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Correspondant de FRANCE 24 en Argentine – Trois meurtres survenus en 15 jours relancent le débat sur la peine de mort en Argentine. Vingt-cinq ans après son abolition dans le pays, plusieurs stars soutiennent ouvertement sa réintroduction.
C’est l’assassinat de son coiffeur qui a tout déclenché. Quand elle apprend que Gustavo a été poignardé dans sa maison par trois délinquants, Susana Gimenez (photo), l’égérie blonde de la télévision argentine, appelle les journalistes. Derrière ses lunettes noires, visiblement sous le choc, elle lance : "Finissons-en avec les droits de l’Homme et toutes ces stupidités. Celui qui a tué doit mourir !"
Impact immédiat
Dans un pays où les meurtres, les enlèvements et les faits divers sont présentés à grand renfort de détails sanguinolents dans les journaux télévisés, ces déclarations ont fait l’effet d’une bombe. Sans connaître une explosion de ses chiffres, l’insécurité est devenue la principale préoccupation des Argentins. Un raz-le-bol qui s'explique, en partie, par la jeunesse des agresseurs et la violence des faits constatés. "Ils n’ont plus de code", analyse un commissaire.
Pour Susana, diva du peuple, il est temps de revenir à la peine de mort, abolie en 1984 dans le pays. Dans les jours qui suivent ses déclarations, 8 000 personnes débattent, sur Facebook, dans des groupes de discussion. La plupart des intervenants sont en faveur de la peine capitale.
Tous les journaux se prennent progressivement au jeu et vont demander aux autres stars leur opinion sur la question. Les peoples emboîtent alors le pas à la pulpeuse Susana. Les déclarations sont parfois virulentes, comme celle du chanteur et acteur de tango, Cacho Castaña : "Celui qui viole un enfant mérite-t-il un procès ? Moi, si on fait du mal à ma famille, je sors mon flingue". À côté, Michel Sardou, l’auteur de la chanson "Je suis pour", paraît bien tendre.
Sandro, un vieux chanteur aussi populaire que Johnny Hallyday explique, lui, non sans paradoxe : "Moi, je suis contre la peine de mort, parce que je suis catholique. Mais ne soyons pas hypocrites, ceux qui tuent doivent mourir". Enfin, même le "père" du rock argentin, Luis Alberto Spinetta, lâche : "Je ne suis pas pour la peine de mort, mais certains méritent une balle dans la tête."
Manifestation nationale
Derrière le slogan "Y’en a marre de l’insécurité", tous se donnent rendez-vous le 18 avril pour marcher "jusqu'à la place". Comprendre : la place de Mai, lieu mythique des rencontres hebdomadaires des mères des disparus durant la dernière dictature. Ces icônes nationales, qui ont toujours lutté pour que justice soit faite dans leur pays, apprécient modérément ce nouvel élan en faveur de Guillotin.