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"C'est notre hémisphère" : la Colombie étend la zone d'influence de Trump en Amérique latine
La victoire d’Abelardo De La Espriella à la présidentielle en Colombie offre un nouvel allié à la Maison Blanche, qui entend "restaurer sa prééminence dans l’hémisphère occidental". Au total, on dénombre 12 pays latino-américains dont les gouvernements sont proches de Washington, qui lorgne désormais le Brésil et Cuba. 
Le président américain Donald Trump configure l'Amérique latine selon sa vision, en ayant recours à des menaces et à différents moyens de coercition. © AP

Trois jours après le second tour d'élection présidentielle le plus serré de l'histoire du pays, Ivan Cepeda a finalement reconnu, mercredi 24 juin, la victoire du candidat de l'ultradroite, Abelardo de la Espriella. Un succès qui permet à Donald Trump, désireux de s’entourer d’alliés idéologiques en Amérique latine, de compter un nouveau bastion dans la zone.

Voilà quelques années, une vague rouge avait amené des dirigeants de gauche à la tête de plusieurs pays. Désormais, ils sont moins d’une demi-douzaine, alors que le président américain reconfigure progressivement la région selon sa vision, en ayant recours à des menaces et à différents moyens de coercition.

Les élections de mi-mandat en Argentine organisées en octobre 2025, au cours desquelles Javier Milei jouait la viabilité de son projet politique, ont été pour Trump un ballon d’essai lui permettant de juger de la résistance de son projet géopolitique.

"Nous n’allons pas permettre que quelqu’un arrive au pouvoir et dépense mal l’argent des contribuables de ce pays. Si [le camp de Javier Milei] perd, nous ne serons pas généreux avec l’Argentine", avait promis Trump avant ce scrutin lors d’un déjeuner avec son homologue argentin à la Maison Blanche. Il s’agissait alors pour l'Argentine de sauver une aide de 20 milliards de dollars destinée à pallier son manque de liquidités.

Lors de cette même rencontre, Trump a défini Milei comme "un Maga pour de vrai", et le libertarien lui a donné raison en multipliant les coupes dans les dépenses publiques, y compris par le biais de licenciements et de suppression d’investissements dans des infrastructures ou des programmes sociaux.

Des dirigeants qui partagent l'idéologie de Trump

Trump a agi de la même façon avec l’Équateur, lors d’une réunion à Mar-a-Lago avec Daniel Noboa quelques jours avant la présidentielle, et a poursuivi avec le Honduras, en menaçant de mettre fin aux aides en cas de défaite à la présidentielle du candidat Nasry Asfura.

Plus récemment est venu s’ajouter le dossier de la Colombie. Trump a octroyé son soutien total et complet au "dirigeant intelligent et fort" qu'est selon lui De Espriella, tout en menaçant d’annuler une aide militaire de plusieurs millions de dollars si Cepeda, le candidat de la gauche, obtenait la victoire.

Trump poussait déjà ses pions auparavant avec Nayib Bukele (Salvador), Rodrigo Chaves (Costa Rica), Santiago Pena (Paraguay) ou Luis Abinader (République dominicaine). Et il ne lui a pas été très difficile de convaincre le Panaméeen Raul Mulino de tomber d’accord avec lui sur l’importance de la lutte contre l’influence chinoise dans la région.

Au fil du temps se sont opérés les ralliements d’autres dirigeants proches idéologiquement, comme le Chilien José Antionio Kast ou le Bolivien Rodrigo Paz, arrivés au pouvoir sans le soutien de Trump mais qui se montrent clairement favorables aux politiques du président américain.

Il n’est cependant pas possible de parler d’un nouveau multilatéralisme, comme l’a expliqué à CNN Monica Hirst, docteure en études stratégiques à l’Institut des sciences politiques et sociales de l’université de l’État de Rio de Janeiro.

“Chaque lien est unique, chaque relation se négocie directement, sans cadre collectif”, explique l’experte, qui voit se construire progressivement “une nouvelle réalité ressemblant à un nouvel ordre global”.

