
La célèbre actrice syrienne May Skaf a provoqué une polémique en ligne après avoir apostrophé Hassan Nasrallah, le puissant leader du Hezbollah libanais. Elle l'accuse de soutenir Damas au détriment du peuple syrien.
"Je veux dire au sayyed Hassan Nasrallah [le secrétaire général du Hezbollah libanais, NDLR] qu'il retire ses 'chabbiha' [fidèles au régime syrien, NDLR] de Syrie ou qu'il me rende mon argent." En rédigeant cette phrase sur une page Facebook, le 20 février dernier, la célèbre actrice et comédienne syrienne May Skaf a déclenché une vaste polémique en ligne. Visiblement ulcérée par le soutien indéfectible du Hezbollah au régime syrien qui réprime dans le sang un soulèvement populaire depuis 11 mois, l’actrice n’a pas hésité à apostropher publiquement le leader chiite.
Elle lui a notamment rappelé l’accueil chaleureux qu’elle avait réservé en Syrie aux réfugiés libanais originaires de la banlieue sud de Beyrouth, l'un des principaux bastions du Hezbollah, qui avaient fuit les bombardements israéliens, lors de la guerre de l’été 2006. May Skaf, qui affirme avoir récolté à l’époque près de 100 000 livres syriennes (1 500 euros) pour venir en aide à ces réfugiés, exige donc de Hassan Nasrallah le remboursement de cette somme ou le retrait de ses "chabbiha". Régulièrement, des manifestants syriens accusent le parti chiite de participer à la répression en Syrie et de renforcer les rangs des forces de sécurité du régime. Des accusations qui ont toujours été balayées d’un revers de main par le parti de Dieu.
Débat en ligne
Quasi instantanément, des internautes majoritairement pro-régime s’en sont pris aux propos de May Skaf, l’accusant sur les réseaux sociaux et différents forums de discussions de "traîtrise" et de "bassesse". À l’image de la division qui règne dans le pays, d’autres ont préféré appuyer cette prise de position et saluer l’audace de l’actrice qui vit à Damas. Cette dernière s’était déjà attirée la sympathie des opposants au régime, notamment en juillet dernier, quand elle avait été détenue pendant quelques jours pour avoir manifesté avec d’autres artistes à Damas contre le pouvoir. Adoubée par le camp anti-régime, elle a vu son portrait rejoindre la série commémorative intitulée "Timbres de la Révolution syrienne" qui rend hommages aux figures et aux martyrs du soulèvement.
Habituellement peu enclin à répondre à des attaques verbales émanant de civils, le Hezbollah, apparemment agacé par le retentissement médiatique de "l’affaire May Skaf", n’a pas tardé à réagir. Plusieurs médias arabes ont en effet rapporté que Hassan Nasrallah avait demandé à l’un de ses proches conseillers de procéder au remboursement de l’actrice.
"Je ne veux pas qu'on me rende quoi que ce soit", a précisé de son côté cette dernière dans un entretien accordé à la chaîne satellitaire d’informations arabophone Al-Arabiya basée à Dubaï. Et de conclure : "cet argent devrait être donné aux réfugiés syriens au Liban [plusieurs milliers de Syriens se sont réfugiés au Liban depuis mars 2011, NDLR]. C'est le moins que le Hezbollah puisse faire pour notre peuple".