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Les manifestants et l’opposition accroissent la pression sur la monarchie

La contestation se radicalise à Bahreïn où un millier de manifestants ont rendu un dernier hommage à l'un des leurs tué la veille lors d'affrontements avec les forces de l'ordre. De nouvelles manifestations sont prévues en fin de semaine.

Bahreïn traverse sa troisième journée de révolte, ce mercredi. Plusieurs milliers de manifestants chiites sont réunis dans le cœur de la capitale, Manama. Inspirés par les soulèvements populaires tunisien et égyptien qui ont conduit aux départs de Zine el-Abidine Ben Ali et d'Hosni Moubarak, ils réclament des réformes sociales et politiques, ainsi que la démission du Premier ministre, cheikh Khalifa ben Salman al Khalifa, au pouvoir depuis 1971.

Place des martyrs

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"Un tournant du mouvement qui prend de l'ampleur"

"Sur place, l’ambiance est assez festive. Les rangs des manifestants sont composés d’hommes, de femmes et d’enfants. Beaucoup d’entre eux entendent rester mobilisés jusqu’à ce que leurs revendications soient entendues", précise Nathalie Gillet, envoyée spéciale de FRANCE 24. En début d’après-midi, les manifestants ont rendu un dernier hommage à l'un des leurs, tué la veille, lors d'affrontements avec les forces de l'ordre. La victime a perdu la vie en marge des funérailles d'un autre manifestant, mort pendant les troubles de lundi.

Rebaptisée dans un premier temps "place Tahrir" en référence à la place du Caire, la place de la Perle, où une dizaine de tentes ont été dressées, est désormais appelée par les opposants "place des martyrs", en hommage aux deux victimes. Très mobilisés, les internautes ont appelé à une journée de manifestations vendredi. Sur Twitter, @emoodz affirme avec enthousiasme que "le nombre des manifestants est bien plus important que la veille".

Craignant d’être débordé par le mouvement de contestation, "le roi a multiplié ces derniers jours les gestes de bonne volonté à l’égard de la population, en maintenant la gratuité des biens de première nécessité, le versement d’une allocation de 1 000 dinars (2 000 euros) par famille et en promettant d'étendre la liberté de la presse", souligne Nathalie Gillet. Mardi, dans une allocution télévisée, le roi Hamad ben Isa al Khalifa a présenté ses condoléances aux familles des victimes et promis qu'une commission d’enquête ferait le jour sur les circonstances de leur décès.

L’opposition boycotte le Parlement

Des initiatives qui ne semblent pas avoir contenté les habitants du seul pays du Golfe peuplé d'une majorité de chiites (70 %), mais gouverné par une dynastie sunnite. "Les évènements actuels ont pris une nouvelle tournure depuis que l’opposition est venue appuyer politiquement les revendications des manifestants, la pression sur la monarchie a pris du poids", analyse pour FRANCE 24 Mansour al-Jamri, rédacteur en chef du quotidien d’opposition bahreïni "Al-Wassat".

En effet, les 18 élus de l'opposition issus de l’association Al-Wefaq, les partis politiques étant interdits, ont annoncé mardi qu'ils se retiraient du Parlement pour protester contre les violences des deux derniers jours. Mercredi, le chef de l'opposition chiite à Bahreïn, cheikh Ali Salmane, a réclamé l'établissement d'une "monarchie constitutionnelle" dans laquelle le Premier ministre serait "élu" par le peuple. "Ils affirment qu’ils ne reviendront qu’après l’instauration de la monarchie constitutionnelle, approuvée par référendum le 14 février 2001, mais restée lettre morte jusqu’ici", explique Mansour al-Jamri.

Monde arabe : les raisons de la révolte

En demandant la mise en place d’une monarchie constitutionnelle, "l’opposition démontre qu’elle respecte la légitimité de la famille royale à gouverner le pays et qu’elle n’appelle pas à son renversement", poursuit celui-ci.

Reste que la mobilisation n’est pas prête de faiblir. L'association Al-Wefaq a annoncé que sept groupes de l'opposition chiite, libérale et de gauche, organiseraient samedi à Manama "une marche de soutien" aux protestataires campant place de la Perle. De leur côté, les internautes ont appelé à une journée de manifestations, vendredi.

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FOCUS du mercredi 16 février consacré au BAHREIN

Tags: Chiites, Bahreïn,