
Igor Gusev est considéré comme l’un des plus prolixes spammeurs en série au monde. La police russe a décidé de le poursuivre. Depuis, il est en fuite et le nombre de spams dans le monde a baissé de près d’un cinquième.
Il court, il court le spammeur… Igor Gusev est activement recherché depuis plusieurs jours, a annoncé la police russe mercredi. Il est accusé de faire de la publicité pour des produits pharmaceutiques sans être pharmacien, et d’être le PDG d’une société, Despmedia, qui n’a pas d’existence légale.
Mais surtout, il est soupçonné d’être l’un des spammers en série les plus actifs au monde. Il serait responsable de près de 20 % des pourriels reçus dans le monde. Igor Gusev encourt une peine maximum de cinq ans de prison. Contacté par le journal russe Kommersant et le quotidien américain New York Times, l’avocat d’Igor Gusev a assuré que son client n’a jamais "promu" le spam.
Ce jeune entrepreneur de 31 ans se doutait, en tout cas, qu’il était dans le collimateur des autorités russes. L’un des principaux sites, de ce roi supposé des pubs intempestives, qui promeut du faux viagra, SpamIt.com, a soudainement disparu de la Toile le 1er octobre. Du jour au lendemain, les entreprises spécialisées dans la sécurité sur Internet, telles que Kapersky Lab, ont observé une chute brutale du spam dans le monde. "La part du spam dans les courriels est passé de 61 % à 45 % depuis le début du mois", confirme Kapersky Lab.
Igor Gusev a fait fortune en tirant avantage d'une législation longtemps défaillante en Russie en matière de spam. Le quotidien Kommersant rapporte que SpamIt a permis de générer 120 millions de dollars de bénéfices et qu’Igor Gusev a accumulé 2 millions de dollars grâce aux millions, voire aux milliards de pourriels qu’il envoyait tous les jours.
Cadeau à Schwarzenegger ?
En fait, Igor Gusev n’est pas l’auteur de la plupart de ces fausses pubs qui envahissent les boîtes mails un peu partout dans le monde. Il est soupçonné d’avoir incité une armée d’internautes, contre le versement d’une commission, à envoyer les spams. Ces derniers utilisaient ensuite des ordinateurs contrôlés à distance – un botnet (réseau d’ordinateurs fantômes) – afin de les rendre plus difficiles à localiser.
Une machine bien huilée qui a commencé à se gripper en octobre 2009. L’un des sites liés à SpamIt, Spamdot.biz, a soudainement redirigé tous ses visiteurs vers le portail des services de sécurité russe (FSB). Un message d’avertissement, suivi un mois plus tard d'une déclaration de l’association russe pour les télécommunications sur le lancement d’une grande campagne contre le spam.
La prétendue clémence des autorités russes envers le "spamming" a été davantage battue en brèche durant l’été 2010. Le président Dmitri Medvedev s’est rendu en juin en Californie à la rencontre des acteurs majeurs des nouvelles technologies dans la Silicon Valley, grands pourfendeurs du spam.
Le gouverneur de Californie, Arnold Schwarzenegger s’est à son tour déplacé en Russie le 10 octobre, accompagné d’une délégation de chefs d’entreprise spécialisée dans le commerce électronique. Une visite, dix jours après la fermeture de SpamIt ? Certains y ont vu un lien de cause à effet : les autorités russes auraient décidé de s’en prendre à leur spammeur le plus célèbre en guise de cadeau de bienvenue à la délégation américaine.
Crédit photo : Kirichkov (via Flickr)