
Photo d'illustration – Sur cette photo d'archive datée du 5 avril 2019, des clichés de certaines des victimes sont exposées au Mémorial du génocide de Kigali, dans la capitale rwandaise. © Ben Curtis, AP
En présence de son homologue rwandais Paul Kagame, le président Emmanuel Macron franchit mardi 2 juin un nouveau pas mémoriel, avec l'inauguration à Paris d'un monument dédié aux victimes du génocide de 1994 contre les Tutsi au Rwanda.
La double stèle érigée sur les bords de Seine a été conçue par l'artiste portugaise Grada Kilomba "comme un lieu de recueillement, en souvenir des disparus, et de transmission intergénérationnelle de la mémoire du génocide", selon l'Élysée.
Deux blocs de laiton noir dressés en plein cœur de la capitale française, et une phrase gravée en hommage aux centaines de milliers d'hommes, femmes et enfants massacrés entre avril et juillet 1994 : "Ici, comme une archive, reposent les voix et les mots, les souvenirs et les expériences, les sentiments et les espoirs des victimes et des survivants".
Plus de 800 000 personnes selon l'ONU, essentiellement des membres de la minorité tutsi, ont été tuées dans une campagne de massacres orchestrée par des extrémistes hutu, après la mort du président Juvénal Habyarimana dans un attentat contre son avion.
Une entrée "dans l'histoire publique française"
La question du rôle de la France – qui entretenait des relations étroites avec le pouvoir hutu rwandais de l'époque – avant, pendant, et après le génocide fut un sujet brûlant pendant des années, conduisant même à une rupture des relations diplomatiques avec Kigali entre 2006 et 2009. Ancien chef de la rébellion tutsi du Front patriotique rwandais (FPR) qui mit fin au génocide, Paul Kagame a longtemps accusé Paris de "complicité".
En 2021, Emmanuel Macron a reconnu dans un discours historique à Kigali les "responsabilités accablantes" de la France dans le génocide, suivant les conclusions d'une commission d'historiens qu'il avait lui-même mandatée, tout en écartant la complicité. Il n'a pas non plus présenté d'excuses, mais a dit espérer le pardon des rescapés.
Cette démarche a permis, de façon inédite, d'établir une "relation très forte" avec le Rwanda, affirme Vincent Duclert, le président de cette commission d'historiens, estimant qu'"une nouvelle étape aussi puissante qu'il y a cinq ans se réalise" avec le mémorial.
"Cette fois la cérémonie est à Paris, le génocide des Tutsi entre pleinement dans l'histoire publique française", ajoute-t-il, en pointant "l'emplacement fortement symbolique" du monument à proximité du ministère des Affaires étrangères et de la présidence, "lieux de pouvoir qui ont témoigné de leur faillite" durant le génocide.
"Pas dans une bibliothèque"
Les deux chefs d'État prendront la parole en clôture d'une cérémonie au cours de laquelle doivent aussi s'exprimer le maire de Paris Emmanuel Grégoire et une rescapée du génocide, Jeanne Uwimbabazi.

Le musicien et écrivain franco-rwandais Gaël Faye lira un poème d'une autrice franco-rwandaise, Beata Umubyeyi Mairesse, elle-même rescapée du génocide. Emmanuel Macron et Paul Kagame participeront ensuite à un dîner officiel au palais présidentiel.
D'autres chantiers se poursuivent en France pour panser les plaies du génocide des Tutsi, notamment sur le terrain judiciaire ou de l'éducation, où il est au programme des lycéens.
Début mai, la justice a demandé la poursuite des investigations sur l'éventuelle implication de l'ex-Première dame Agathe Habyarimana. "Les procès de présumés génocidaires réfugiés en France se succèdent, les moyens d'investigation et d'instruction ont été renforcés depuis 2021. C'est essentiel", assure Vincent Duclert.
"C'est un travail qui a démarré avec Emmanuel Macron et qui doit se poursuivre", souligne le président d'Ibuka France : "Mais il faut voir comment ça va se passer après lui".
Avec AFP
