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Les détectives privés, élément charnière de la défense de DSK

Mis en accusation dans une affaire de crimes sexuels, l’ex-patron du FMI Dominique Strauss-Kahn organise sa défense. Son avocat, Benjamin Brafman, a fait appel à des détectives privés pour discréditer le témoignage de la plaignante.

L’embauche de l’avocat des stars, Benjamin Brafman, par Dominique Strauss-Kahn a été largement médiatisée. Mais l’ancien patron du FMI, inculpé pour crimes sexuels par l'employée d’un hôtel Sofitel de New York, dispose d’autres moyens pour appuyer sa défense : les détectives privés, une pratique courante pour les clients fortunés.

L’homme politique français, en difficulté face à la justice, a fait appel à la société Guidepost Solutions, une agence qui travaille en étroite collaboration avec M. Brafman, selon le New York Times.

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"La défense va faire planer le doute sur la plaignante"
Les détectives privés, élément charnière de la défense de DSK

Cette société, qui propose les services de détectives privés, est une référence dans le milieu. Elle compte parmi ses dirigeants un ancien patron de la division criminelle du bureau du procureur de New York, un ex-chef de la sécurité du géant de l’informatique IBM et un ancien procureur fédéral qui a opéré au sein du United States Secret Service, l’organe chargé d’assurer la sécurité du président américain et d’autres personnalités importantes.

Traquer le moindre faux-pas

Le rôle de cette "armée" d’enquêteurs privés est simple : trouver des éléments susceptibles de discréditer le témoignage de la plaignante. Dans les prochaines semaines, le passé de la jeune femme va être fouillé dans les moindres détails. Chaque éventuel petit écart sera répertorié, décrypte Lawrence Frost, détective privé interrogé par France 24 : "Battez-vous vos enfants ? Avez-vous déjà volé du pain ? Avez-vous déjà trompé votre mari ? Ce qu’ils vont essayer de montrer, c’est qu’elle peut mentir et qu’elle l’a déjà fait dans le passé. Ce qui peut amener les jurés à penser qu’elle le fait dans cette affaire et qu’elle a intérêt à le faire…"

Un simple doute pourrait être suffisant pour faire basculer l’Affaire, puisque pour que DSK soit déclaré coupable, il faut que les douze jurés soient unanimement convaincus de sa responsabilité.

Son passé judiciaire sera également passé au crible, explique, au micro de France 24, Matthiew Galluzzo, un ex-procureur devenu avocat spécialisé dans le droit pénal : "[Ils vont] regarder si elle a déjà déposé de fausses plaintes par le passé. Peut-être a-t-elle déjà porté abusivement plainte pour viol avant. Peut-être a-t-elle même l’habitude de porter de fausses accusations. Cela s’avèrerait vraiment utile. [Et ils vont aussi essayer] de trouver si elle a raconté une autre version des faits à certains témoins."

Contre-expertise et remise en cause des analyses ADN

Le rôle de Guidepost Solutions ne se cantonnera pas à fouiller les antécédents de la plaignante. Ils auront aussi pour mission de remettre en cause la validité des preuves matérielles présentées par l’accusation.

Les rapports établis par le laboratoire de médecine légale du procureur seront étudiés, puis des experts seront chargés de proposer des contre-expertises remettant en cause la véracité des analyses. Sur ce point, Guidepost Solutions dispose d’une division spécialisée dans les tests ADN.

Les détectives pourront également requérir l’accès à la suite de l’hôtel où DSK séjournait au moment des faits présumés et tenter de remettre en cause des éléments du rapport médico-judiciaire établi par l’accusation.

Une arme véritable de dissuasion

Ce mode opératoire, propre au système américain, repose sur un fonctionnement de la justice très différent du modèle français. En France, le système est dit "inquisitoire" : un juge d’instruction décide de la mise en examen du prévenu, puis, à l’issue d’une enquête à charge et à décharge, il étudie son renvoi devant un tribunal.

Aux États-Unis, le système est dit "accusatoire". Le procureur est chargé de rassembler les éléments qui mettent en lumière l’éventuelle culpabilité de la personne. C’est à la défense qu’il incombe de prouver que son client est innocent.

Dans ce cadre, l’ensemble des pièces obtenues par les détectives privés ne seront pas nécessairement présentées devant le tribunal. Si les recherches s’avèrent fructueuses, Benjamin Brafman pourra également les employer dans le cadre d’une négociation avec l’accusation pour - par exemple - obtenir du procureur l’abandon de certaines charges.

Le dispositif, parfois efficace, n’est pourtant pas systématique en raison d’un coût pour le moins prohibitif : au moins 1 500 dollars la journée pour un seul détective privé haut de gamme. Et les honoraires peuvent même atteindre, dans certains cas, 700 dollars de l’heure selon certains spécialistes.

La défense de DSK pourrait, selon ces chiffres, atteindre un budget faramineux de plusieurs centaines de milliers de dollars.