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En septembre, les exportations de pétrole depuis la région du Golfe ont atteint des niveaux quasi similaires à ceux d’avant le début de la guerre américano-israélienne contre l’Iran. Le président américain Donald Trump avait promis une baisse des prix dès que la menace iranienne sur le détroit d’Ormuz ne ferait plus autant d’effet sur les flux de pétrole. Ce n’est pourtant pas ce qui se passe.

Les pays du Golfe ont développé des routes alternatives au détroit d'Ormuz pour leurs exportations de pétrole. © Leo Correa, AP

Le blocus du détroit d’Ormuz n’arrête (presque) plus le pétrole. Au moins 16,5 millions de barils par jour ont été exportés depuis le Moyen-Orient en septembre, d’après les dernières données publiées jeudi 1er octobre par Kpler, une agence qui suit les flux de pétrole dans le monde.

"On est à environ 80 % des niveaux d’exportations qui passaient par le détroit d’Ormuz avant la guerre, et c’est une bonne nouvelle", assure Agata Loskot-Strachota, spécialiste des questions de sécurité énergétique au Centre for Eastern Studies, un groupe de réflexion polonais.

Le baril de pétrole reste très cher

Peu après le début des hostilités entre les États-Unis, Israël et l’Iran, les quantités de pétrole transitant par ce détroit avaient dégringolé à six millions de barils par jour en mars. Depuis, les pays du Golfe ont multiplié leurs efforts pour tenter de contourner le blocus imposé par l’Iran sur ce détroit.

L’Arabie saoudite fait passer davantage de brut par son oléoduc Est-Ouest, qui permet d’exporter l’or noir par la mer Rouge. Des cargos de plus en plus nombreux éteignent leur transpondeur – l’équivalent d’un signal GPS en mer – pour être plus difficiles à repérer par les Iraniens. Certains pays comme l’Irak ont recours à des camions-citernes et la voie routière pour exporter une partie de leur production. Enfin, les États-Unis escortent également militairement des cargos à travers le détroit pour les protéger d’éventuelles attaques iraniennes.

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Image de couverture : Politique © france24

Les États-Unis et leurs alliés dans le Golfe ont-ils enfin réussi à briser l’emprise que l’Iran pouvait avoir sur le flux de pétrole grâce à son contrôle de facto du passage dans le détroit d’Ormuz ? Pour Donald Trump, ce serait le jackpot politique, surtout si ce retour des exportations de pétrole entraîne la baisse des prix de l’essence, comme le président américain n’a de cesse de le promettre.

Sauf que le pétrole reste très cher. La baisse espérée "ne vient pas", constate le Wall Street Journal. Le prix du baril stagne autour des 100 dollars alors que les pays du Golfe semblent avoir appris à composer avec la menace iranienne.

Une légère baisse a bien été enregistrée vendredi 2 octobre, mais rien à voir avec juin, lorsque les États-Unis et l’Iran avaient conclu un protocole d’accord pour des négociations de paix. À cette époque, "les prix étaient rapidement passés de 95 dollars le baril à 65 dollars", souligne Alexandre Baradez, analyste des marchés chez IG France.

Pourtant, cette fois-ci, il ne s’agit pas seulement d’un simple compromis entrouvrant la porte à des négociations pour une éventuelle paix. Malgré la poursuite du blocus, le pétrole sort réellement de nouveau du Golfe, ce qui devrait faire d’autant plus plaisir aux marchés.

Des traders pas rassurés

Il existe peut-être une forme de méfiance de la part de traders échaudés par les précédents. Les acteurs du marché "se sont fait avoir la dernière fois en croyant que la situation allait s’arranger, donc cette fois-ci, ils se montrent plus prudents", estime Dag Harald Claes, spécialiste de la géopolitique du pétrole à l’université d’Oslo.

