logo

Venezuela : la quête éperdue de survivants trois jours après les séismes meurtriers
Le temps presse pour retrouver des survivants plus de 72 heures après le double séisme au Venezuela dont le bilan continue de s'alourdir : 1 430 morts et plus de 50 000 disparus. Les habitants de La Guaira, zone la plus affectée par la catastrophe, tentent de dégager les victimes avec des moyens très rudimentaires. 
Dans le quartier de San Bernardino, à Caracas, des bénévoles tentent de dégager des victimes des décombres, le 27 juin, après les séismes meurtriers qui ont touché le Venezuela. © Juan Barreto, AFP

Un jeune garçon miraculé a été extrait vivant, dimanche 28 juin, des décombres dans le nord du Venezuela. "Il y a quelques minutes, un garçon de 11 ans a été secouru vivant à Caraballeda. En ce moment, chaque vie est source d'espoir pour le Venezuela", a écrit dans la nuit sur X la présidente par intérim Delcy Rodriguez, en joignant à son message une vidéo du sauvetage.

Pour afficher ce contenu X (Twitter), il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Accepter Gérer mes choix

Les secousses de magnitude 7,2 et 7,5 qui ont frappé le nord du pays mercredi ont laissé un paysage de dévastation, avec d'innombrables immeubles effondrés, en particulier à La Guaira. 

Le nombre de morts est passé à 1 430 samedi, a annoncé le président de l'Assemblée nationale, Jorge Rodriguez. M. Rodriguez, frère de Delcy Rodriguez, a fait état de 3 238 blessés.

À Genève, le responsable de l'aide humanitaire de l'ONU, Tom Fletcher, a déclaré à l'AFP que plus de 50 000 personnes étaient portées disparues. Le bilan devrait donc "s'alourdir considérablement", dans le contexte "d'une opération de secours extrêmement complexe".

Des outils rudimentaires pour dégager les décombres

"Tout s'est effondré, il a essayé de sortir mais n'a pas réussi", raconte Barbara Palacios, 34 ans, dont le mari, Jonathan Suarez, 36 ans, a été pris dans l'éboulement d'un petit hôtel de cinq étages de La Guaira. 

"Oui, il est vivant, oui", veut-elle croire, en larmes, mais après pratiquement 72 heures de recherche, les secouristes n'avaient toujours pas localisé son époux.

Les secours "passaient sans s'arrêter", se souvient Barbara Palacios, qui a décidé de bloquer la route principale avec les proches d'au moins cinq autres victimes toujours piégées.

"Il est là", dit, en sanglotant, Alessandro del Giudice, jeune homme de 23 ans qui tente de retrouver son père sous une montagne de décombres. Sa grand-mère Amparo, désespérée, s'efforce de dégager les ruines à mains nues pour retrouver son fils. "Il y a beaucoup de blocs de pierre, on ne peut pas les enlever avec les mains", constate-t-elle avec impuissance. 

Tandis que les décombres passent de mains en mains, le long d'une chaîne humaine de dizaines de personnes, Luis Flores vide un seau de carreaux cassés, de pierres et de poussière. 

"C'est très dur. On fait tout ça à la seule force des bras", souffle le commerçant de 54 ans. "Nous avons extrait quatre survivants, dont une petite fille. Trois morts."

 "Ce sont principalement des habitants qui travaillent avec des outils rudimentaires", a témoigné à Caraballeda, l'une des zones les plus touchées de La Guaira, un secouriste australien expérimenté résidant à Miami, Craig Demeillon, 43 ans.

"Les militaires devraient être là avec toute leur machinerie", dénonce Argenis Méndez, un habitant.

Des sauveteurs en provenance de 17 pays 

Les habitants dénoncent à grands cris le manque de soutien, voire l'absence totale du gouvernement, dans les opérations de sauvetage. Des Vénézuéliens volontaires, venus avec des pelles pour tenter des sauver des vies, se voyaient refuser samedi à Caracas l'accès à la zone la plus touchée par le double séisme.

Venezuela : la quête éperdue de survivants trois jours après les séismes meurtriers
Des immeubles dévastés à Caraballeda, dans l'État de la Guaira, le 27 juin 2026, après les séismes meurtriers qui ont frappé le Venezuela. © Miguel Medina, AFP

Une file d'attente immense s'étendait devant le Poliedro, la salle de concert où le gouvernement vénézuélien délivre depuis samedi des laissez-passer aux volontaires souhaitant se rendre sur la zone sinistrée.

 "Il faut un permis pour sauver des vies, vous imaginez ?", s'exclamait Carlos Itriago, un secouriste de 27 ans. 

 Les hôpitaux étant débordés, ce sont souvent les familles des victimes qui y amènent leurs proches décédés. Yessica Mendoza a raconté avoir décidé d'emmener sa fille à la morgue "parce que le système est débordé" et qu'à l'hôpital Catia la Mar de La Guaira, "les morts gisaient à même le sol".  

L'aide internationale montait néanmoins en puissance. Un peu plus de 72 heures après les séismes les plus dévastateurs enregistrés au Venezuela depuis 1900, des équipes internationales de recherche et de sauvetage d'au moins 17 pays interviennent dans ce pays en crise, au système de santé en piteux état.

Une piste de l'aéroport de Caracas a été rouverte et accueille des avions américains transportant de l'aide humanitaire, a annoncé un haut responsable américain samedi.

Des séismes ressentis jusqu'en Colombie et au Brésil

"Avec l'arrivée des effectifs de Miami, les États-Unis comptent désormais près de 250 secouristes civils spécialisés déployés au Venezuela", a précisé le département d'Etat américain sur X.

"Nos sauveteurs de la Sécurité civile sont arrivés au Venezuela pour porter main forte aux opérations de secours", a annoncé de son côté sur X le président français Emmanuel Macron.

Pour afficher ce contenu X (Twitter), il est nécessaire d'autoriser les cookies de mesure d'audience et de publicité.

Accepter Gérer mes choix

Près de sept millions de personnes seraient affectées par les deux séismes, ont estimé samedi les Nations unies.

Les dommages causés sont évalués à près de sept milliards de dollars, soit 6 % du PIB du pays, a évalué le Programme des nations unies pour le développement (PNUD) samedi.

Au moins 28 personnes de nationalité ou d'origine portugaise, sept Chinois, six Espagnols, deux Brésiliens, un Chilien et un Italo-Vénézuélien figurent parmi les morts.

La présidente Delcy Rodriguez a été huée vendredi près d'un immeuble effondré dans un quartier aisé de Caracas.

Les séismes ont été ressentis jusqu'en Colombie et au Brésil. Depuis, plus de 300 répliques ont été signalées. Le Venezuela est un pays à risque sismique, même si aucun grand tremblement de terre n'y avait été enregistré depuis 1997. 

Avec AFP