
Lionel Messi (à gauche) et Harry Kane mèneront respectivement, mercredi 15 juillet, les équipes d'Argentine et d'Angleterre qui s'affrontent en demi-finale du Mondial 2026. © AP
Les Anglais et les Argentins ont noué une des rivalités les plus exacerbées dans l'histoire de la Coupe du monde. Avant leur sixième confrontation dans un Mondial, mercredi 15 juillet en demi-finale du Mondial 2026 à Atlanta, retour sur quatre décennies de polémiques en dehors du terrain et d'actions légendaires sur la pelouse.
Le duel du 22 juin 1986, avec la guerre des Malouines en guise de toile de fond, reste le plus marquant. Quatre ans et huit jours avant, le général Mario Benjamin Menendez, gouverneur militaire des îles Malouines, signait la reddition devant le commandant Jeremy Moore, qui dirigeait alors les forces déployées par le Royaume-Uni sur cet archipel de l’Atlantique Sud. Les îles redevenaient alors un territoire britannique, les Falklands. Un territoire que l’Argentine revendique toujours.
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En tout, 649 soldats argentins sont morts en quelques semaines de conflit, et 255 côté britannique. Lorsque le quart de finale de 1986 commence, les relations diplomatiques entre les deux pays sont encore interrompues. Dans la sélection argentine, deux joueurs ont fait leur service militaire, Jorge Burruchaga et Carlos Tapia. Ils étaient de la classe 62, celle de la plupart des conscrits appelés à se battre aux Malouines.
Maradona marque un doublé de légende
Le conflit est logiquement dans tous les esprits quand se profile un duel anglo-argentin au stade Azteca de Mexico devant une foule de 114 580 spectateurs. Sur le plan sportif, deux joueurs de 25 ans attirent tous les regards : le capitaine argentin Diego Maradona, qui évolue alors sous les couleurs du club de Naples, et Gary Lineker, déjà auteur de cinq buts dans ce Mondial 86 et sur le point de rejoindre le FC Barcelone.
En moins de cinq minutes, Diego Maradona inscrit un doublé de légende. Sur le premier but, le n°10 dévie de la main gauche un ballon aérien promis au gardien Peter Shilton, sans que l'arbitre ne relève la supercherie. "Je l'ai mis un peu avec la tête de Maradona et un peu avec la main de Dieu", déclare l'idole de l'Argentine, qui y voit "une revanche symbolique contre les Anglais".

Quatre minutes après cette fameuse "main de Dieu", Maradona double la mise au bout d'une chevauchée en solitaire somptueuse, en dribblant cinq adversaires dont le gardien. C'est "le but du siècle".
"Cerf-volant de l'espace...De quelle planète arrives-tu pour semer en chemin autant d’Anglais ?” lâche alors en direct le commentateur argentin Victor Hugo Morales. Il ne peut retenir ses pleurs au micro après l’action du Pibe de Oro en le comparant à l’un de ces objets incontrôlables portés par le vent.
Lineker parviendra à marquer pour les Anglais à la 81e minute, mais c’est l’Argentine qui triomphe au terme de ce match resté dans les annales. Au point que le maillot échangé ce jour là par Maradona avec l’Anglais Steve Hodge est devenu en 2022 l’article sportif le plus cher de l’Histoire, atteignant le prix de 9,3 millons de dollars dans une vente aux enchères.

Des Argentins décrits en 1966 comme “des animaux”
Le tout premier affrontement entre l’Argentine et l’Angleterre dans un Mondial se produit en 1962 au Chili. Il se solde par une large victoire de l’Angleterre (3-1) et des buts anglais signés par Ron Flowers, Jimmy Greaves et Bobby Charlton. Ce dernier deviendra Ballon d’Or quatre ans plus tard et sera déterminant pour la conquête du titre mondial de l’Angleterre, son seul à ce jour.
La campagne de 1966 donne lieu à des retrouvailles tendues sur la pelouse de Wembley. Après 35 minutes d'un quart de finale très rugueux, l'arbitre allemand Rudolf Kreitlein exclut le capitaine argentin Antonio Rattin, oralement car les cartons n'existent pas à l'époque.