Des élections cruciales au Brésil

Le Bouclier des Amériques, une initiative de sécurité lancée par la Maison Blanche, a fini de réunir tout le monde autour d’un même schéma militaire et policier, en ajoutant certains associés qui ne sont pas latino-américains, comme le Guyana ou Trinité-et-Tobago.

Mais le coup le plus fort sur l'échiquier régional, qui a montré jusqu’où Trump était capable d’aller pour façonner son hémisphère, a été joué le 3 janvier avec une opération des forces d'élite américaines. Leur objectif était d’extraire d’un bunker à Caracas le président Nicolas Maduro, ensuite transporté à New York, où il est poursuivi pour des délits de trafic de drogues et d’armes.

Sa successeure, Delcy Rodriguez, ne se présente pas ouvertement comme alignée avec la nouvelle ultradroite américaine, mais elle agit en synchronie parfaite avec Washington, approuvant des réformes sur les lois d’exploitation d’hydrocarbures et de minéraux qui préparent le chemin aux projets d’investissement américains.

En ajoutant De Espriella et le triomphe attendu au Pérou de Keiko Fujimori, le Brésil est le dernier grand allié de gauche de la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum. Cependant, il ne reste que quatre mois avant l’élection présidentielle brésilienne et l’un des favoris est le candidat de l’ultra droite Flavio Bolsonaro, un des fils de l'ancien président Jair.

Enfin, il reste Cuba, un bastion très convoité qui échappe encore aux États-Unis. Si cette île a mis en place des réformes économiques devant permettre une plus grande ouverture de son marché aux investissements américains, elle continue de s’opposer aux pressions visant à provoquer un changement de régime voulu notamment par Trump et son secrétaire d’État Marco Rubio.

Les points d’union de cette constellation

La lutte contre l'insécurité fait partie du discours commun des nouveaux acteurs de l’univers hémisphérique de Trump. Nayib Bukele a mis derrière les barreaux environ 2 % de la la population du Salvador. De la Espriella et Fujimori sont favorables à la formule des méga-prisons pour lutter contre des phénomènes comme le narcotrafic, tandis que Kast a obtenu la victoire en stigmatisant l’immigration, responsable, selon lui, de la hausse de la criminalité au Chili.

Anthony Pereira, expert en études latino-américaines de l’université de Tulane, en Louisiane, souligne que le facteur qui a malmené les gauches sur le continent provoque désormais ses revers : les prix des matières premières.

Quand ils étaient élevés, il était possible de mettre en place des aides, d’augmenter les salaires, d’améliorer l’accès à l’éducation… Le nombre de gens vivant dans la pauvreté a diminué et les mouvements progressistes ont gagné du terrain dans la région. Mais quand il est devenu impossible de maintenir ces programmes en raison de la baisse des cours, “l’optimisme des années 2010 a laissé place à la déception”.

En parallèle, “le crime organisé s’est renforcé et a réussi à contrôler des quartiers entiers, même des prisons. Et les électeurs ont commencé à répondre avec plus d’enthousiasme aux candidats se présentant comme antisystème”, explique Pereira.

La stratégie visant à ramener la paix par la force, à savoir la militarisation pour combattre le crime organisé, que la majorité des dirigeants de l‘ultra droite latino-américaine partagent avec Trump, peut se montrer insuffisante face à un phénomène qui s’est énormément diversifié ces dernières années, allant de l’extorsion de conducteurs dans les rues de Lima aux bandes armées qui ont mis la main sur des mines d’or au Venezuela.

Le même désenchantement qui a touché les gouvernements de gauche quand les cours des matières premières ont baissé peut se produire pour la droite, dont les promesses de campagne se heurteront à la complexité de la lutte contre le crime organisé.

Rodrigo Paz l’a vécu en Bolivie, avec plus de 50 jours de manifestations contre sa politique, Kast, au Chili, a vu sa cote de popularité chuter au cours des 100 premiers jours, tandis que dans l'Équateur de Noboa, les couvre-feux se multiplient face à l’incapacité de du pouvoir à réduire le taux d’homicides.

Cet article a été traduit de l'espagnol par Olivier Bras.