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Rose Kabuye mise en examen pour "complicité d'assassinats"

Rose Kabuye, une proche du président rwandais Kagame, a été mise en examen par la justice française dans l'enquête sur l'attentat contre l'avion du président Habyarimana en 1994. Elle a été libérée sous contrôle judiciaire.

Lire la réaction d'un habitant de Kigali sur notre site des Observateurs : "Kigali manifeste contre l'extradition vers la France de Rose Kabuye".

Rose Kabuye, une proche du président rwandais, a été mise en examen mercredi à Paris pour complicité d'assassinats en relation avec une entreprise terroriste dans l'enquête sur l'attentat contre le président Habyarimana en 1994, dossier qui empoisonne les relations entre Paris et Kigali.

Transférée en début d'après-midi d'Allemagne vers la France, Mme Kabuye, 47 ans, a été mise en examen par le juge Marc Trévidic pour complicité d'assassinats et association de malfaiteurs, le tout en relation avec une entreprise terroriste, selon une source judiciaire.

Sa mise en examen lui confère accès aux éléments de l'enquête des juges français ouverte en 1998.

Le parquet a requis sa remise en liberté sous contrôle judiciaire. Le juge a cependant la possibilité de saisir dans la soirée le juge des libertés et de la détention (JLD) pour statuer sur une éventuelle incarcération.

Selon des sources proches du dossier, son incarcération serait très mal perçue à Kigali, où les manifestations les plus importantes depuis le génocide se sont déroulées mercredi.

Ces chefs de mise en examen correspondent à ceux qui avaient été notifiés dans le mandat d'arrêt international lancé à son encontre et contre huit autres Rwandais en novembre 2006 par son prédécesseur Jean-Louis Bruguière.

Responsable du protocole du président rwandais Paul Kagame après avoir été major dans l'Armée patriotique rwandaise (APR), la rébellion tutsie au début des années 1990, Rose Kabuye avait été arrêtée le 9 novembre à l'aéroport de Francfort, sur la base d'un mandat d'arrêt émis par la France.

Les juges antiterroristes français la soupçonnent d'avoir pris part à l'attentat le 6 avril 1994 contre l'avion de l'ancien président rwandais, Juvénal Habyarimana, signal déclencheur d'un génocide qui a fait selon l'ONU environ 800.000 morts, essentiellement parmi la minorité tutsie.

L'attentat avait fait douze morts, dont les trois Français de l'équipage, élément sur lequel la justice française fonde sa compétence.

En novembre 2006, le juge Bruguière avait émis des mandats d'arrêt, ayant valeur d'inculpation, contre neuf proches de Paul Kagame, soupçonnés d'être impliqués dans cet attentat.

Dans la foulée, Kigali avait rompu ses relations diplomatiques avec Paris, déjà extrêmement tendues depuis le génocide, le Rwanda accusant la France de complicité avec les auteurs des massacres.

L'arrestation puis la remise aux autorités françaises a donné lieu à d'importantes manifestations au Rwanda organisées, selon le gouvernement rwandais, par des associations de la société civile.

A Kigali et dans d'autres villes , des dizaines de milliers de manifestants scandant "libérez notre chère Rose" ont sillonné les rues pour "dénoncer l'Allemagne et la France".

Paul Kagame avait dénoncé des accusations "sans fondement" contre Mme Kabuye et laissé planer la menace de "mises en accusation" de personnalités françaises mises en cause par Kigali pour leur rôle présumé dans le génocide.

Le président rwandais a, par ailleurs, déclaré lundi que la présentation de Mme Kabuye devant la justice française allait permettre que "l'abcès soit crevé". "La question sera résolue, d'une façon ou d'une autre", a-t-il ajouté.

L'arrestation de Mme Kabuye intervient au moment où les juges s'apprêtaient à boucler l'enquête. Plusieurs sources proches du dossier considèrent qu'avec l'accès au dossier dont elle va bénéficier, elle serait en fait un "cheval de Troie" de Kigali.