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Les salaires, victimes et causes de la crise mondiale

Un rapport de l’OIT, publié mercredi, démontre le lien entre crise et pression salariale partout dans le monde. Mais le marasme économique a aussi permis à certains pays, comme la Chine, de rattraper leur retard.

La crise économique n’a pas seulement fait grossir les rangs des chômeurs un peu partout dans le monde. Elle a également eu un fort impact sur les salaires conclut dans un rapport, publié mercredi, l’Organisation internationale du travail (OIT).

Cette organisme international spécialisé dans l’analyse du marché du travail a décortiqué les données produites par 115 pays ces trois dernières années. Principal constat : l’augmentation moyenne des salaires s'est contractée de 2,7 % en 2007 à 1,6 % en 2009.

Ce sont les pays dits "avancés" (Europe de l’Ouest et Amérique du Nord essentiellement) qui ont connu la pire traversée du désert. En effet, c’est le seul groupe d’États où en 2008, au début de la crise, les salaires ont diminué (-0,5%).

Sans surprise, l’Asie, emmenée par la locomotive chinoise, a largement été épargnée par cette pression sur les rémunérations. Les salaires y ont connu une croissance annuelle continue de l’ordre de 7 % entre 2006 et 2009. "Le contraste est d’autant plus saisissant si on regarde l’évolution sur dix ans, puisque les salaires en Asie ont plus que doublé alors que dans les pays avancés ils n’ont progressé que de 5 %", précise Patrick Belser, auteur du rapport et économiste à l’OIT.

Effet domino

Mais les salaires ne sont pas seulement les victimes de la crise. La stagnation salariale existait déjà avant, et pour l’OIT, elle a même contribué à précipiter la crise. "Aux Etats-Unis, la stagnation des salaires a poussé la Réserve fédérale à baisser ses taux pour stimuler l’emprunt, ce qui a créé une bulle", explique Patrick Belser. Et lors de l’éclatement de la crise des subprimes, tout ce château de cartes s’est effondré.

Pire : l’effet domino a joué à plein, entraînant dans la crise d’autres pays qui n’avaient pas misé sur les salaires pour prospérer. L’Allemagne ou le Japon, qui ont toujours joué davantage la carte des exportations, ont ainsi été particulièrement frappés par la crise économique.

Une autre tendance de fond aurait favorisé l’ampleur de la crise selon le rapport. "Les augmentations de salaires, ces dernières années, ont davantage concerné les plus riches, qui préfèrent épargner plutôt que consommer", remarque Patrick Belser. Avoir un matelas d’argent permet certes d’amortir le choc de la crise, mais ne participe que très peu à la reprise économique, conclut l’OIT.

Les évolutions salariales dans le monde entérinent surtout le nouveau rôle de la Chine sur l'échiquier mondial. "Depuis le début de la crise, la Chine a rattrapé une partie de son retard sur les pays "avancés" et dorénavant est devenue une vraie puissance consommatrice", conclut Patrick Belser.