
Des femmes déplacées d'El-Facher font la queue pour recevoir une aide alimentaire dans un camp de l'État du Nord du Soudan, le 16 novembre 2025. © Marwan Ali, AP
Un nouveau recul de leurs droits et de leur protection. Au moins un million de femmes et de jeunes filles se trouvent privées d'aide depuis janvier 2025, lorsque les coupes budgétaires dans l'aide humanitaire ont commencé à frapper les organisations de femmes intervenant dans les crises, alerte vendredi 10 juillet un rapport de l'ONU Femmes.
Les organisations humanitaires font face à d'importantes coupes dans l'aide internationale, en particulier depuis le retour à la Maison Blanche de Donald Trump l'an dernier. Et ce alors que "quelque 120 millions de femmes et de filles ont besoin d'aide humanitaire", indique l'ONU Femmes.
Ce rapport, qui s'appuie sur les réponses de 855 organisations dirigées par des femmes et organisations de défense des droits des femmes dans 52 pays touchés par des crises et des conflits, révèle que neuf organisations de femmes sur dix "ne sont plus en mesure de satisfaire aux besoins actuels, conséquence de la baisse annuelle la plus importante jamais enregistrée de l'aide publique au développement".
"Les besoins atteignent des niveaux historiques"
"Les organisations de femmes menacées de fermeture se trouvent en première ligne face aux crises humanitaires les plus graves au monde. Dans des pays comme l'Afghanistan, la République démocratique du Congo, le Soudan, le Yémen et Haïti, elles interviennent là où les acteurs internationaux ne peuvent pas le faire et restent sur place bien après que l'attention mondiale s'est tournée vers d'autres sujets", explique dans un communiqué Sofia Calltorp, cheffe de l'action humanitaire à l'ONU Femmes.
"Chaque dollar retiré aux organisations de femmes est un dollar retiré aux victimes de violences sexuelles liées aux conflits, aux mères déplacées, aux filles contraintes de quitter l'école et aux communautés qui luttent pour survivre", ajoute-t-elle, alors que, selon le rapport, "les besoins atteignent des niveaux historiques".
Ainsi, 65 % des organisations dirigées par des femmes indiquent que leur personnel travaille sans rémunération afin d'assurer la continuité des services, tandis que près de la moitié font état d'une augmentation de l'épuisement professionnel parmi leurs équipes.
L'ONU Femmes avertit également que les violences sexuelles liées aux conflits ont doublé en 2025, "au moment même où les systèmes conçus pour protéger les survivantes sont en train de s'effondrer".
Hausse des violences
Selon le rapport, 86 % des organisations de femmes signalent une hausse des violences fondées sur le genre dans les communautés où elles interviennent.
"Une femme cherchant refuge pour échapper à la violence peut se retrouver devant un centre d'accueil qui a fermé ; une femme enceinte peut être contrainte de marcher pendant des heures pour atteindre un centre de santé ; ou une mère peut se voir refuser de la nourriture pour ses enfants", explique encore l'ONU Femmes, insistant aussi sur le fait que les conséquences vont bien au-delà de l'affaiblissement de la réponse humanitaire.
"Le démantèlement des organisations de femmes ne se produit pas dans le vide, mais dans un contexte de recul mondial des droits des femmes et des filles", souligne l'agence.
Elle indique qu'une organisation sur cinq a déjà suspendu ses activités visant à promouvoir le leadership des femmes et l'égalité des sexes, tandis que plus de la moitié déclarent constater un recul de la participation des femmes aux instances dirigeantes communautaires et aux processus décisionnels locaux.
Avec AFP