La perspective, en juin, de négociations de paix "offrait aussi la possibilité d’une solution durable, alors que cette fois-ci, il s’agit plutôt de mesures d’urgence", estime Agata Loskot-Strachota. L’armée américaine ne va pas escorter ad vitam æternam les pétroliers dans le détroit d’Ormuz. "Le recours aux camions-citernes n’est pas une solution viable à plus long terme car il est beaucoup plus coûteux et limité de transporter le pétrole ainsi plutôt que d’en charger de grandes quantités sur des pétroliers", pointe pour sa part Michael Tamvakis, spécialiste du commerce international des matières premières à l’école de commerce Bayes de City St George's, University of London. L’oléoduc Est-Ouest est, quant à lui, une solution qui ne fonctionne que pour la compagnie pétrolière Saudi Aramco et "peut tout aussi bien être ciblé par l’Iran ou les Houthis", constate Michael Tamvakis.

Il est donc "encore un peu tôt pour affirmer que la menace iranienne sur le détroit d’Ormuz n’affecte plus les exportations de pétrole et les prix", résume Dag Harald Claes. Les négociants en matières premières "anticipent une nouvelle escalade du conflit, ce qui empêche en partie les prix de baisser", ajoute Agata Loskot-Strachota.

Et ce n’est pas tout. "Il y a peut-être davantage d’exportations de brut, mais il est toujours aussi difficile de passer commande pour des barils sur les marchés", constate Adi Imsirovic, spécialiste du commerce d’hydrocarbures associé au département des sciences de l’ingénierie de l’université d’Oxford.

Tout pour les réserves stratégiques ?

Une situation en grande partie liée à des stocks stratégiques qui s’épuisent et qu’il faut remplir. "Aux États-Unis, leur niveau n’a jamais été aussi bas depuis les années 1980", souligne Alexandre Baradez. "La Chine a également dû puiser dans ses propres réserves pour amortir le choc de la guerre en Iran en réduisant ses importations", ajoute Michael Tamvakis.

Conséquence : il y a actuellement une course à l’or noir entre ces pays "cherchant à reconstituer leurs réserves de sécurité et cette demande absorbe une partie du flux venant de la région du détroit d’Ormuz avant même qu’il atteigne le marché", affirme Michael Tamvakis.

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Image de couverture : © France 24

En outre, plus les stocks stratégiques sont bas, plus "les acteurs du marché sont sensibles au moindre signal" qu’ils jugent inquiétant, explique Adi Imsirovic. Ainsi, les déclarations du président américain qui menace de couper les exportations américaines de carburant et de diesel ont nourri l’inquiétude des marchés, qui craignent, par exemple, que les Européens n’aient plus les réserves suffisantes pour amortir le choc d’une éventuelle interruption des exportations américaines.

C'est pour rassurer les marchés que les dirigeants du G7 ont annoncé, vendredi, leur intention de libérer de leurs réserves stratégiques jusqu'à 100 millions de barils de gazole et de pétrole brut dans les quatre mois à venir. Ces décisions "devraient faire baisser les prix" des carburants, a estimé le président français Emmanuel Macron.

Mais outre la situation de ces stocks, "le marché du carburant est également complètement fou en ce moment. Les prix à la pompe sont tellement élevés que les raffineries achètent tout le brut qu’elles peuvent, même très cher, car elles savent qu’elles pourront se faire un bénéfice confortable en revendant le diesel", assure Agata Loskot-Strachota. "Cette demande très forte maintient les prix élevés même si les exportations de pétrole du Golfe augmentent", confirme Michael Tamvakis.

Enfin, un autre facteur complique également la vie des négociants de pétrole : les frappes ukrainiennes contre les infrastructures énergétiques russes. Ces bombardements ukrainiens ont endommagé des raffineries sur tout le territoire russe "alors que la Russie a continué à être un important exportateur de carburant et de pétrole raffiné, notamment vers la Chine ou l’Inde", constate Dag Harald Claes. De quoi mettre une pression supplémentaire sur le pétrole raffiné disponible à la vente puisque les pays qui achetaient à la Russie doivent désormais en trouver ailleurs.

Dans ce contexte, le retour du pétrole du Golfe va peut-être "stabiliser les prix, mais ce n’est pas suffisant, à court terme, pour le faire baisser sensiblement", craint Agata Loskot-Strachota.