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La communauté internationale s'engage à aider Haïti sur le long terme

Réunis au siège de l'ONU à New York, une centaine de pays donateurs pour Haïti se penchent sur la reconstruction de l'île. Leur priorité : remettre sur pied le secteur agricole, vecteur d'emploi et d'autonomie alimentaire.

La secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, dont le pays a promis 1,15 milliard de dollars de dons supplémentaires pour la reconstruction d’Haïti, a invité la communauté internationale à soutenir le pays dévasté par le séisme "de façon plus intelligente".

Les promesses de dons pour Haïti

Les États-Unis s'engagent à verser 1,15 milliard de dollars pour aider le pays à "renforcer l'agriculture, l'énergie, la santé, la sécurité et la gouvernance". Le président américain avait déjà promis 2,8 milliards de dollars pour pallier aux besoins les plus "urgents".

L'Union européenne promet de son côté une enveloppe de 1,235 millard d'euros.

La Banque mondiale a annoncé un montant de 250 millions de dollars pour aider à la reconstruction d'Haïti, ainsi que l'annulation une dette de 39 millions de dollars qu'avait contractée le pays auprès de l'institution financière. En tenant compte des promesses précédentes, la Banque aura fait un effort financier de l'ordre de 479 millions de dollars d'ici juin 2011.

Au total, la conférence des Nations unies a permis de rassembler la somme de 5,3 milliards de dollars au profit d'Haïti.

"Il serait tentant de revenir aux vieilles habitudes consistant à contourner le gouvernement, plutôt que de le traiter en partenaire, ou de saupoudrer les financements entre de nombreux projets, plutôt que de faire les investissements en profondeur et à long terme dont Haïti a besoin", a-t-elle déclaré lors de la conférence des donateurs qui se tient ce mercredi au siège des Nations unies, à New York. L’un des objectifs de cette conférence est de rassembler près de 4 milliards de dollars ces 18 prochains mois.

Plus de deux mois et demi après le séisme, la situation humanitaire des sinistrés reste catastrophique. Des centaines de milliers de personnes n’ont pas encore retrouvé de toit à quelques semaines de la saison des cyclones, et l’économie du pays doit rapidement être remise sur pied.

"Le pays le plus pauvre du continent américain doit opérer une rénovation totale de son économie", confirme Bogentson André, démographe au centre de recherche Populations et sociétés à l’université de Paris X-Nanterre. Avant le séisme, 80 % de la population vivaient sous le seuil de pauvreté et les chiffres du chômage atteignaient des sommets.

Selon Pascal Bernard, directeur des opérations à l’agence d’Aide à la coopération technique et au développement (Acted), l’amélioration de la situation économique du pays passe d'abord par la participation de la population haïtienne à la reconstruction. A travers des projets tels que celui mis en place par l’ONU, "Travail contre rémunération", mais également en invitant les Haïtiens à réfléchir et à s’impliquer dans les modalités de la reconstruction.

"Je crois qu’il y a eu beaucoup d’occasions manquées de restaurer le contrat social entre la population en Haïti et les autorités locales, analyse Pascal Bernard depuis Haïti. Le séisme crée une sorte d’opportunité qu’il ne faut pas rater : celle de reconstruire Haïti en mieux. Pour cela, il faut mettre en place des projets ambitieux de relance économique pour générer un emploi durable dans le pays."

L’agriculture, un pilier possible

Bogentson André mise pour cela sur l’agriculture. "60 % de la population vit de l’agriculture, mais de plus en plus mal, explique-t-il. Il faut réfléchir à ce pilier que représente le monde paysan, pour permettre à la population de trouver du travail et rester en province."

Pour l’heure, cultiver la terre n’est pas rentable. Avant le séisme, 80 % du riz consommé dans le pays provenait des Etats-Unis. Les champs laissés à l’abandon sont légion, les savoir-faire s’oublient peu à peu et l’exode rural s’amplifie.

Depuis le séisme, malgré les pénuries de nourriture dans la capitale, la situation des agriculteurs ne s’est guère améliorée. L’aide alimentaire afflue, le riz américain a complètement remplacé le riz haïtien. Les paysans ne parviennent plus à écouler leurs stocks de riz.

"L'aide alimentaire est nécessaire mais elle ne doit pas se faire au détriment de notre production", explique Charles Suffra, un agriculteur de la plaine de l’Artibonite, l’ancien grenier à blé du pays. " Nous, agriculteurs, on ne gagne rien. Au contraire : à cause du riz distribué par l'aide internationale, on ne crée pas d'emplois. Les ONG devraient acheter notre riz pour les distributions !"

La communauté internationale prend peu à peu conscience de l’urgence agricole. La semaine dernière, l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) a participé à la création d’un plan de relance du secteur agricole dans le pays, présenté lors d’une réunion préparatoire à la conférence des donateurs, ce mercredi.

Selon le gouvernement haïtien, 11,5 milliard de dollars seront nécessaires pour remettre le pays sur les rails. Inquiets de la corruption généralisée qui ronge le pouvoir haïtien, les pays donateurs ont mis en place une commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti, composée de 16 membres, dont neuf étrangers, pour épauler le gouvernement local dans la gestion de l’aide internationale.