La barrière de la langue rend tout dialogue impossible, le ton monte et le milieu de Boca Juniors refuse de quitter le terrain. Il le fera après de longues minutes, sous escorte policière. Par provocation, il s'assoit ensuite sur le tapis rouge réservé à la reine Elizabeth II.
Après la mort de Rattin le 11 juillet dernier à l’âge de 89 ans, les joueurs argentins ont choisi de porter un brassard noir pour lui rendre hommage lors de leur quart de finale contre la Suisse, et une minute de silence a été respectée avant le coup d'envoi.

Après le match remporté en 1966 par l’Angleterre (1-0) , le sélectionneur Alf Ramsey demande à ses joueurs de ne pas échanger leurs maillots avec les Argentins, qu'il décrit ensuite comme "des animaux".
Beckham, de pestiféré en 1998 à héros en 2002
L’Argentine goûte de nouveau à la victoire contre l’Angleterre en 1998 à Saint-Étienne, lorsque la France accueille la Coupe du monde. La rencontre donne pourtant lieu à une démonstration technique d’un joueur anglais. Un contrôle orienté, une accélération pour déposer un adversaire, un dribble pour contourner un autre et un tir puissant pour couronner le chef d'oeuvre : Michael Owen, 18 ans, signe un but de rêve dans un Geoffroy-Guichard électrique en huitième de finale.
L'Argentine, menée 2-1, parvient à égaliser avant la mi-temps et, juste après, elle se retrouve en supériorité numérique après un coup de pied rageur de David Beckham sur le capitaine argentin Diego Simeone, qui venait de le tacler violemment. "El Cholo" reconnaîtra plus tard qu'il avait tout fait pour provoquer la star anglaise.

Les Three Lions perdent aux tirs au but et "Becks" devient un pestiféré. Pendant des mois, il subit des menaces de mort, crachats et huées. "Ce que j'ai vécu était tellement extrême. Tout le pays me détestait", a-t-il révélé dans une série documentaire en 2023.
Devenu capitaine pour le Mondial 2002, Beckham prend sa revanche contre l'Argentine et Diego Simeone durant un match tendu de la phase de groupes, scellé sur un penalty tiré en force par le n°7, plein axe et plein de rage.
Le meneur de Manchester United célèbre son but vainqueur en courant, les bras écartés, avant de tirer comme un beau diable sur son maillot, à plusieurs reprises, en hurlant de bonheur.
Messi sur le terrain, un duel de spectateurs en tribunes
Un nom manque dans cette constellation de grands joueurs qui ont marqué les affrontements entre l’Argentine et l’Angleterre, celui de Lionel Messi. Le capitaine argentin compte plus de 200 sélections mais, à 39 ans, il va affronter l'Angleterre pour la première fois de sa riche carrière.
Il y a eu un rendez-vous manqué au tout début de son long règne, lors d’un match amical en 2005, à cause d'une suspension liée à un carton rouge reçu dès sa première cape. Et depuis, Messi n’a jamais croisé les Anglais sur sa route.

Après la victoire contre la Suisse, le maître à jouer de l'Argentine s’est contenté d'insister sur le plaisir d’affronter une puissance footballistique comme l’Angleterre en demi-finale du Mondial 2026, tout comme le sélectionneur argentin Lionel Scaloni qui a déclaré : "Ce n'est qu'un match de football, rien de plus, point final".
Il donnera lieu sans aucun doute à de beaux duels entre des joueurs habitués à se défier avec leurs clubs. Declan Rice et Enzo Fernandez, rivaux d'Arsenal et de Chelsea, s’affronteront ainsi au milieu du terrain. Et les joueurs anglais savent à quoi s’attendre avec le gardien Emiliano Martinez, qui joue à Aston Villa, Lisandro Martinez, défenseur de Manchester United et Cristian Romero, joueur de Tottenham.
En tribunes aussi, il y aura un match disputé entre les chœurs anglais et les "hinchas" argentins, de loin les plus nombreux et survoltés de cette Coupe du monde. Le prix des billets s’est envolé pour cette rencontre. À la fin, un seul chant résonnera à Atlanta : soit "Wonderwall", tube anglais d'Oasis, soit "La Cuarta Estrella" (La quatrième étoile), nouvel hymne officieux des fans argentins.
Avec AFP et l’article de France 24 en espagnol.
