
Attaque par drone menée par les Gardiens de la Révolution contre un camp appartenant à un groupe dissident kurde iranien. au Kurdistan irakien, le 1er juillet. © PDKI_Media
Deux missiles balistiques et deux drones. Les 1er et 2 juillet, les Gardiens de la révolution frappaient un camp du Parti de la liberté du Kurdistan (PAK), près d'Erbil dans l'est de l'Irak, zone où les combattants de cette milice kurde iranienne sont établis, à quelques encablures de la frontière avec la république islamique. Des vidéos tournées de loin pendant la nuit par des habitants montrent des incendies gigantesques.
En l'espace de 48 heures, les Gardiens de la Révolution ont aussi frappé des camps appartenant à au moins deux autres partis kurdes dissidents, là aussi situés au Kurdistan irakien.
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Accepter Gérer mes choixCes opérations font suite à au moins quatre affrontements signalés entre les forces iraniennes et des groupes armés dissidents kurdes à Mahabad, Saravan et Paveh, dans la région kurde d'Iran, et qui ont coûté la vie à cinq membres des Gardiens de la révolution islamique, les 29 et 30 juin, selon Téhéran. Alors que six hommes du Parti démocratique du Kurdistan ont été tués le 1er juillet et quatre hommes d'un autre groupe kurde, le PJAK, auraient trouvé la mort le 30 juin.
Ces tensions surgissent en parallèle de la guerre israélo-américaine contre l'Iran, déclenchée le 28 février. Selon le New York Times, des groupes kurdes étaient censés, durant cette guerre, passer à l'offensive avec le soutien israélo-américain, avant que Donald Trump ne change d'avis. Les groupes kurdes ont eux nié avoir reçu des armes.
Au cours des premiers jours de la guerre, des avions de combat israéliens avaient cependant bombardé des postes-frontières entre l'Iran et la région du Kurdistan irakien, ainsi que des bases des Gardiens de la révolution et de l'armée iranienne situées près de la frontière - des zones où les milices kurdes sont actives. Dans le même temps, l'Iran menait des dizaines d'attaques avec drones, roquettes et missiles, contre des camps de milices kurdes iraniennes au Kurdistan irakien. Selon les partis kurdes, ces attaques de drones et de missiles ont fait cinq morts parmi, des combattants et un adolescent de 17 ans, tandis que Téhéran fait état de dizaines de morts. La rédaction des Observateurs de France 24 n'a pas pu vérifier de manière indépendante le nombre réel de victimes de ces attaques.
Quatre mouvements kurdes iraniens
On peut dénombrer quatre principaux groupes dissidents kurdes en Iran, à la fois organisations politiques et militaires. Historiquement, deux principaux partis kurdes sont dotés de branches militaires : le Komala, fondé dans les années 1960, et le Parti démocratique du Kurdistan iranien, fondé dans les années 1940. Les deux autres groupes sont plus récents, le PAK (2006) et le PJAK (2004), affilié au parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), lequel fut le principal mouvement kurde armé actif en Irak et en Turquie jusqu'à qu'il prononce sa propre dissolution en mai 2025. Le PKK est considéré comme une organisation terroriste par l'Union européenne, les États-Unis et Israël.
Pendant la guerre, les attaques ont été unilatérales, Téhéran prenant pour cible le Komala et le Parti démocratique du Kurdistan iranien. Après l'annonce du cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran le 17 juin, deux milices kurdes iraniennes ont lancé des attaques contre les forces militaires iraniennes, notamment des assassinats de membres des Gardiens de la Révolution et des embuscades. Ces dernières semaines en particulier, plusieurs affrontements ont eu lieu au sein du Kurdistan iranien, entre Gardiens de la révolution, PJAK et forces du Parti démocratique du Kurdistan iranien.
"L'Iran semble avoir gagné en assurance"
Saman Rasoulpour, journaliste à Londres et spécialiste de la région kurde d'Iran, explique :
À la suite de la guerre avec États-Unis et Israël, l'Iran semble avoir gagné en assurance. Il a intensifié la pression exercée tant sur le gouvernement irakien que sur le gouvernement régional du Kurdistan irakien afin qu'ils désarment les groupes d'opposition kurdes iraniens qui se trouvent sur leur territoire. Téhéran a également lancé des mandats d'arrêt contre les dirigeants de ces groupes par l'intermédiaire d'Interpol, tout en poursuivant ses attaques contre leurs bases en Irak.
Ces attaques ont visé le Parti démocratique du Kurdistan iranien, Komala, et le PAK (Parti de la liberté du Kurdistan). Le PJAK, en revanche, n'a pratiquement pas été pris pour cible directement, probablement parce qu'une grande partie de ses forces est basée dans des zones montagneuses et frontalières difficiles d'accès, et parce qu'une part importante d'entre elles se trouve à l'intérieur même du Kurdistan iranien.
