
Laurent Gbagbo refuse toujours de quitter le pouvoir malgré l'intensification des pressions internationales. Le président français a rappelé les menaces de sanctions européennes qui pèsent sur lui s'il ne cède pas son poste d'ici dimanche.
L'isolement diplomatique de Laurent Gbagbo est désormais quasi total. Pourtant, ce dernier a réaffirmé vendredi soir qu'il était le président élu de Côte d'Ivoire, soldant l'échec d'une nouvelle mission de médiation de l'Union africaine (UA). Le camp d'Alassane Ouattara, président reconnu par la Commission électorale indépendante (CEI) et par la communauté internationale, appelle, quant à lui une nouvelle fois le peuple à rester "mobilisé" jusqu'au départ de Laurent Gbagbo.
Vendredi, une délégation de l'Union africaine (UA), conduite par le président de la Commission africaine, Jean Ping, s'est rendue à Abidjan pour discuter avec les deux rivaux. Au cours d'un long entretien de près de deux heures avec Laurent Gbagbo, Jean Ping lui a remis un courrier signé par Goodluck Jonathan, chef de l'Etat nigérian et président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao), réitérant les appels de la communauté internationale à ce qu'il quitte le pouvoir.
"Cette mission de Jean Ping était présentée par certains, en coulisses, comme la mission de la dernière chance, explique Cyril Vanier, l'un des deux envoyés spéciaux de FRANCE 24 à Abidjan. Mais elle s'est soldée par un échec. En fin de journée, Laurent Gbagbo a répété qu'il était le président élu."
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"Gbagbo contrôle les leviers du pouvoir"
En dépit des pressions accentuées de la communauté internationale, celui-ci n'a jusqu'à présent pas infléchi sa stratégie. "Sur le terrain, c'est toujours lui qui est le maître du jeu, explique Cyril Vanier. L'armée lui est restée fidèle, il contrôle la radio-télévision ivoirienne (RTI). Son adversaire politique, Alassane Ouattara, peut difficilement sortir de son quartier général, l'Hôtel du Golf. Laurent Gabgbo contrôle tous les leviers du pouvoir sur place ; c'est certainement pour cela qu'il reste hermétique aux pressions internationales."
La communauté internationale a en effet considérablement renforcé les sanctions et menaces de sanctions à son égard après les affrontements meurtriers de jeudi en marge d’une manifestation des partisans d’Alassane Ouattara. Laurent Gbagbo est désormais dans une situation de quasi isolement diplomatique.
Vendredi, le président français Nicolas Sarkozy a déclaré que Laurent Gbagbo et son épouse Simone seraient "nommément" visés par des sanctions européennes s'il ne quittait pas son poste "d'ici à la fin de la semaine". L'Union européenne (UE) a également haussé le ton, exhortant l'armée ivoirienne à se placer sous l'autorité du "président démocratiquement élu" Alassane Ouattara.
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Le département d'État américain s'est lui dit prêt "à imposer des sanctions ciblées (…) contre le président Gbagbo, sa famille immédiate et le cercle de ses proches s'il devait continuer à revendiquer illégitimement le pouvoir". Plus tôt, des sources diplomatiques américaines avaient déclaré que Laurent Gbagbo disposait "d'un temps limité" pour céder le pouvoir à son rival.
Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a estimé que le maintien au pouvoir de Laurent Gbagbo conduirait à une "parodie de démocratie". Dans la soirée de vendredi, la Cédéao (Communauté économique des états d'Afrique de l'ouest) s’est également positionnée en demandant par écrit à Laurent Gbagbo de transférer "immédiatement" le pouvoir au "président élu" Alassane Ouattara.
Depuis le début de la crise post-électorale qui secoue la Côte d’Ivoire, le camp d’Alassane Ouattara accuse la Radio-Télévision ivoirienne (RTI) d’être acquise à la cause de Laurent Gbagbo. Les proches du président proclamé par la Commission électorale indépendante (CEI) étayent leurs accusations en expliquant que le site internet de la RTI ne donne que la composition du gouvernement de Laurent Gbagbo et que la chaîne est la seule source d’informations dans le sud du pays depuis que les médias internationaux y ont été interdits. Par la voix du nouveau ministre de la Communication du gouvernement Aké N'Gbo, Gnonzié Ouattara, qui s’est exprimé sur RFI, le camp Gbagbo rétorque que, "depuis très longtemps, les radios et télévisions du nord et de l’ouest font campagne pour Ouattara, alors que la RTI a fait un travail équitable durant la campagne présidentielle".
Ouattara appelle à "rester mobilisé"
Sur le terrain, le climat reste très tendu. Samedi, Charles Blé Goudé, leader des Jeunes patriotes et ministre de le Jeunesse du gouvernement de Laurent Gbagbo, a appelé le peuple "à s'apprêter à livrer le combat". "Nous allons défendre la dignité et la souveraineté de notre pays jusqu'à la dernière goutte de notre sueur. [...] On va libérer totalement notre pays. La récréation est terminée !", a-t-il déclaré alors qu'un rassemblement des Jeunes patriotes doit se tenir ce samedi après-midi dans le quartier de Yopougon, à Abidjan.
De son côté, après l'échec d'une nouvelle tentative de marche sur la RTI ce vendredi, le camp d'Alassane Ouattara a appelé les Ivoiriens "à rester mobilisés jusqu'au départ de Laurent Gbagbo".
"On a l'impression que la stratégie d'Alassane Ouattara se décide au jour le jour, détaille Karim Hakiki, envoyé spécial de FRANCE 24 à Abidjan. C'est une guerre de position qui se joue entre les deux camps, une guerre d'usure, une guerre des nerfs."
Après les manifestations des partisans d'Alassane Ouattara jeudi, qui ont fait une trentaine de morts dans la capitale économique et une cinquantaine de blessés, Guillaume Soro, son Premier ministre, avait appelé à de nouvelles marches vendredi en direction du siège de la RTI et de celui de la Primature. Mais les Ivoiriens n'ont pu sortir de chez eux, en raison d'un strict patrouillage des rues d'Abidjan par les forces de l’ordre fidèles à Laurent Gbagbo.
"L’armée ne tolère aucun rassemblement, il y a très peu de voitures sur les routes, la présence militaire et les barrages filtrants sont très importants", rapportait Cyril Vanier dans la journée.
Dans la soirée, des centaines de personnes ont toutefois participé à un rassemblement à Bouaké, fief de l'ancienne rébellion situé dans le centre du pays, appelant au départ de Laurent Gbagbo. Jeudi, des heurts avaient opposé des membres de Forces nouvelles (FN) de Guillaume Soro aux forces loyalistes dans le centre du pays, autour de la zone dite de confiance entre le Nord et le Sud, pour la première fois depuis 2006.
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