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Le parquet allemand doute de la mort du nazi Aribert Heim

Le parquet allemand qui traque les criminels nazis a déclaré ne pas être convaincu par les propos du fils d'Aribert Heim qui affirmait mercredi que son père, l'un des criminels nazis les plus recherchés au monde, était mort en 1992 en Égypte.

AFP - La police allemande donnait du crédit jeudi à la mort probable du criminel nazi le plus recherché au monde, le "Boucher de Mauthausen" Aribert Heim, mais le parquet spécialisé semblait trouver le dossier trop parfait.

La police criminelle du Bade-Wurtemberg avait indiqué mercredi que l'enquête commune des journalistes de la deuxième chaîne de télévision publique allemande ZDF et du New York Times selon lesquelles Aribert Heim serait mort en Egypte en 1992 "recoupaient" ses propres informations.

Elle affirme se fonder sur "des informations sérieuses", "en provenance de l'entourage personnel" du "Boucher de Mauthausen", dont elle disposerait depuis le début de la semaine.

"Je ne le croirai que quand les restes du corps auront été identifiés", a toutefois déclaré à l'AFP Joachim Riedel, numéro deux du Parquet allemand spécialisé dans la traque des criminels nazis.

"Je reste sceptique tant que (la mort du criminel nazi) n'aura pas été certifiée par une autorité officielle", a-t-il ajouté. M. Riedel a estimé envisageable que de "fausses pistes" aient été sciemment lancées.

Jusqu'à présent, la justice privilégiait l'hypothèse d'une fuite en Espagne ou en Amérique du Sud de Heim, accusé d'avoir tué et torturé des centaines de détenus, surtout des Juifs, du camp de concentration autrichien de Mauthausen.

Ses doutes sont renforcés par son expérience des traques d'autres criminels nazis lors desquelles de fausses traces avaient été laissées.

Pour exclure tout doute sur le décès de Heim, qui aurait aujourd'hui 93 ans et a disparu depuis 1962, la police criminelle allemande compte demander aux autorités judiciaires égyptiennes une autorisation pour rechercher les restes de son cadavre.

De son côté, l'enquête de la ZDF et du New York Times se fonde notamment sur le témoignage du fils du tortionnaire nazi, Rüdiger Heim, qui a déclaré aux journalistes que son père s'était "éteint le jour de la fin des jeux Olympiques (de Barcelone en 1992), tôt le matin".

Heim serait décédé à 78 ans d'un cancer de l'intestin, le 10 août 1992 au Caire.

Les journalistes affirment également avoir retrouvé dans l'attaché-case de l'ancien nazi "plus d'une centaine de documents" établissant "sans aucun doute possible" l'identité du fugitif.

Le directeur de l'antenne israélienne du Centre Simon Wiesenthal spécialisé dans la traque des criminels nazis, Ephraïm Zuroff, s'est lui aussi voulu prudent dans l'attente de preuves de la mort de Heim.

Il a qualifié mercredi de "sérieuses" les informations de ZDF, mais a souligné "l'intérêt" que pourraient avoir certains "à accréditer" la thèse d'un décès.

Ephraïm Zuroff soupçonnait en juillet 2008 qu'Aribert Heim était vivant, réfugié dans le sud du Chili ou de l'Argentine.

En 2007, un colonel israélien, Danny Baz, soutenait déjà dans un livre qu'Aribert Heim était mort, exécuté en 1982 par une organisation clandestine, "La Chouette", une affirmation jugée invraisemblable par le Centre Wiesenthal.

Visé par un mandat d'arrêt international émis par l'Allemagne, Heim faisait l'objet d'une traque planétaire, avec à la clé une récompense de 315.000 euros.

Au fil des ans, sa trace avait été repérée en Argentine, en Egypte, mais aussi en Uruguay ou en Espagne, selon le Centre Wiesenthal. Son fils a évoqué sur ZDF des refuges en France et au Maroc.