Les autorités iraniennes ont aussi intensifié la pression sur la population kurde par l'intermédiaire de certaines factions de tribus kurdes favorables au régime iranien, ce qui a mené à une répression sécuritaire plus large visant les militants civils. Le 1er juillet, un jeune homme de 19 ans a été poignardé à mort à Mahabad par un membre de l'un de ces groupes, qui a généré des manifestations anti-régime dans la ville.
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Accepter Gérer mes choix"Des commandants militaires kurdes iraniens qui ont combattu l'EI en Syrie ont rejoint le PJAK"
Des groupes comme le PJAK, et dans une certaine mesure le Parti démocratique du Kurdistan iranien, profitent de ces affrontements pour envoyer un message politique et militaire : ils ne peuvent pas être facilement éliminés ni contraints à se soumettre. Certains analystes estiment qu'il pourrait s'agir d'une tentative visant à pousser l'Iran à reconnaître qu'une solution purement militaire est impossible, ce qui pourrait jeter les bases d'un dialogue ou d'une forme de règlement à l'avenir.
Les groupes kurdes faisaient preuve jusque-là d'une certaine retenue pour éviter une guerre à grande échelle. Mais aujourd'hui ils estiment désormais disposer d'une plus grande autonomie opérationnelle pour riposter militairement : ils considèrent pouvoir justifier leurs actions sans être perçus comme de simples instruments au service d'intérêts américains ou israéliens plus larges.
Pour le PJAK, il y a également un facteur tactique spécifique. Avec le cessez-le-feu entre le PKK et la Turquie, et l'évolution de la dynamique du conflit syrien, certains combattants kurdes expérimentés ont recentré leur attention sur l'Iran.
Un certain nombre de commandants kurdes iraniens qui ont combattu l'organisation État islamique en Syrie sont revenus au Kurdistan iranien et ont rejoint le PJAK. Ils apportent une expérience militaire de haut niveau et un historique de coopération sur le terrain avec les forces internationales dans le cadre de la campagne contre l'État islamique, y compris les États-Unis.
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Accepter Gérer mes choix"Pendant le conflit entre Israël, les États-Unis et l'Iran, ces groupes se sont abstenus de toute action imprudente"
Donald Trump avait affirmé en avril 2026, en pleine guerre contre l'Iran, que les États-Unis avaient transféré de l'argent et des armes à des groupes kurdes. Ceux-ci étaient censés acheminer ces armes à l'intérieur de l'Iran. Puis il avait assuré que les groupes "se sont appropriés les armes et n'ont pas respecté cet accord".
Les groupes kurdes réfutent ces allégations. Il n'existe par ailleurs aucune trace, durant cette période, d'action militaire menée par le Komala ou le Parti démocratique du Kurdistan iranien à l'intérieur de l'Iran.
Pour Saman Rasoulpour, les groupes kurdes sont méfiants en raison d'expériences passées, notamment en Syrie, où "ils se sont sentis abandonnés après avoir fait avancer les intérêts américains."
Les partis d'opposition kurdes iraniens, qui coopèrent actuellement entre eux au sein d'une coalition des partis du Kurdistan iranien, se félicitent d'un engagement avec les grandes puissances. Mais dans le même temps, ils souhaitent être considérés comme des acteurs indépendants, dotés d'objectifs et de revendications clairs qui leur sont propres, et non comme des instruments au service de puissances étrangères.
Au cours de la récente guerre, ils ont délibérément évité toute action imprudente afin de ne pas être tenus pour responsables d'éventuels bains de sang ni d'être qualifiés de complices d'une guerre menée conjointement par les États-Unis et Israël.
Leur approche vis-à-vis d'Israël est plus prudente que leur position à l'égard des États-Unis, car ils restent dans l'incertitude quant aux véritables intentions à long terme d'Israël.
Certaines informations laissent entrevoir la possibilité d'opérations militaires menées par les États-Unis contre l'Iran avec la participation de groupes kurdes. Mais d'après ce que je peux constater, les dirigeants kurdes n'ont manifesté aucune volonté inconditionnelle d'y prendre part.
Leur coopération est généralement conditionnée à des réponses claires sur la place spécifique que les Kurdes occuperaient dans tout futur système iranien. Sans ces garanties, ils craignent de s'engager dans une campagne qui ne ferait qu'accroître les coûts politiques et militaires pour leur société.
Le 3 juillet, le PJAK a déclaré que ses forces de guérilla se trouvaient "en situation de légitime défense, et non en situation d'attaque", ajoutant qu'il n'était "pas favorable à l'extension d'une guerre totale dans la région". Il craint que le régime iranien n'utilise la guerre "comme prétexte pour se légitimer".
