesure “limiterait l’accès à l’information”.

"Nous pensons qu'une loi, telle que celles proposées en France et en Allemagne, serait très dommageable pour Internet. Ce n'est pas un secret, cela fait maintenant trois ans que nous le disons publiquement", a réagi Google France, interrogé par FRANCE 24.
En France, le moteur de recherche n’est pas seulement menacé par cette “lex Google” mais aussi par un amendement au projet de loi de finances 2013 qui prévoit d’instaurer une taxe sur la publicité en ligne. Un tel impôt, s’il était adopté, s’attaquerait au cœur de métier du géant de l’Internet qui tire plus de 90 % de ses revenus de la publicité.