
Une photo peut-elle rendre compte des réalités carcérales ? Telle est la question que se pose le Musée Carnavalet, à Paris, qui réunit, le temps d'une exposition, 340 clichés réalisés de 1851 à nos jours dans les geôles de la capitale française.
"L'impossible photographie, prisons parisiennes", exposition qui se tient au Musée Carnavalet à Paris, tente de mettre en lumière le système carcéral, lieu d'ombre et d'obscurité, à travers une série de photographies. Un défi difficile à relever, comme le souligne Catherine Tambrun, la commissaire de l'exposition. "La photographie en prison est impossible. Au sens strict, il est difficile, voire impossible, de photographier la prison. Et, au sens esthétique, la photographie échoue en partie à montrer ce qui relève d'une sensation, d'une pratique et d'une expérience de l'enfermement, bien différentes d'une simple expérience visuelle. On ne photographie pas le sentiment d'isolement, les odeurs, les bruits."
Il est vrai que les autorisations pour photographier les prisons sont rares. L'exposition a tout de même réussi à recenser quelque 340 clichés de prisons parisiennes, prises entre 1851 et 2010, provenant d'archives, de bibliothèques, de collections privées mais aussi de commandes du Musée Carnavalet.
L'humain, le grand absent de cette exposition
Faute de pouvoir retranscrire l'expérience de l'enfermement, les gagnants du concours organisé par le Musée Carnavalet et l'administration pénitentiaire, Michel Séméniako, Jacqueline Salmon et Mathieu Pernot ont privilégié des reportages originaux - tous réalisés à la Santé, dernière prison parisienne. Séméniako propose notamment une série de clichés sur les constructions manuelles faites par des prisonniers : une lampe conçue avec un pot de Ricoré en guise de pied et des photos de paysages exotiques comme abat-jour.
Si la photographie permet difficilement de rendre compte du sentiment de l'incarcération, quel est alors le but de cette exposition ? "C'est pour pallier cette impossibilité et pour en rendre compte que le Musée Carnavalet a souhaité donner place, dans l'exposition, à d'autres représentations de la prison, soit par la vidéo, soit par l'écrit, explique Catherine Tambrun. Le choix du titre 'l'impossible prison' s'est imposé pour toutes les raisons ici évoquées, et en hommage au titre de recueil de textes réunis par Michelle Perrot."
Autre difficulté rencontrée : photographier les détenus. L'Homme est le grand absent de cette exposition, à l'exception d'une série de clichés signés Séméniako et appelée "autoportraits arrangés". Des photos de cellules des détenus, de photos de proches, de livres, de dessins d'enfants, de journaux, lèvent le voile pudique sur la présence et le profil des prisonniers.
"L'impossible photographie, prisons parisiennes" au Musée Carnavalet jusqu'au 4 juillet.
{{ scope.legend }}
© {{ scope.credits }}