
Vue d'une pancarte lors d'une manifestation après la mort de Lyhanna, à Paris, en France, le 29 juin 2026. © Julie Sebadelha, AFP
"Pour Lyhanna, on n'oublie pas !". Des manifestations ont lieu samedi 4 juillet dans 80 villes en France pour solliciter le gouvernement au sujet de la "loi-cadre intégrale" contre les violences sexistes et sexuelles (VSS). Depuis l'affaire Lyhanna, les dysfonctionnements de la justice sont pointés du doigt.
"On ne peut pas se contenter de cette justice sous-dotée en moyens et qui protège les agresseurs plutôt que les victimes. Avec 94 % de classements sans suite des plaintes pour viol, il y a de nombreux agresseurs qui sont signalés à la justice et ne sont sont pas inquiétés", a déclaré Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des femmes, en amont de la manifestation parisienne qui s'est élancée peu après 15 h de la place de la Bastille vers Nation.
"La vérité sort de la bouche des enfants", "160 000 enfants que faites vous ?", "Darmanin, des moyens !", scandaient plusieurs milliers de manifestants, majoritairement des femmes, sous un soleil de plomb.
Dans l'affaire Lyhanna, "le gouvernement a fait passer les failles de l'enquête pour des dysfonctionnements alors que c'est comme ça que la justice fonctionne en France", a déploré auprès de l'AFP l'écrivaine Virginie Grimaldi, venue de Bordeaux pour se joindre au cortège.
Les organisateurs entendaient s'appuyer sur l'émotion suscitée par le viol et le meurtre de la collégienne de 11 ans pour obtenir l'adoption d'un texte pour lutter "à 360 degrés" contre ces violences, allant de la prévention et du traitement judiciaire à l'accompagnement des victimes, notamment les plus vulnérables. Une "loi-cadre intégrale" réclamée par ces associations depuis fin 2024.
Des manifestations étaient aussi annoncées dans quelque 80 villes, comme Agen, Dijon ou Toulouse.
Dans la matinée, 200 à 300 personnes se sont ainsi rassemblées à Rennes, parmi lesquelles François Rouillard, 43 ans et père de deux filles, qui souhaite "un peu plus d'éducation au niveau de l'école" et plus largement "parler du rapport hommes-femmes, du respect".
Les associations exigent l'ensemble du dispositif
Dans son appel, la "coalition féministe et enfantiste pour une loi intégrale" demande de "reconnaître le caractère systémique" des violences sexuelles "dans une société patriarcale" et une loi "globale" plutôt que des "mesures et des lois parcellaires, dictées par l'urgence d'affaires successives".
Cette coalition de plus d'une centaine organisations avait proposé fin 2024 un ensemble de 140 mesures destinées à lutter de façon globale contre les violences de tous ordres faites aux femmes et aux enfants, sur le modèle de l'Espagne.
Elles ont inspiré une proposition de loi de 78 mesures déposée fin 2025 par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez et cosignée par une centaine de députés principalement de gauche (hors LFI) et de la coalition gouvernementale.
Depuis l'affaire Lyhanna, la coalition organise chaque lundi soir des rassemblements devant les tribunaux en régions et devant le ministère de la Justice à Paris. Plus de 340 000 personnes ont signé une pétition en ligne pour cette loi.
Dans le sillage du drame, le gouvernement a annoncé des mesures de lutte contre la pédocriminalité, dont certaines inspirées des associations. Une partie a été intégrée au projet de loi sur la protection des enfants, qui doit être examiné dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale le 15 juillet, d'autres ajoutées au texte sur la justice criminelle, également débattu par les députés.
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La ministre chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, a indiqué mercredi que le gouvernement recevrait les parlementaires mi-juillet pour "arbitrer" les mesures qui pourraient intégrer une future loi intégrale, dont l'examen est promis à l'automne.
Malgré ces annonces, les associations maintiennent leur mobilisation car elles redoutent que le gouvernement ne retienne qu'une partie des dispositions réclamées. Elles exigent l'ensemble du dispositif, assorti d'un budget pour la mettre en œuvre, évalué à quelque trois milliards d'euros par an.
"Si le gouvernement a une volonté politique d'agir contre les violences, qu'il agisse vite et fasse adopter cette loi y compris par le 49.3", qui permet de passer un texte sans vote, a lancé Arnaud Gallais, président de Mouv'Enfants, une organisation de victimes d'inceste, en amont de la manifestation parisienne.
Avec AFP
