
Erling Haaland, chef de file de la Norvège, sensation du Mondial 2026. © Elsa, Getty Images via AFP
Le football, il a changé. Et cette Coupe du monde 2026 en est sûrement la meilleure preuve. Avec la démesure de ce Mondial à 48 équipes, nombreuses sont les sélections qui autrefois n'étaient pas invitées à la grand-messe du football et se retrouvent aujourd'hui sous le feu des projecteurs : le Cap-Vert qui tient tête à l'Espagne et à l'Argentine, le Paraguay qui élimine l'Allemagne ou encore la Norvège qui sort le Brésil et ses cinq étoiles.
Mais ce dernier résultat n'est pas étonnant finalement : si le Brésil n'en finit plus de se dénaturer depuis deux décennies, la Norvège s'est quant à elle patiemment métamorphosée en équipe redoutée de tous.
Il n'y a qu'à voir déjà son parcours lors des qualifications pour le Mondial. La Norvège est le seul pays de la zone Europe à avoir remporté ses 8 matches, terminant première de son groupe devant l'Italie, inscrivant un total de 37 buts. Avant le tournoi, les bookmakers avaient même fait de la Norvège la 9e équipe la plus susceptible de soulever le trophée, devant la Belgique et juste derrière les Pays-Bas.
Au sommet dans les années 90, puis le néant
Comment la Norvège en est-elle arrivée là ? Ou plutôt comment est-elle revenue là ? Car, dans les 1990, les Drillos Løvene (Lions de Drillo, du surnom du sélectionneur de l'époque Egil “Drillo” Olsen) tutoyaient les sommets. Ils ont participé aux Coupes du monde 1994 et 1998 et même pointé à la deuxième place du classement Fifa l'année du Mondial français.
À l'époque, les stars se nommaient Alfie Haaland, Goran Sorloth, Erik Thorsvedt… Des noms qui, près de 30 ans plus tard, font encore les beaux jours de l'équipe nationale. Les fils Erling, Alexander, Kristian ont repris le flambeau. Bon sang ne saurait mentir.
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Accepter Gérer mes choix"Mais entre les deux, il y a un énorme trou générationnel", note Antonin Bardin, spécialiste du football norvégien pour Nordisk Football, un collectif de passionnés de football scandinave.
Un trou d'air qui se traduit par un zéro pointé en matière de participation à une compétition majeure (Euro ou Mondial) entre 2000 et 2026.
Une révolution structurelle
Face à l'effondrement des performances, la Fédération norvégienne fait son autocritique et se lance dans de grandes réformes structurelles. Elle investit massivement pour développer la pratique du football chez les jeunes, en construisant ou rénovant des terrains synthétiques dans tous le pays pour s'affranchir des aléas climatiques.
À l'image de ce qu'elle fait avec succès en biathlon, la Norvège privilégie l'épanouissement de l'enfant plutôt que la détection précoce. L'objectif est d'accompagner chaque jeune sans logique d'exclusion : jusqu'à l'âge de 13 ans, la pratique sportive doit rester un jeu avant d'être une compétition.
"C'est dans le modèle culturel norvégien. Les jeunes sont encouragés à la pratique du sport. L'école finit plus tôt pour favoriser l'activité physique après les cours. Ils ont le temps de jouer au football", explique Antonin Bardin
Dans le même temps est mis en place le grand système norvégien de détection et de développement des jeunes talents, "Landslagsskolen" (école de l'équipe nationale). Son principe est très structuré et fonctionne comme une pyramide, qui va du club local jusqu'à l'équipe A, avec cinq niveaux intermédiaires. Tout est organisé par étapes, zones géographiques, avec une méthodologie commune. Au total, 20 coaches à plein temps et 700 à temps partiel sont mobilisés pour identifier les talents entre 12 et 16 ans. Autre particularité, dans un pays aussi étendu : les joueurs sont accompagnés dans leur club, au lieu d'intégrer une structure centralisée.
Nouvelle génération dorée
Des réformes qui expliquent le renouveau du football norvégien, incarné par ses deux stars : le "cyborg" Erling Haaland (Manchester City) et ses 54 buts en 62 sélections (dont sept lors de ce Mondial) ainsi que le capitaine Martin Odegaard (Arsenal), tous deux issus de ce système.
Mais s'il s'agit là des noms les plus clinquants, il faut aussi mentionner le milieu Sander Berge (Fulham) et les attaquants Oscar Bobb (Fulham), Antonio Nusa (RB Leipzig) et Andreas Schjelderup (Benfica) qui crèvent déjà l'écran. Le tout épaulé par le vétéran Alexander Sorloth (Atletico Madrid) du haut de ses 30 ans.
"On a affaire à une génération dorée. C'est historique, puisqu'ils ont déjà fait mieux qu'en 1998 et le huitième de finale perdu contre l'Italie (0-1)", analyse Antonin Bardin. "Et pourtant, on a frôlé la génération perdue après l'échec de la qualification au Mondial 2022 et à l'Euro 2024…"
Cette nouvelle génération s'épanouit sous les ordres de Stale Solbakken, qui fait figure de trait d'union avec celle des années 1990, avec qui le milieu de terrain a disputé le Mondial 1994. Mais depuis, sous l'impulsion de la fédération, le fond de jeu a évolué. Fini la rigueur défensive combinée au "kick and rush" vers les grands attaquants de plus de 2 m qui faisait son succès à l'époque, place désormais à la machine collective et offensive.
"La Norvège a désormais un jeu plus athlétique, plus construit, plus rapide et technique", loue Antonin Bardin. "Erling Haaland est en train de devenir un modèle qui donne envie aux jeunes Norvégiens de faire du foot."
Un grand cercle vertueux qui laisse penser que modèle norvégien a de beaux jours devant lui.
