
Le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nuñez, serre la main du général Arnaud de Cacqueray, chef du Service des pompiers de Paris (BSPP), lors de sa visite dans une caserne de pompiers afin d'évaluer la gestion de crise mise en place face à la vague de chaleur qui touche Paris, le 28 juin 2026. © Kenzo Tribouillard, AFP
Un vague de chaleur inédite qui donne des sueurs froides au gouvernement. Alors que la canicule diminue après 11 journées torrides et face au lourd bilan humain qui commence à se dessiner, la pression politique s'est encore accentuée, dimanche 28 juin, sur l'exécutif.
"Il faudra faire toute la lumière sur le bilan humain très lourd qui s'annonce pour déterminer les responsabilités politiques", a attaqué dimanche la cheffe des Ecologistes Marine Tondelier. "Et certains devront en tirer les conséquences."
La gestion de la canicule est "une catastrophe", a aussi taclé sur France 3 la députée insoumise Clémence Guetté, dénonçant une "impréparation" du gouvernement.
Depuis mercredi, environ 1 000 décès supplémentaires ont été observés par rapport à la normale, selon Santé publique France. Un tout premier bilan dont beaucoup préviennent qu'il est voué à s'alourdir.
Mais le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez l'a martelé dans les colonnes du Parisien : "Non, ce n'est pas un fiasco". "Nous étions préparés, contrairement à ce que certains politiques racontent."
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a lui aussi fustigé cette semaine les "inspecteurs de travaux finis".
Réunion de crise pour tirer les enseignements
En multipliant les cellules interministérielles de crise, ou en activant le plus haut niveau de mobilisation sanitaire, il a cherché à ne pas répéter les erreurs de la canicule de 2003, qui avait fait 15 000 morts.
Tout en faisant appel aux responsabilités individuelles, ainsi qu'à celles des élus locaux, dans un long courrier aux maires.
Il présidera lundi en fin d'après-midi une nouvelle réunion de crise pour tirer les enseignements de cet épisode caniculaire, et s'atteler à la "préparation" d'éventuelles nouvelles vagues de chaleur, selon Matignon.
Mais pour ses adversaires politiques, tournés vers l'élection présidentielle de 2027, l'action gouvernementale a été largement insuffisante. Avec des choix de long terme particulièrement pointés du doigt.
Dans toutes les interviews et déclarations, chacun y est donc allé de ses propositions. Plan volets chez les Ecologistes, plan baignade pour l'ex-Premier ministre Edouard Philippe, plan climatisation pour le Rassemblement national, qui doit le détailler mardi...
Le député RN Laurent Jacobelli, dénonçant sur LCI l'"incompétence" des ministères, a ainsi renvoyé la responsabilité des morts vers "tous ceux qui ont refusé de climatiser les bâtiments publics", soit le "gouvernement actuel" tout comme "les gouvernements précédents".
Et alors que le Premier ministre a annoncé vendredi une commande de 30 000 climatiseurs pour les hôpitaux, le député y a vu le signe d'un "déclic" tardif, tout en ironisant sur la ministre de la Transition écologique Monique Barbut qui avait dit son hostilité à un plan généralisé de climatisation.
Baisse des crédits
Face à ces attaques, l'ex-Première ministre Elisabeth Borne a dénoncé la "posture" de ceux qui "à longueur d'années, se désintéressent du sujet (...) et tout d'un coup sortent le plan supposé tout régler". Tout comme de ceux qui disent que "depuis dix ans on n'a rien fait".
Celle qui est à l'origine du Fonds vert, destiné à financer les projets des collectivités territoriales pour l'adaptation au changement climatique, n'a toutefois pas non plus complètement épargné Sébastien Lecornu : "après mon départ de Matignon, je ne suis pas sûre que la planification écologique et énergétique ait été portée avec la même énergie", a-t-elle lancé sur France 3.
De nombreuses voix ont critiqué la forte baisse des crédits de ce Fonds vert ces dernières années, passés de 2,5 milliards d'euros en 2024 à 837,5 millions en 2026.
Le Fonds vert doit être "doublé et recentré sur l'adaptation et la climatisation des lieux publics", a estimé le candidat à la présidentielle Edouard Philippe, promettant que "l'adaptation au réchauffement sera l'une de (s)es priorités".
La baisse de ces crédits est une "ineptie", a jugé Marine Tondelier, dénonçant "la lâcheté de l'État face aux lobbies climaticides".
Elle aussi candidate, elle s'en est pris directement à Emmanuel Macron et ses "promesses grandiloquentes telles que les 40 000 écoles à rénover thermiquement", ou ses formules "Make Our Planet Great Again" et "ce quinquennat sera écologique ou ne sera pas".
"Il faudra pointer quels moyens ont été réellement mis en oeuvre", a-t-elle réclamé.
Le chef de l'État a lui fait valoir cette semaine le "gros travail" d'adaptation déjà réalisé sous ses deux mandats.
Tout en ajoutant, comme pour expliquer les difficultés rencontrées: "On ne s'adapte pas à un pic qui n'a pas d'équivalent aujourd'hui en Europe et (...) dans notre histoire".
Avec AFP
