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Des manifestations pour le droit au logement ont eu lieu samedi dans plusieurs villes espagnoles, notamment à Madrid où entre 70 000 et 500 000 personnes étaient dans les rues, selon les autorités et les organisateurs. Ces défilés font suite à l'expulsion de son logement madrilène d'une octogénaire, devenue le symbole de la crise du logement en Espagne.

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Image de couverture : Des manifestants protestent sur la place de la Puerta del Sol à Madrid, le 2 octobre 2026. © Alejandro Martinez Velez, Reuters

Au lendemain du rejet des mesures du gouvernement de Pedro Sanchez, des manifestations monstres ont rassemblé samedi 3 octobre des dizaines de milliers de personnes à Madrid et dans de nombreuses villes d'Espagne. L'exécutif pourrait convoquer des élections anticipées pour sortir de la crise en cours sur la question du droit au logement.

À Madrid, où un campement rassemble une centaine de militants depuis une semaine sur une place ultra touristique, plusieurs cortèges, marchant derrière une large banderole "Vers la grève générale", ont convergé vers une autre vaste place du centre-ville. Quelque 70 000 personnes selon les autorités, 500 000 selon le syndicat des locataires, ont défilé dans la capitale espagnole.

"Ce qui se respire dans les rues, c'est une nouvelle énergie, (...) une énergie qui vient démontrer que 8 jours de pouvoir populaire sont capables de faire bien plus que 8 ans de gouvernement progressiste", a déclaré, dans une pique à l'adresse du gouvernement Sanchez, Valeria Racu, une des porte-parole du syndicat de locataires à l'origine du mouvement, dans une déclaration transmise à la presse.

"Les politiciens sont aux ordres de l'argent, des fonds 'vautours' et éloignés du peuple", fustige dans un des cortèges madrilènes Adhara Freile, 41 ans, jardinière, qui vit avec son compagnon dans un appartement d'une pièce à Villaverde, un quartier très excentré de Madrid. L'année prochaine, lorsque leur bail arrivera à échéance, elle craint qu'ils ne soient contraints de quitter leur logement, comme c'est arrivé à d'autres personnes de son immeuble.

"Nous vivons dans des conditions très précaires"

Libraire de 26 ans, Marcos Sainz, lui, louait auparavant un appartement de trois pièces avec des amis pour 900 euros de loyer. Aujourd'hui, selon ses constatations, un deux pièces coûte souvent 1 000 euros. "Et encore, je me sens privilégié parce que je peux me le permettre", déclare-t-il à un journaliste de l'Agence France-Presse (AFP). Lui assure qu'il continuera à protester "jusqu'à ce que quelqu'un ose réglementer tout ça". "Parce qu'on va devoir tous quitter Madrid et ça me fait de la peine, parce que je suis de Madrid."

"Nous vivons dans des conditions très précaires, écrasés par un système qui ne nous offre pas des conditions dignes pour vivre. Et nous revendiquons un droit fondamental : avoir un logement décent, une stabilité et des conditions qui nous permettent de construire un projet de vie digne", abonde Javier, 31 ans, un installateur de panneaux photovoltaïques.

"Personnellement, en ce moment, je vis dans un appartement de 90 m² avec trois autres personnes", explique-t-il. "Je consacre, comme la plupart d'entre nous, la moitié de mon salaire à une minuscule chambre." "Ici, on peut clairement voir que nous sommes la majorité des gens et que les problèmes qui touchent la majorité semblent ne pas concerner nos 'représentants' entre guillemets. Ils ne s'y intéressent pas et ne prennent aucune mesure", fustige-t-il.

De potentielles élections anticipées

Ces défilés, qui étaient prévus avant le rejet vendredi des mesures portées par le gouvernement par les députés, s'inscrivent dans le cadre de la crise ouverte il y a une dizaine de jours par l'expulsion de son logement madrilène d'une octogénaire, devenue le symbole de la crise du logement qui frappe l'Espagne depuis plusieurs années. 

Maricarmen Abascal, 87 ans, avait été chassée de l'appartement dans lequel elle vivait depuis sept décennies, après que la société immobilière qui l'avait acheté a voulu augmenter son loyer de 275 %. 

"C'est maintenant que commence la vraie politique, la politique qui a toujours appartenu au peuple et qui revient une bonne fois pour toutes dans les rues", estime Valeria Racu.

Vendredi, le rejet des textes portés par le gouvernement, qui prévoyaient notamment de suspendre jusqu'en 2030 les expulsions de personnes vulnérables, des mesures contre les fonds dits "vautours" ou le renouvellement automatique des contrats de location, a relancé les interrogations sur la fin de la législature, prévue en 2027.

D'après la presse espagnole, le Premier ministre s'est donné quelques jours pour évaluer la situation et convoquer, ou non, d'éventuelles élections anticipées.

Comme dans de nombreuses capitales européennes, le manque de logements abordables est l'un des principaux problèmes sociaux en Espagne, où les plateformes touristiques comme Airbnb et les fonds d'investissement sont accusés de faire flamber les prix en achetant des biens immobiliers et en réduisant l'offre pour les habitants.

Avec AFP