Le parti de l'ex-Premier ministre Iyad Allaoui, vainqueur des législatives irakiennes du 7 mars, a rompu les négociations avec l'Alliance de l'État de droit (AED) de Nouri al-Maliki. Au risque de susciter l'exaspération de la population.
AFP - Les deux principales listes irakiennes ont rompu lundi leurs négociations, éloignant les perspectives de constitution rapide d'un gouvernement dans ce pays où les violences persistent et la reconstruction patine.
Le Bloc irakien de l'ex-Premier ministre laïque Iyad Allawi, sorti en tête des élections du 7 mars, a décidé de rompre ses discussions avec l'Alliance de l'Etat de droit (AED) du chef du gouvernement sortant Nouri al-Maliki pour protester contre des propos tenus par ce dernier.
Les tergiversations des dirigeants politiques irakiens exaspérant la population et une dizaine d'organisations de la société civile, dans une action sans précédent, a demandé à la Cour suprême d'agir pour mettre un terme à la crise politique.
"Nous avons cessé les négociations avec l'Alliance de l'Etat de droit", a déclaré à l'AFP Mayssoun Damalouji, porte-parole du Bloc irakien.
"La raison est que dans une interview à la télévision, M. Maliki a déclaré que le Bloc irakien était un bloc sunnite", a-t-elle ajouté.
Dans cet entretien à la chaîne satellitaire Horra, financée par les Etats-Unis, le Premier ministre a indiqué que le Bloc irakien était "un rassemblement représentant la composante sunnite", tout en ajoutant que "l'Etat ne serait pas stable si un gouvernement était constitué sans cette composante".
"Nous ne sommes pas sunnites", a rétorqué Mne Damalouji. "Notre projet est national".
M. Allawi, lui-même de confession chiite, a défendu pendant la campagne électorale un programme laïque qui a été plébiscité par l'essentiel de la communauté sunnite et a terminé troisième dans les régions chiites.
"Nous lui demandons de présenter ses excuses", a ajouté Mme Damalouji. "Sans excuses, nous ne négocierons pas".
Un conseiller de M. Maliki a parlé d'échappatoire en évoquant des "dissensions" au sein du Bloc irakien.
"Il semble que certains d'entre eux ne veulent pas que les négociations se poursuivent et cherchent un prétexte pour les stopper", a-t-il affirmé à l'AFP.
La question confessionnelle demeure un sujet ultrasensible en Irak, théâtre en 2006 et 2007 d'un très violent cycle d'attaques et de représailles entre chiites et sunnites.
Les législatives du 7 mars n'ont donné à aucun parti la capacité de gouverner seul.
Arrivé en tête du scrutin (91 sièges sur 325), M. Allawi revendique le droit de former le gouvernement, mais il a été contré par M. Maliki, dont la liste (AED - 89 sièges) a forgé avec les partis religieux chiites de l'Alliance nationale irakienne (ANI - 70 sièges) une alliance à laquelle il manque quatre sièges pour être majoritaire.
Problème pour M. Maliki, ses "alliés" de l'ANI s'opposent à son maintien au poste de Premier ministre.
En plein retrait de leurs forces, les Etats-Unis ont multiplié les pressions pour obtenir des dirigeants irakiens qu'ils mettent de côté leurs ambitions et constituent un gouvernement n'excluant aucune tendance, pour éviter le risque d'un retour des violences confessionnelles.
Mais ces pressions se sont avérées vaines.
Notant que l'Irak était loin d'être stabilisé sur le front de la sécurité, et fustigeant l'état des services publics, plusieurs ONG excédées par cette impasse ont demandé à la Cour suprême de régler la crise politique.
Dans leur plainte, douze organisations dénoncent la décision prise en juin par les députés de passer outre le délai constitutionnel qui leur est accordé pour élire le président du Parlement, étape indispensable avant la désignation du chef de l'Etat et du Premier ministre, selon un communiqué.
Elles demandent à la juridiction suprême du pays d'obliger les députés à procéder à un vote, ou de dissoudre le Parlement et de convoquer de nouvelles législatives.